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Les étapes de la progression

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Dans les traditions des arts de combat que j’ai rencontrées, on retrouve toujours des formes d’exercices qui se répètent.

Au début, il est nécessaire de ne pas bouger trop, positions et travail statiques, accumulation d’énergie.

Les techniques de base de chi kung et de combat se découvrent sans mouvement, puis on ajoute un déplacement simple.

Les déplacements sont très importants à ce moment, ils sont la clé du combat… les exercices de coordination et de proprioception sont à ce niveau également.

On commence ensuite à régler le souffle, à utiliser le chi kung, dans les mouvements et de techniques, le tout plus dynamique.

Quand le souffle et le corps fonctionnent ensemble et que les bases sont fluides, on peut passer par une étape de frappes sur cibles plus ou moins molles (ou dures).

Les petits enchaînements se découvrent, pour parfaire la « forme » du corps, les exercices à deux, les techniques « en action », on pourra apprendre une forme fixée, une « danse » mémento de ce que l’on a appris.

Les spécialités du style arrive maintenant : points vitaux, fa jing, « trucs »… le dessert, quoi !

On arrive à la recherche de la liberté ; tout ce qui fut structuré doit éclater, disparaître, se fondre dans une pratique libre et complète, dans « son » art de combat…. mais « rien ne se perd, tout se transforme »…

Il est triste de constater que l’épisode de liberté est souvent occulté par les enseignants ignorants, mais honnêtes. Il est important de passer de ce qui s’apprend à ce qui se sait… digérer l’enseignement… quand la pratique est juste, quand elle respecte les formes
d’apprentissages, il faut en tester les limites pour trouver « sa » voie.

On pratique ce qu’on nous enseigne jusqu’à la perfection (idéalement) pour ensuite garder le ressenti et les fruits de la pratique, mais on en jette l’écorce morte de la forme ; pourquoi continuer à réciter l’alphabet si on a les mots, pourquoi garder la nasse quand on a
 le poisson… (pour prendre un autre poisson plus tard ???)… etc.

Petit à petit, les formes évoluent vers un mixage de formes et de mouvements libres, l’ensemble allant naturellement vers la liberté… si on est détendu…

Dans l’externe, il y a une recherche de la performance physique, il y a une recherche du « plus vite, plus fort » qui n’existe pas dans l’interne… normalement… dans les pratiques internes, il existe une loi connue qui dit que tout se fait à 70%, on se garde une marge d
e confort… on ne pousse pas trop loin puisqu’on pousse longtemps…

Encore une fois, le ressenti et les lignes de force, la précision et la patience sont différents de la boxe ou des autres sports de combat, on ne doit rien marquer ou gagner… il faut survivre coûte que coûte…

Dans les arts de combat on n’a jamais l’idée que l’arbitre va intervenir, si on décide de se battre, il faut un peu accepter la mort…

La pratique de l’interne se fait par la structure externe, mais dans une sensation plus qu’une « musculation » ou une « décontraction »… quand la structure est juste, on fait de l’interne… chaque geste qui respecte la structure est un mouvement interne.

Frapper comme un idiot dans un sac de toutes ses forces est externe, taper comme un idiot de toutes ses forces, en gardant la structure, peut être interne.

A mon avis, ce que l’on voit le plus dans les arts internes, et qui est triste, c’est cet emprisonnement dans les formes qui empêchent la liberté.

Apprendre et respecter son maître et son style n’est que justice mais pourquoi en rester là ?

Pourquoi rendre mort et morne ce qui doit être inventif et vivant ?

Comment peut on croire que son entraînement peut être le même deux jours de sa vie… ?

Il faut apprendre à marcher sur une surface plane et dans un espace clos au début, mais il n’y a pas de limite aux endroits où on peut se balader… si ce n’est les limites que l’on s’impose !

