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Travailler le De pour comprendre le TAO

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Dans le taoïsme il est de rigueur de travailler sa pratique pour qu’elle devienne « pure et vraie » et non plus un phantasme. Pour qu’elle devienne manifestation du Tao, celle qui ne peut être expliquée ni clairement exprimée. Puisqu’il ne peut être saisit intellectuellement, le Tao peut être « senti » ou « perçu » par la pratique, c’est la « vertu » taoïste (je déteste ce mot) que l’on retrouve dans le « de » de Tao de Jing (le livre de Lao Zi, pour ceux qui ne suivent pas…).

« Quand cultivé et exercé en soi,
Le Tao manifesté (De) deviendra pur (sans parasites) et naturel (vrai pour soi même) »
chapitre 54.

Donc il est nécessaire d’expérimenter tous les jours les facettes perceptibles du Tao pour comprendre le monde énergétique et absolu. Sans ce travail, cette répétition d’expérimentations, de ressentis, on ne peut parler que d’une vision mentale et intellectuelle d’un hypothétique Tao, sans expériences, fondé sur l’ignorance.

« Comment puis je connaître la situation de toutes les choses sous le Ciel ?
Précisément par la méthode décrite ici (travail et expérience sans image mentale) »
suite chapitre 54.

Dans la non différence des composantes du Tao, l’unité de chaque chose, les arts de combat permettent de sentir cela. Les arts de combat sérieux, violents, ne sont pas là pour se préparer à se battre mais pour apprendre à sentir, par le corps, cette unité du De, la manifestation du Tao. Si la violence utilisée dans les arts de combat est « pure et naturelle », il n’est plus vraiment utile de se battre car :

« Celui qui possède le naturel du De est comme un nouveau né
(ou un « né de nouveau » !),
Les insectes venimeux ne vont pas le piquer,
Les fauves ne le blesseront pas,
Les oiseaux de proie ne l’attaqueront pas,
Ses os sont souples et ses tendons (muscles) décontractés,
Mais sa poigne est ferme. »
chapitre 55.

Ling Tai, le nouveau né « Spirituel », est le nom d’une étape avancée de la réalisation alchimique. C’est un passage ou les Trois Trésors (San bao), Jing (essence), Chi (énergie) et Shen (esprit) sont « travaillés » et fondus ensemble. L’expérience du Tao a été faite par le travail alchimique, quotidien et par le corps, l’unité avec le monde est alors proche.

Dans cet état, l’unité avec le monde, le Tao, permet de ne plus se soucier de la violence et du quotidien, tout se fait, se passe, sans action. Le non agir, le fait d’aller avec et non contre, est la résultante d’un long travail alchimique et énergétique, il n’a rien à voir avec le fait de rester sur ses fesses toute la journée. Le dégagement émotionnel vis à vis de la violence et du combat vient du travail et de la fusion avec cette violence et ce combat, pas en regardant des films de Van Damme.

La recherche « du plus puissance » pour lutter contre la puissance, la vision externe des arts de combat, ne supporte pas le passage du temps…

« La puissance fait vieillir,
C’est être contraire au Tao,
Ce qui est contraire au Tao doit périr »,
fin du chapitre 55.

Ce n’est pas que le Tao « c’est le plus fort du monde », mais que tout ce qui va contre les lois de la nature est impermanent. Cultiver la force extérieure ne peut amener qu’à être le plus fort… le jour où on est le plus fort, c’est la veille du déclin de notre force.

Si l’harmonie interne, de notre énergie et de nos organes, est en accord avec le Tao, les lois énergétiques externes à notre corps, c’est l’unité avec le monde. Cet état d’Harmonie nous permet une énergie perméable entre nous et l’extérieur, une limite infinie.

 » Le « né de nouveau » peut exprimer la force toute la journée (crier) sans se fatiguer,
Son harmonie interne est simple et parfaite (en accord avec le Tout),
L’essence et l’harmonie dans cet état sont naturelles et constantes
(non pas déclinantes),
Connaître par la pratique cela (pas par la discussion!), c’est la sagesse
(« sentir » le Tao) »,
toujours chapitre 55.

Et surtout, cette citation finale :

« Plus les hommes auront des armes aiguisées,
Plus le monde sera dans la violence. »
chapitre 57.

Travailler les façons de corriger un impoli, les méthodes de baffes pédagogiques et la force pénétrante d’impacte objectif… c’est bien… mais il ne faut pas oublier de ne pas corrompre ses intentions, pour en fait se rendre plus malheureux qu’avant…