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Sur la Voie en traînant les pieds

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 Il est assez rare d’oser rentrer sur une Voie, mais il est encore plus rare de pouvoir y rester.

La prise de conscience qui découle d’un début de pratique ne peut s’oublier. Celui qui commence une recherche ne peut l’oublier. On peut tenter de l’occulter, mais c’est toujours là.

Après avoir assimilé une information, celle-ci reste dans le domaine du connu… on ne peut l’oublier. Nous parlons là de prise de conscience, pas de détails du quotidien.

Dans le regard sur sa vie, son corps et son esprit, la rencontre d’une réalité plus riche demande une introspection plus intense. Nous sommes tous suffisamment attachés à nous-même et à notre image pour mettre cette information dans ce qui est important.

Il arrive que la vie nous éloigne de cette pratique, mais le dossier reste ouvert, et les questions en suspens.

Malgré cela et pour différentes raisons, nombre de pratiquants débutants vont sortir de leur Voie, de l’enseignement qu’ils suivent. Ce retour au mondain, sans pratique, est souvent un abandon, une fuite. Par ailleurs, il existe aussi ceux qui vont pratiquer mille enseignements à la fois sans vraiment rien faire, cela rappelle l’histoire de la petite souris…

La question du temps est aussi posée, mais qui n’a pas le temps de se consacrer une heure dans la journée ?

Évidemment, cela passe par le fait d’établir clairement ses priorités.

Il existe deux facettes du pratiquant.

Dans celui qui pratique, il y a le « bon pratiquant » et il y a l’autre.

Le bon pratiquant est cette image de soi dite « spirituelle » et qui est dans une voie. Puis, il y a celui qui « sait tout », notre ego et tout ce qu’on cache aux autres.

Dans cette face cachée, il y a tout le « sale » et le « méchant », tout ce qu’on essaye de ne pas montrer dans notre personnalité, notre personnage public.

Il est difficile de ne pas céder à celui qui à raison, qui sait tout… parce que c’est celui qui nous montre comme nous avons raison et comme nous sommes supérieur, important.

Tant que notre pratique ne nous permet pas de renoncer à ces deux facettes de nous-même, tant que nous devons nous cacher derrière notre personnage, tant que nous nous croyons important et intelligent, tant que l’on se sent vexé ou sur la défensive, nous ne sommes que dans notre illusion.

Dans ce mal être, la recherche va passer de plaisir à douleurs sans stabilité, sans enracinement, sans paix.

En réalité, nous ne sommes ni le bon pratiquant, ni nos pensées compulsives, nous sommes ce qui est au fond, ce que nous ne connaissons pas, ce qui est là.

Ce témoin silencieux, cette présence, cet esprit vrai est notre recherche.

La Voie nous permet d’aller vers cette rencontre avec nous-même, profondément et sans compromis.

La solution est-elle dans la pratique constante ?

Oui, mais elle est dans la pratique fondue dans la vie et non dans une pratique artificielle qui recouvre la vie.

Il est possible de pratiquer pour fuir la vie, le quotidien. Il n’est pas souhaitable de faire cela, il faut aller dans la réalité pour aller vers « qui on est vraiment ».

La pratique qui fuit la vie est à l’origine de « l’ego spirituel », une nouvelle facette de soi, un personnage spirituel.

Un enseignement intelligent amène une pratique qui est conçue pour aller dans la vie, sans rituel, sans artifices.

Avec une compréhension de la Voie, nous effaçons les limites de la pratique et de la vie, nous confondons les deux, et seule subsiste une vie dans la présence d’une voie et une voie fusionnée à la vie.

Nous avons besoin d’une pratique claire, sans but précis, mais dont la forme est déterminée.

Nous devons travailler sur les domaines qui font émaner celui que nous sommes vraiment et qui lutte trop souvent contre notre personnage mondain. Il est donc nécessaire de travailler sur le corps pour la détente, la circulation de l’énergie pour la santé et sur notre esprit pour arrêter de se prendre au sérieux le plus vite possible.

Il n’est pas question de remettre cela à « plus tard », quand « on aura le temps », quand « je serai prêt »… il faut commencer maintenant, tant qu’on peut.

Dès cet instant, il est possible de poser son attention sur ce que nous faisons, sur le regard de nos actions, mais aussi de s’assurer que l’on va faire son chi kung ce soir… c’est maintenant qu’existe la pratique.

Il est possible d’aller dans sa pratique sachant l’importance de celle-ci, mais en « traînant les pieds ».

C’est parce que nous nous écoutons dans notre fausse importance, notre précieuse personnalité, notre volonté d’avoir raison… il suffit de tourner son attention vers cela.

En nous regardant nous contorsionner dans un quotidien souvent faussement complexe, dans des moments d’illusions douloureuses et de ressassements inutiles, nous pouvons nous observer et nous gausser.

Ce regard sain sur notre folie ordinaire nous ouvre une route vers notre Voie, un aperçu de la réalité.

Dans cet éveil simple, sans artifice ni fanfare, nous pouvons rester dans la vie en pratiquant chaque instant. Cette attention détendue, mais constante, nous permet de remettre de l’ordre dans notre vie de tous les jours.

Dans le cas où on se croirait vraiment détendu et silencieux, arrivé au bout et victorieux de son ego…

Le professeur sera là…