Il faut comprendre et appliquer la structure du style, en maîtriser les principes, et jeter tout ça à la poubelle pour faire ce que l’on veut, libre… mais conscient et confiant dans ses bases acquises et maîtrisées.

Les exercices pratiqués dans le cadre de l’enseignement vont donner la forme de corps du style, les exercices à deux et le dao yin fa, chi kung, vont faire ça aussi.

C’est seulement après cet apprentissage que l’étude des formes était commencée, comme « rappel » de tout ce qu’on connaît… pas comme un but en soi.

Il est évident qu’il est rare d’avoir accès à ces exercices qui « trans-forment » le corps, ils ne sont pas la forme mais donnent la forme du corps.

Je ne crois pas qu’il soit possible de sortir de la forme, d’arriver à la liberté directement, sans la pratique des formes, tout comme il est difficile de détendre un muscle sans passer par un instant de tension.

Mais quand on commence les formes chorégraphiées, on est normalement à un stade élevé/avancé dans la pratique, pas au début.

Voila un exemple des paradoxes de la pratique interne.

Le Yiquan est un exemple de ce paradoxe : parlant toujours de liberté et de sans forme, on trouve chez ses pratiquants nombre « d’obsédés de la forme », qui ne peuvent admettre la liberté… « c’est comme ça, la jambe comme ça, les coudes… », qui disent, « pour émettre la f
orce, pas autrement »… foutaises !

Ceci dit, le Da Cheng Chuan est un art qui donne une belle façon de se libérer de la forme tout en gardant la structure… il faut juste se détendre…

La forme est importante, la forme chorégraphiée est utile, les longues formes qui ne sont pas « habitées » ne servent à rien pour le développement de l’interne.

La forme habitée est une forme qui est un condensé de tout ce qu’on connaît, chaque geste est une référence à une tonne de pratiques libérées du mental.

Encore une fois, c’est seulement ce que je pense, ce qui m’a été enseigné et ce que j’ai pu constater… rien de plus.

Les formes, les formes de corps, sont la manière de se tenir, de frapper, de bouger… les formes qui sont aussi obsessionnelles qu’inutiles sur la durée ; on doit apprendre ces formes pour savoir utiliser son art mais les oublier quand on les a maîtrisées.

Les formes chorégraphiées, les tao lu, katas, sont des mémentos de tout ce qu’on a appris dans son art, elles sont inutiles pour le combat mais jolies. Elles servent a se détendre dans le mouvement et à donner « un style » dans le geste.

Les formes de corps sont un peu une obsession chez les gens du Yiquan, c’est louable, mais il faut en sortir comme des formes chorégraphiées…

Cette liberté n’est pas une progression, c’est un résultat d’étapes qui évoluent vers une libération subite… on progresse jusqu’à ce qu’on y soit… ce n’est pas une amélioration, c’est un changement.

Les étapes pour évoluer dans l’art interne, selon mon école, sont du domaine de la pratique, plus de la discussion… désolé ! Les tao lu, katas sont inutiles pour le combat… les styles n’ont eut des katas qu’à partir de la fin du 17ème siècle, et ils se cognaient bien
 avant… sans katas, mais avec des méthodes d’entraînement !

En revanche, ça rassure !

Pis c’est joli !

Les drills, pour ma part, sont des exercices qui commencent mais qui n’ont pas de fin.

Ils sont en boucle, ils développent une façon de ne plus penser tout en esquivant et attaquant, de parer, de « toucher » les points sensibles du corps, dans une confusion de frappes et de vitesse…

Ce n’est pas la même chose que les kihons du karaté, qui sont des « formes », il n’y a pas de liberté d’action, les « drills » se cumulent et se fondent pour devenir une pratique libre qui n’est pas encore du combat, mais qui développent les qualités pour rester efficace « en
 mouvement ».

Le fait de ne pas s’arrêter, de rentrer dans une furie de geste dangereux qui s’accélèrent, de « faire sans penser », développe d’autres choses que les formes.

Voilà.