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Souffler dans un Violon (Les grecs disent : κάνω μια τρυπά στο νερό, Faire un trou dans l’eau)

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Enseigner c’est un peu comme parler dans le vide ou devant un public, et donc les possibilités que quelqu’un vous perçoive sont minces.


Ce n’est pas par méchanceté ou par manque d’intérêt que l’élève n’écoute pas, puisqu’en général c’est sa propre volonté qui l’amène là et il entend. Cependant, il est nécessaire de passer au travers de certains filtres :


– L’acceptation de son ego,

– Les limites de ses préjugés,

– Ses capacités de compréhension,

– La qualité de son attention.


Ces quatre « cavaliers de l’apocalypse » vont poser quelques soucis quant à la fluidité du passage de l’information.


Si les informations mettent directement en péril la toute puissance de son ego, en allant contre les valeurs de base de sa personne, l’information est transformée, voire ignorée.


Si l’enseignement va contre ce qu’on avait fantasmé de la pratique, alors les informations ne passent pas ou peu, on va transformer ce qui est entendu.


Les informations que l’on reçoit pénètrent via le filtre de son intellect. Si celui-ci est limité ou qu’il occupe une trop grande partie de l’activité mentale, l’enseignement ne peut s’infiltrer.


Avec un esprit perpétuellement stimulé par le monde moderne, l’attention est souvent assez faible. Le « zapping » des informations, le savoir horizontal et l’ennui constant ne permettent pas de développer une ouverture vers le monde.


La capacité de saisir un enseignement est un peu comme éclairer un objet avec un faisceau de lampe torche :


Il faut que la lampe fonctionne (intellect disponible), il faut la pointer dans la bonne direction (enseignant, professeur), il faut que la lampe éclaire suffisamment longtemps le même endroit (attention focalisée) et il faut que l’élément d’étude ne soit pas caché par un obstacle (mur de l’ego).


Si ces différents éléments sont réunis, alors la saisie de l’information est facile d’accès.


Enseigner, c’est souvent pointer furtivement une lampe à huile vers un mur qui dissimule un objet enterré dans les méandres des préjugés.


Mais si on garde le cap, si on persévère, petit à petit, la même information devient claire.


C’est là la joie de l’enseignant : voir l’élève saisir progressivement ce qui est une évidence pour lui. C’est retrouver l’autre dans une connaissance commune, observer que tout le monde se rejoint dans une unité réelle.


Cette communion n’est pas du domaine de l’intellect, mais plus globalement de l’expérience consciente humaine.


Il faut bien accepter que la compréhension d’un enseignement ne représente qu’une partie minime du processus. Il est illusoire de croire que ce qui est su est compris. Si ce n’est pas « digéré » par une expérience vécue, ressentie, viscérale, le savoir n’est qu’une collection de concepts sans application pratique… aussi utile qu’une collection de timbres.


Celui qui, pour mieux comprendre un sujet, se disperse dans plusieurs voies, celui-là n’ira pas très loin… en revanche il aura une belle collection de timbres.


Il faut aussi être honnête : certains sont contents de « savoir », mais ne sont pas dans la pratique. Cela est honorable, mais différent de la pratique. Il faut juste se remémorer que seule la pratique transforme, pas la connaissance de la pratique.

Ce n’est pas l’acquisition du produit de régime qui fait maigrir, même si on connaît la diététique, c’est l’effort qui y est associé.


Enseigner est une merveilleuse voie qui nécessite de ne pas être pressé.


Le retour des beaux jours permet de bénéficier d’une forte énergie, profitons en pour nous entraîner à être plus présent dans une pratique quotidienne vivante et réelle.


Pour bien se diriger dans sa pratique, il est conseillé de ne pas oublier les premiers enseignements, ne pas sous estimer sa capacité à transformer et trouver une disponibilité dans l’imbroglio de ses préjugés.


Bonne pratique à tous