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Retour au « Un »

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Dans le système taoïste que je pratique, le but ultime est le retour à cette Union avec l’Univers, l’ensemble des choses et phénomènes qui ne sont pas soi.

Les étapes que je vais décrire ne sont pas à prendre au pied de la lettre, mais comme des indications possibles sur les étapes d’évolution de l’être.

Avant notre naissance, mais après notre conception, nous sommes dans une non dualité totale et dans ce que les taoïstes nomment « le ciel antérieur ». Cette union totale au monde dans la fusion avec la mère nous baigne dans le Taiji, union dynamique du yin et du yang.
Après notre naissance, jusqu’au moment du sevrage, nous sommes encore dans une fusion non duelle mais avec une manifestation dans le monde du « ciel postérieur ». 

Sans être indépendants, nous avons une existence propre qui ne nous est pas encore révélée, nous ne sommes pas encore vraiment conscients de nous en tant qu’entité séparée.

Dans l’enfance, nous atteignons ce que l’on appelle en alchimie interne « la culmination du grand ». Il s’agit d’un yang absolu où nous touchons encore à la non dualité du monde, nous prenons des décisions discriminatoires et nous sommes à 100% présents à nos émotions et nos actions. 

Nous touchons les deux extrémités du même monde sans être parasités par le monde des pensées.

Puis, comme après toute culmination, nous basculons du yang vers le yin.

L’adolescence est une période où nous avons le souvenir nostalgique de cette union perdue, ce monde complet et sans choix, et en même temps nous cherchons à nous affirmer dans le monde « banal ».

Nous allons augmenter la part de conditionné, d’adaptation au monde « réel », et nous allons oublier la réalité de la spontanéité naturelle qui est la source de notre Etre.

Rapidement, le monde « banal » du commun et du mondain a entièrement recouvert le monde de l’uni dont nous sommes issus.

Le travail taoïste d’alchimie interne réside dans le processus inverse.

La première étape demande de se « réveiller », de se souvenir, de ce que nous sommes vraiment. 

Cela peut se faire par des rencontres, des lectures, des « signes »…

Par un travail que nous allons décrire, il va être possible de doucement « revenir » vers le spontané et le naturel au détriment du mondain et du banal.

Sans rentrer dans des détails terriblement conceptuels, il suffit de 2 principes pour y parvenir :
  • l’attention consciente,
  • la détente.

La détente est une qualité qui demande un travail sur 5 domaines différents mais étroitement liés :

  • la détente du corps,
  • la détente de la respiration,
  • la détente dans l’activité émotionnelle,
  • la détente devant les phénomènes énergétiques,
  • la détente de l’esprit dans l’apaisement de l’activité des pensées.

Voilà en fait tout le programme de notre « transformation » résumé en quelques lignes.

Avant de pouvoir comprendre et expérimenter ces états de détente qui nous conduisent à un retour vers la simplicité et l’union, il nous faut être présents à ce travail de chaque seconde, il nous faut acquérir la possibilité de focaliser notre attention.

Pour cela nous travaillons l’attention consciente, quotidiennement et dans tous les domaines de notre vie.

Le travail du corps
Nous allons chercher 3 qualités dans notre pratique corporelle :

  • la force,
  • la souplesse,
  • l’enracinement.

La force nous permet de pouvoir pratiquer tout simplement. En effet, si nous sommes trop faibles, sans énergie ou malades, la pratique n’est pas possible. Le corps, pour être détendu, doit devenir souple et coordonné dans ses actions. Ce qui est perçu et compris dans l’esprit doit pouvoir se faire physiquement dans l’espace. L’enracinement nous permet de trouver notre équilibre, notre centre et ce rapport si particulier qu’a l’homme entre le Ciel et la Terre.

Le travail de la respiration
Dans le travail respiratoire, il est donné 3 différentes façons d’apprivoiser son souffle :

  • le rythme,
  • la sensation,
  • la focalisation.

La compréhension par l’expérience du rythme respiratoire va nous donner une première approche simple et ludique. Ce phénomène dont nous ne pouvons nous passer plus d’une minute, est notre premier échange avec le monde et le plus fréquent. La sensation de l’air est paradoxale. Nous percevons le passage de l’air sans vraiment « sentir » celui-ci. Ce « suivi » de l’air à l’inspiration et à l’expiration est dynamisant. Quand les deux premiers stades sont suffisamment expérimentés, il convient de les cumuler dans une pratique totale qui demande une focalisation plus précise : c’est la troisième pratique.

