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« l’Esprit Singe » : Tourmenteur des Perceptions

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Nous sommes en permanence en rapport avec une partie bruyante de notre esprit qui commente, juge et compare tout ce que nous percevons.

Ce « petit juge » intérieur nous empêche de vivre pleinement nos sens, comme un filtre devant un objectif d’appareil photo.

Ce commentateur « intégré » est une façon sure de toujours continuer à « fabriquer de la pensée ».

Notre mental est un outil qui peut nous être utile, mais bien souvent c’est malheureusement nous qui sommes au service de ce tyran.

Il n’est pas utile de penser les perceptions, il est même fatigant de le faire ; c’est une sérieuse perte d’énergie.

« C’est normal » me direz-vous, c’est absolument normal de penser sans cesse, c’est ce qui fait de nous des humains. Et pourtant, bien des gens à la culture différente et vivants sur cette Terre en ce moment ne pensent pas la même chose.

Il est normal pour nous, occidentaux, de penser tout le temps, tout comme il fut normal pour les habitants de l’île de Pâques d’abattre des arbres pour vénérer leurs dieux ou pour les incas de sacrifier des jeunes femmes.

Sur le moment cela semble être la seule « bonne » façon de vivre, mais c’est parce que nous ne connaissons pas autre chose. Et bien la Voie taoïste nous propose de revenir à la perception, au silence et à la détente.

Nous avons différentes facettes que nous présentons aux gens, nous avons notre voix intérieure qui commente nos moindres gestes et nous avons autre chose… cet Observateur qui peut parfois se rendre compte de tout notre manège, cela avant d’être commenté lui-même par notre esprit aux pensées compulsives.

Les chinois donne un nom à ce « malade » qui parle sans cesse dans notre tête : Esprit singe.

Comme un jeune singe dément, cette entité va se jeter sur chaque perception et chaque pensée pour en fabriquer un peu plus, comme sur une gourmandise.

Nous avons déjà vu un dément, dans la rue ou le métro, qui parle tout seul. On se dit souvent alors « que c’est triste… ». Et bien nous ne sommes pas si différents de lui au fond…

Nous ne le faisons pas à voix haute, mais nous sommes dans la même dynamique.

Il peut même nous arriver de penser tellement et si fort, que le corps, privé d’énergie et d’attention, reste paralysé, hébété. Immobile, nous dédions toute notre attention et notre force à ce personnage forcené qui sature notre esprit de bruit.

Bien des traditions parlent de cela, certaines nomment cette partie de l’esprit : ego.

Qu’est ce que l’ego ? C’est l’attachement que l’on a au personnage que nous croyons être. L’ego est la force de notre individualité qui se veut importante, c’est notre façon de nous accaparer le monde.

Einstein, qui était clairvoyant, disait de l’ego qu’il est « l’illusion d’optique de l’esprit ».

Nous avons besoin du mental pour agir dans le quotidien, mais beaucoup moins que ce que nous pensons. On pourrait même aller plus loin en admettant que l’ego est utile au début de notre évolution uniquement dans le but d’être dépassé.

Nous sommes visiblement coincé dans cette étape de l’évolution depuis quelque temps, sachant que les taoïstes en parlaient déjà depuis 4000 ans…

Mais depuis des années, les renaissances des mouvements spirituels nous donnent la possibilité d’avoir les informations pour faire le travail : se libérer de notre esprit égotique pour aller vers une éthique de vie différente.

La source de notre ego réside dans notre « boite », un ensemble de concepts et de préjugés qui s’accumule depuis la prise de conscience de notre nom.

Autour de l’évolution de l’enfant, les gens vont qualifier, critiquer ou encenser le petit qui va prendre une bonne partie des informations comme « valides et sérieuses ».

En accord ou en réaction, dans le besoin d’être important et différent, le reste du développement de la psyché (l’esprit) va se faire en accumulant et en rajoutant des informations.

Ce fatras conceptuel, fédéré par l’importance de notre nom, va nous créer un bel ego qui se veut de survivre…pour cela, il a a sa disposition le mental.

La création de pensée compulsive va permettre de conserver l’ego dans un bien être bruyant en lui fixant des limites claires d’une personnalité « acceptable ».

La volonté d’avoir raison, d’être important, de briller et de gagner sont des façons de renforcer son ego et de s’assurer de sa force.

La confrontation au sans limite, à l’infini, à la non dualité ou au fait de ne pas être la chose la plus importante de l’univers…tout cela est une menace pour notre ego.

Les voies spirituelles cherchent cette liberté dans l’acceptation d’une unité du monde et de l’éphémère de l’humain…cela ne va pas pour plaire à notre Esprit Singe.

Nous avons tous l’expérience d’un « vide mental », d’un silence en voyant quelque chose de beau, d’un plaisir qui court-circuita l’esprit mental…mais qui fut commenté dans la seconde pour ne pas perdre pieds, pour ne pas perdre ses limites, ses repères.

La pratique cherche à installer ces moments à la place de notre mental aliéné et d’utiliser celui-ci dans le cadre de sa fonction : penser.

Voilà pour une introduction sur ce fou qui domine notre esprit.