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Pourquoi s’entraîner au combat ?

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On aurait envie de dire pour se battre évidemment !

Si aujourd’hui on ne fait pas partie d’une force armée où des forces de sécurité telles que la Police, il n’y a pas de raison de se retrouver dans une situation de combat. Evidemment l’insécurité dans les villes, la violence latente des automobilistes pressés et la connerie humaine en général sont de bonnes raisons d’être confronté à la violence. Mais si on ne cherche pas la bagarre, il y a peu de chances de se battre ne serait ce qu’une fois dans sa vie.

On s’entraîne donc au combat sachant que ça ne va pas nous servir, ou très peu. La question légitime est donc : pourquoi s’entraîner au combat ?

Je pense qu’il existe plusieurs raisons importantes :

  • Le rapport aux autres,
  • La connaissance de soi,
  • La peur,
  • La présence dans l’instant.

Dans une société où l’on vit essentiellement dans les villes, on est amené à rencontrer les autres de manière continuelle et quotidienne. Bien entendu, cela provoque régulièrement des conflits d’intérêts avec autrui. On pourrait penser qu’à ce moment là l’argumentation est bien loin de la violence. C’est en partie vrai. Mais quelqu’un qui se sent faible ou qui a peur des autres craindra toujours, même de manière semi inconsciente, que l’autre se fâche et en arrive à la confrontation physique. Cela relève évidemment du domaine du fantasme ou plus exactement des peurs fantasmatiques. Cette peur de la confrontation qui dégénère, qui devient une façon de ne jamais dire ce que l’on pense, ne devient un handicap que si l’on se sent faible. À partir du moment où on n’a plus peur de l’autre, on peut dire ce que l’on pense, défendre ses opinions et être plus heureux.

Cela peut paraître ridicule ou incohérent mais cette peur de l’autre existe et elle empoisonne la vie de bien des gens. Ce rapport aux autres qui pose problème n’est autre qu’une manifestation cachée de la peur de mourir. La peur de se battre c’est en fait la peur d’être blessé, la peur de souffrir et ultimement la peur de disparaître. Très rapidement lorsqu’on connaît mieux les mécanismes de la violence, on comprend comment ne plus se positionner en victime ce qui permet de ne plus être pris pour telle par l’agresseur. On développe alors un certain respect de la violence ; ce qui est très utile lorsqu’on se retrouve face aux personnes qui ont pour habitude d’exprimer une agressivité excessive.

L’agressivité est quelque chose de normal, quelque chose de naturel et nécessaire à la survie.

Tous les enfants au cours de leur développement comprennent les bienfaits de l’agressivité sur le milieu environnant. On voit que chez les animaux et chez les hommes l’agression et l’agressivité sont liées à l’instinct. On peut dire qu’il y a deux instincts fondamentaux : l’instinct de vie et l’instinct de mort. L’instinct de vie serait représenté par l’instinct sexuel, de continuation de l’espèce. L’instinct de mort en serait les impulsions agressives et tendances destructrices qu’elles représentent.

L’agressivité chez l’enfant n’est autre qu’une façon d’assurer sa vie. Il cherche à poser ses limites. Il sera confronté à deux options négatives et un développement normal.

  • Le cadre familial se montrera trop exigeant ou trop dominateur et l’enfant devra s’exprimer autrement.
  • Le cadre familial se montrant trop peu exigeant (cédant à toutes les exigences agressives de l’enfant), la vie sera aussi difficile.

Dans un cas la personne se développera le plus souvent en ayant des difficultés à se confronter à son environnement, dans l’autre cas elle deviendra agressive maladivement.

Dans le cas d’une agressivité excessive, le fait de pratiquer des arts de combat permet de réaliser que la violence est quelque chose de sérieux qu’il faut savoir distiller dans sa vie de tous les jours. Rapidement on perd l’habitude d’être agressif avec les autres connaissant trop bien, grâce à l’entraînement, les conséquences d’une confrontation physique.

On observe donc que l’entraînement aux arts de combat modifie complètement notre rapport aux autres et ceci quelle que soit notre position de départ (que l’on se sente inférieur ou supérieur).

On comprendra aisément qu’après quelques années d’entraînement, on acquiert une connaissance de soi plus approfondie et réelle. On ne parle pas seulement d’une connaissance théorique mais d’une connaissance en sensation de ses muscles, de ses os ou encore du fonctionnement de ses articulations et même la sensation de ses organes internes.

