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Retenir ce qui tombe dans l’Oubli

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Bien souvent, dans notre Voie et dans la vie, nous oublions ce que nous voulons retenir et gardons en mémoire ce que nous voudrions oublier.

 

Comment fonctionne notre mémoire et comment apprendre plus facilement ?

 

Pour mieux apprendre, il faut en avoir l’habitude. C’est un apprentissage à part entière que celui d’assimiler dans le corps ou pour l’esprit.

 

Cette habitude rentrera dans ce que nous allons appeler « la mémoire opératoire ».

 

Même si la mémoire opératoire sera essentiellement au centre de l’apprentissage, tout ce que nous allons voir ici rentre en ligne de compte.

 

Voyons les ingrédients de la mémorisation :

 

·      La mémoire court terme,

·      La mémoire long terme (générale, sensorielle, anecdotique, opératoire),

·      Les émotions et le stress.

 

La mémoire à court terme

 

Quand nous apprenons un geste nouveau, une technique ou un concept, il reste quelque temps en suspens dans notre attention. Il peut s’ancrer en nous ou disparaître à jamais. Un bon exemple est un numéro de téléphone qu’on vous dicte, vous le conservez quelques secondes, le temps de composer le numéro, et ensuite il sort de votre mémoire.

Pour une action simple comme celle-ci, il n’y a pas beaucoup de complication possible, si ce n’est que parfois il nous faut répéter l’opération, notre mémoire à court terme étant déficiente.

 

Pour un nouvel exercice ou un nouveau concept, si mon esprit est occupé à commenter, à juger ou à supputer, cela peut avoir comme conséquence que l’information ne rentre pas du tout. De plus, si cette information n’est pas du goût de mon mental ni de mon ego, il est aussi probable qu’elle s’évapore rapidement. Il est ici utile de charger l’information importante d’un zeste d’humour, de stress ou d’émotion, rendant celle-ci plus « épaisse » et donc moins facile à oublier.

 

La mémoire à long terme

 

Elle est composée d’une connaissance générale de soi et du monde, des valeurs et des concepts appris. C’est la partie « générale ». Cette partie de la mémoire permet d’extrapoler sur le futur en puisant dans les images passées. Les parties de l’esprit qui s’occupent du passé et du futur sont exactement les mêmes.

Plus l’image de mon corps/esprit est précise, plus le nouveau se gère facilement. Le fait d’assimiler le nouveau se base sur la répétition de l’expérience d’apprendre : en connaissant mes réactions face à la découverte, mes façons de retenir et d’apprendre, je rends l’assimilation de connaissance facile.

 

La deuxième partie de la mémoire à long terme est une association sensorielle d’images absorbées. Plus la stimulation des sens est forte, plus je vais avoir une facilité à retenir. Ca peut être négatif dans le cas de stress important, mais c’est une façon de retenir les leçons de la vie.

 

Le ressenti sous toute ses formes, va donc aider à retenir le geste ou le concept. Une stimulation des sens qui distrait (en rappelant des mémoires déjà acquises), sera évidemment contre productive. Le son du vent dans les pins alors que j’apprends une nouvelle forme de taijiquan peut m’aider à graver plus fermement la situation… mais elle peut aussi me rappeler un séjour à la mer qui va me distraire et me faire oublier la leçon.

 

On fera donc très attention aux stimuli sensoriels pour ne pas se compliquer la tâche alors qu’on cherche à la simplifier. Les ressentis kinesthésiques pour les gestes et les visuels, pour le conceptuel restent sûrs et sans contre indication.

 

La troisième partie est la mémoire des anecdotes et des histoires ponctuelles. Si pendant qu’on apprend il se passe quelque chose de notable, on peut alors mieux le retenir. Le professeur peut raconter un blague pendant l’assimilation d’un concept ou plaisanter sur un sujet donné alors qu’on apprend un mouvement… voilà des exemples simples de techniques pour aider à retenir.

 

Nous arrivons maintenant à la partie la plus importante pour tout apprentissage pratique que l’on cherche à mémoriser : la mémoire à long terme opératoire. C’est l’acquisition d’une façon de faire, aussi bien un raisonnement, un geste complexe ou encore une éducation de la proprioception.

 

C’est surtout la capacité de faire une action complexe qui sous entend la maîtrise d’actions apprises, mais aussi les procédés intellectuels complexes qui s’appuient sur des connaissances acquises. 

 

Par exemple : pendant une course à vélo, ma focalisation est sur les trajectoires et les autres participants, sur le but et la route, mais l’ensemble repose sur ma capacité à faire du vélo.

 

Il en va de même pour un combat de boxe. Le boxeur cherche les ouvertures, le rythme, esquive si besoin, le tout reposant sur ses techniques de frappes et de mouvement déjà maîtrisées.

 

Dans notre pratique, il ne sera pas possible de faire du neigong si mon attention est dans mes gestes ou ma posture, il n’est pas possible de cherche une force pénétrante si ma structure occupe mes pensées, il est impensable de cherchez à conseiller l’autre si mon comportement est encore emprunt de ma panoplie de personnages (masques).

 

Cette éducation opératoire va comporter trois parties :

·      La compréhension,

·      L’éducation,

·      L’assimilation.

 

Avant tout, il faut comprendre intellectuellement ce qui doit être fait. Si je ne comprends rien aux indications, je ne vais pas retenir quoi que ce soit.

 

Ensuite je dois éduquer mon corps/esprit pour faire entrer l’information et pouvoir le faire sans mimétisme : ayant compris et l’intégrant à mon vécu, je n’ai plus besoin de regarder l’exemple ou le mémento.

 

Maintenant, il faut que cette information se grave en moi et ne parte plus. Plus l’apprentissage prend en compte des connaissances primaires (équilibre, survie…) moins je risque de les oublier (car il existera aussi une stimulation des autres parties de la mémoire). Pour un geste ou un ensemble de mouvements, il me faut les répéter assez souvent et sur une durée assez longue. 

 

C’est pour cela que l’apprentissage de la nage ou du vélo demande du temps, mais qu’il n’est jamais besoin de réapprendre, car ça reste ancré en nous à jamais.

 

Pour un exercice de qigong, il faut le répéter plusieurs fois par jour au moment de l’apprentissage (on dit au moins une fois avant de se coucher le premier jour et dix fois par jour le temps de le mémoriser), mais aussi sur une période de trois ans pour qu’il ne nous quitte plus jamais.

 

C’est seulement après cette étape qu’il est possible de parler de nei gong, avant, l’attention est sur le geste… c’est de la bonne gym (wai gong).

 

Avec cette compréhension du processus d’apprentissage, il est possible de mieux apprendre et de distinguer plus facilement les bons enseignants.

Comme nous l’avons vu dans la mémoire anecdotique, les émotions entrent en ligne de compte dans le processus de mémorisation.

 

Dans les styles anciens, liés aux styles de combat, un certain stress sera présent dans l’apprentissage pour aider les élèves à enregistrer les informations dans leur corps et leur esprit.

 

Pour mémoriser certaines informations importantes, une présentation chargée d’anecdotes et de surprises, d’humour et d’exemples, permet d’assimiler plus facilement.

 

Cette partie de l’enseignement dépend plus de l’enseignant que de l’élève… il faut donc bien choisir son sujet d’étude, mais aussi son professeur.

 

Voilà.