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Pratiquer à se faire Plaisir

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Quand vous entrez dans une pratique sérieuse, normalement, dès le 2ème mois vous avez déjà trop de mouvements de pratique à effectuer. 

Le professeur doit avoir les moyens de vous confronter au travail à effectuer sous plusieurs formes. L’accumulation des exercices permet ainsi de vérifier par soi-même son évolution. Il est important de s’en tenir à tous ces exercices pendant quelque temps.

Le principal est de tout travailler sans chercher une logique dans les exercices. À chaque période de son évolution dans la Voie, il faut savoir aller dans le sens des exercices. On peut, à certains moments, discuter de la Voie et de ce qui est recherché, mais on doit à d’autres moments savoir être dans la pratique, et rien que la pratique.

Rapidement, il faut installer dans sa pratique une part égale des trois facettes de la Voie :
un aspect physique, pour le corps,
une facette énergétique qui nourrit le Qi (énergie),
une composante méditative qui cherche à connaître le Shen (esprit).

Sans cette répartition égale entre les trois éléments de l’être humain, on instaure un déséquilibre. Il est évident que lorsqu’on débute dans la pratique, ce déséquilibre est déjà présent, c’est pourquoi il est important de le corriger le plus rapidement possible, avant d’aller plus loin. 

La plupart du temps, les douleurs et les faiblesses du corps demandent une voie plus physique au départ. L’esprit brumeux de la plupart d’entre nous, et débordant de préjugés gluants nécessite des exercices de Shen gong (travail de l’esprit). 

La perte d’envie et d’enthousiasme, malheureusement courante au sein de notre société molle au fond dépressif, demande de réveiller l’énergie en nous.

Au bout d’un an d’entraînement, on doit pouvoir instaurer deux phases dans son temps de pratique : l’apprentissage (où on ajoute, on raffine et on pense) et la pratique elle-même (qui se fait dans le « ressenti », sans pensée). 

En effet, sans une continuité dans l’enseignement, sans un rapport constant avec la Voie et la découverte de ce qu’elle est, on peut régresser, voire oublier. Il est donc bon d’affiner sa pratique en allant toujours plus loin dans l’apprentissage.

D’un autre coté, il est nécessaire d’avoir une phase d’action libre, de fusion dans le ressenti de ce qui est le mieux connu. Au début, un geste simple que l’on comprend bien est suffisant. Mais sans ce moment où l’attention est posée sur ce qui est senti, oubliant l’imperfection de ce qui est connu, la Voie n’existe pas.

Si l’entraînement n’est qu’apprentissage, on finit par se corriger des décennies durant sans jamais avancer sur la Voie. C’est comme inspecter son véhicule avant un long voyage, aménager l’intérieur et vérifier la pression des pneus… pendant 20 ans et à la fin, n’avoir effectué aucun voyage. 

Il existe des voies modernes où tout le temps d’entraînement (en groupe ou individuel) repose sur une correction maniaque de tout ce qui ne va pas. Dans cette focalisation névrotique, il n’y a pas de pratique, il n’y a pas d’évolution, c’est une perte de temps.

Si dans l’illusion de la pratique, vous vous perdez dans les mouvements, c’est que l’apprentissage n’est pas suffisamment respecté et que cette fausse pratique ne sert à rien. Il est possible de prétendre être dans le « ressenti », plongé dans les limbes astrales, mais la vérité, c’est que l’on est perdu dans le fatras de son mental. 

Le ressenti, simple présence au corps et à l’énergie, mais présence tout de même, permet d’être dans le geste juste, connu. Si on ne parvient pas à cela, c’est que l’apprentissage n’est pas suffisant, que le travail est incomplet, que l’on ne travaille pas dans le bon esprit. En aucun cas le ressenti ne doit faire perdre de vue la forme des mouvements, il en est au contraire, partie intégrante.

Si vous n’avez pas ce problème, il faut alors commencer à « trier » la pratique. Dans un souci d’équilibre entre les trois phases de la pratique, et une bonne gestion du temps d’apprentissage et de pratique, il faut aller plus loin : il faut se faire plaisir.

Seul celui qui se destine à l’enseignement doit connaître tous les aspects de l’enseignement. Le pratiquant, lui, n’a besoin que d’une voie qui lui convienne et qui va dans le sens de ses besoins.

L’apprentissage doit rester l’apprentissage, en revanche la pratique, pour être considérée comme telle, doit prendre tôt ou tard, une forme plaisante.

Dans l’ensemble de ce qui est connu, avec l’accord du professeur pour ne pas faire de bêtises, il faut donc façonner la pratique en vue de se faire plaisir. Le travail des qualités, le fond, peut s’exprimer sous des formes différentes. 

Il est donc possible d’articuler sa pratique, tout en respectant la Voie, dans une expression qui plaît, qui fait plaisir.

Que l’on choisisse un style plutôt qu’un autre (taijiquan, baguazhang, xingyiquan….), que l’on préfère le travail des bases plutôt que celui des formes avancées (qi gong simple, nei gong…), que l’on décide de tout faire avec la même forme plutôt qu’avec des formes diverses, ou l’inverse… tout est bon à partir du moment où les bases sont respectées (c’est pour cela que l’approbation du professeur est importante et qu’il ne faut pas se laisser aller à sa créativité sélective).

L’enseignement est assez vaste pour exprimer la Voie sous des formes plaisantes.

Il est inutile d’avoir une pratique « pénible », le « no pain, no gain » ne sert à rien.