On découvrira notre résistance à l’entraînement, à la douleur et surtout on commencera à déceler plus facilement l’arrivée des différentes peurs ce qui permet de ne plus être surpris dans la vie de tous les jours. Connaissant mieux les sensations de peur, ayant joué avec régulièrement pendant l’entraînement, on se retrouvera rarement paralysé, on sera plus apte à réagir.

Bien des systèmes de méditation et de découverte de soi par du contrôle des émotions et du contrôle des peurs. Beaucoup de gens ne veulent plus avoir peur dans leur travail ou dans leur ville. Dans la méditation on peut croire que l’on est centré et l’on peut imaginer que l’on contrôle ses peurs et que l’on joue de ses émotions. Dans la méditation on est assis sur un coussin ou sur une chaise dans une salle paisible avec des gens qui nous veulent du bien. Cinq minutes après que la séance de méditation soit terminée, il est très facile de se stresser dans la rue où les gens ne sont plus aussi gentils.

Dans le taoïsme, on combine la méditation, le chi kung et le combat. Ceci pour une raison très simple : dans la méditation et le chi kung on peut trop facilement se faire des idées, alors que dans le combat on travaille sur les aptitudes et il est très difficile de s’illusionner. Dans l’entraînement au combat, face à la violence, même bienveillante d’un partenaire, on ne peut plus se mentir. Alors que dans la méditation on travaille la présence et la peur et l’on n’est jamais sûr que cela marche vraiment.

L’entraînement au combat et aux arts de combat permet d’emprunter un raccourci pour savoir rapidement si l’on est sur la bonne voie. On évite ainsi des années de pratique inutile Dans le taoïsme, on préfère même que les gens soient d’abord sûrs de leurs possibilités physiques, de la connaissance de leur corps avant de passer à des choses plus subtiles. On ne pense pas que le développement spirituel puisse se faire sans une connaissance et un travail du corps minimum. De plus, si au fil des années on construit en son corps un temple de méditation, on ne va tout de même pas permettre que quelqu’un de mal intentionné vienne y mettre le désordre. Toutes ces pratiques prennent beaucoup de temps il serait dommage de les mettre à la portée de méchantes personnes.

Je pense que l’on peut déjà comprendre comment il est possible de travailler la présence à travers les arts de combat.

Bien sûr dans la méditation et dans le Chi kung la présence est quelque chose de très important, mais aussi plus difficile à travailler. Dans les arts de combat, la présence peut se travailler assez facilement car elle résulte de la volonté de ne pas recevoir de chocs. L’enseignement de techniques de méditation demande une compréhension et une pratique complexes alors que dans les arts de combat le fait d’éviter de prendre un coup est assez instinctif.

Encore une fois on trouve là un raccourci, une manière d’enseigner non seulement par l’intellect mais aussi par le corps.

C’est un moyen facile de travailler sur la peur et la présence ce qui va ensuite modifier notre rapport aux autres et le rapport à soi-même. « Facile » parce que si on arrive à se lancer, le travail est rapide, la progression indéniable et le plaisir qu’on y prend sans pareil. Maintenant la difficulté est de commencer, de s’y mettre, sans tomber sur les arts martiaux traditionnels figés ce qui est déjà un peu mort. Il faut des arts vivants, en continuelle évolution et qui gardent dans leur fonctionnement des atouts majeurs :

  • Des formes aux mouvements naturels,
  • Une recherche de la relaxation avant tout,
  • Des confrontations régulières avec des adversaires non coopératifs.

Voici énumérées de bonnes raisons pour pratiquer le combat, non pas pour taper sur son voisin mais pour taper sur ses peurs dans la présence de l’instant. Si en lisant ceci vous constatez que tout cela ne vous attire pas ou que cela vous fait peur de penser à vous dans des exercices de combat, alors je ne peux que vous conseiller d’aller faire un tour. Il est très rare d’aller vers ces exercices de manière consciente et décidée ou alors ce sont des gens qui cherchent une activité sportive, ce qui n’est pas le sujet ici. Analysez votre rapport aux autres et demandez-vous si vous avez peur des gens, si vous avez peur quand vous sortez de chez vous le soir tard ou si vous vous posez parfois la question « et si on m’agressait ? ». Ce genre de questionnement ou de peur n’est pas grave mais demande une investigation pour comprendre pourquoi vous pensez à cela parfois. Il faut toujours aller chercher là où ça dérange.

Aller vers ce qui vous fait peur, le reste est ennuyeux.