Le travail de l’activité émotionnelle
Une fois le corps détendu, enraciné et fort, la respiration fluide et consciente, on peut enfin avoir un rapport différent avec notre activité émotionnelle. Loin de nous l’idée de supprimer ou de réprimer les émotions, nous désirons les vivre pleinement sans en être les victimes. 

Ce processus demande 3 étapes :

  • l’identification du changement corporel,
  • la conscience du développement émotionnel,
  • l’identification énergétique du processus.

Quand une émotion se « construit », avant même qu’elle soit ce qu’elle est, elle se manifeste comme un changement énergétique dans le corps. Si nous sommes conscient de notre respiration, de notre corps et de notre énergie, nous sommes capables de sentir cela et de passer à l’étape suivante.

Etre conscient de se qui se passe à l’intérieur de notre corps, nous permet d’accéder à l’application du non agir, du principe de non résistance. Nous allons pouvoir vivre nos émotions sans être attachés à nos activités mentales. Par une pratique régulière et naturelle de ces principes, nous allons voir que cela procure une vitalité particulière, liée aux organes, et toujours grâce à ces exercices, nous allons apprendre à développer notre intention attentive.

Le travail énergétique
Seulement dans le cas où nous serons familiarisés avec les pratiques décrites précédemment, nous allons pouvoir évoluer vers une vision énergétique de notre voie. Parler d’énergie avant d’avoir décontracté son corps, apaisé son souffle et régulé l’activité émotionnelle reste du domaine du phantasme. 

Pour cette étape, nous aurons encore une fois 3 chapitres :

  • la circulation dans les vaisseaux protecteurs et nourriciers,
  • l’expansion de notre énergie vers les limites de notre corps,
  • l’échange naturel de l’énergie entre soi et l’extérieur.

Dans toutes les pratiques énergétiques, il nous est conseillé d’augmenter la quantité d’énergie que nous possédons. La circulation « naturelle » dans les vaisseaux Conception et Gouverneur nous permet cela. 

Ce surplus d’énergie va nourrir notre principe vital et nous donner la possibilité d’étendre notre sphère énergétique de notre centre vers l’extérieur de notre corps. La connexion entre ce centre et l’extrémité des membres nous permet une relation privilégiée avec le Ciel et la Terre. 

C’est l’objet de la seconde pratique, souvent appelée « respiration des cinq portes ». Par l’expérimentation quotidienne de ces échanges, nous développons une facilité à faire circuler le souffle entre notre intérieur et l’extérieur. 

Petit à petit, tout se fait tout seul ; c’est le retour au naturel.

Travail sur l’esprit
Le « shen », l’esprit en chinois, regroupe toutes les parties psychologiques et cognitives du monde des pensées. Nous y retrouvons l’idéation, la mémoire, l’imagination…tout je vous dis…

Il est illusoire de penser qu’il est possible de « contrôler » son esprit sans aller gravement à l’encontre du naturel. En revanche, comme nous apprivoisons un animal sauvage, il nous est possible d’apprivoiser notre propre esprit. Il faut pour cela le connaître et le comprendre sans jamais le brusquer mais sans arrêter de se familiariser avec lui.
Il est important de pouvoir utiliser la première partie de l’entraînement de l’esprit, c’est la base des arts de combat, de la méditation et du chi kong. Cette partie de l’entraînement s’appelle « l’écran blanc », c’est une des appellations de ce qui se nomme aussi « pacifier l’esprit ».

La deuxième phase est le travail sur les rêves. Si nous cherchons à demeurer conscient tout le temps, il est dommage de sombrer dans le trou noir du sommeil tous les jours. C’est dans cette optique que le travail du rêve se déroule, pour toucher à la conscience dans le sommeil et avoir un endormissement conscient.

La dernière phase ne peut se discuter sans que l’on ait expérimenté une bonne partie de l’entraînement.

Voilà de façon simple et grossière, une vue globale dans un langage facile de toute notre pratique. 

Il faut comprendre que tout est simple mais demande d’être fait, pas d’être discuté. 


Les concepts sont sans valeur s’ils ne sont pas directement liés à une pratique, 
une expérimentation personnelle