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Les cycles de la pratique

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Il existe un vrai problème relationnel entre les pratiquants et leur appréciation du temps. Ce problème est celui de la vision « fast food » du monde d’aujourd’hui. Certaines pratiques permettent une sensation rapide et immédiate alors que certains changements de fonctionnement de la personne peuvent prendre des années. Dans les arts internes chinois nous avons la chance de pouvoir donner des pratiques qui donnent des résultats à long et à court terme.

Les changements les plus évidents sont le gain de force et d’énergie qui se manifestent entre deux heures et deux ans après le début d’une pratique régulière (quotidienne évidemment).

Mais il existe nombre de changements plus subtils et plus profonds qui sont les fruits de notre investissement dans cet enseignement millénaire. Nous allons voir ici quelques-uns des cycles les plus importants qui nous concernent tous.

Dans une pratique physique, quelconque, l’augmentation de la circulation sanguine est liée à une augmentation du mouvement du Qi (énergie). Cette énergie très volatile, très yang, ne restera que le temps de l’exercice. Par la libération de produits chimiques naturels du corps, la sensation de bien être peut durer quelques temps. Pour retrouver ce bien être, il faut répéter l’action sportive. On retrouve là une des raisons de la dépendance de certains sportifs pour l’effort. Mais à ce niveau, cette énergie Yang ne peut pas encore s’enraciner dans le Yin, la structure corporelle.

Prenons un exemple idiot mais juste : sautillez sur place et vous aurez chaud, le sang circule plus. Quand le sang est là, le Qi (énergie, pour ceux qui ne suivent pas du tout !) est là. Mais nous parlons d’une énergie Yang volatile qui disparaîtra le temps que le corps se refroidisse. Durant l’exercice, vous vous sentez une énergie folle, après celle-ci vous êtes de nouveau fatigué : le Yang (fonction) n’a pu prendre racine dans le Yin (la structure). Pour que le Yang « s’accroche » au Yin, il faut du temps. Après des jours de sautillements, vous pourrez constater que vous aurez tendance à rester « chaud » entre les séances, mais cela ne tient qu’à un fil : un coup de fatigue de plus, une digestion difficile, un coup de stress et cela disparaît de nouveau.

Après des mois, vos jambes vont devenir plus musclées, plus volumineuses, à force de sautiller : le Yin, la structure, s’est modifié à cause du Yang (l’action, le sautillement). Si vous continuez dans cette ligne de pratique sans vous arrêter, tout le système corps/esprit va être modifié, mais nous verrons cela plus tard…

Si vous sentez que votre pratique de Qi Gong vous « fait du bien » au début, elle va doucement s ‘installer, s’encrer en vous, changer votre corps et ensuite faire évoluer tout votre système global corps/esprit.

De plus, la plupart des écoles de Qi Gong devrait vous apporter plus que le sautillement sur place…enfin, en principe.

Voyons les rythmes les plus courts qui nous intéressent ici : 5mn et 28mn.

Si vous faites quoi que ce soit tous les jours, pendant au moins cinq minutes, votre ensemble corps/esprit va s’y habituer et essayer d’être plus performant dans cette pratique. Cela ne sert à rien en soi, désolé, mais cela vous prépare à devenir un pratiquant.

Pour commencer à « toucher » le cœur de notre centre, l’essence de nous-même, il nous faut avoir une pratique qui se déroule pendant un cycle entier d’énergie défensive Yang (Wei Qi), c’est-à-dire 28 mn (à peu près, selon le Nei Jing Su Wen et le Nan Jing). Comme il est possible de ne pas avoir une concentration suffisante pour se fondre immédiatement dans sa pratique, donnons nous deux minutes pour nous y mettre, soit une demi-heure.

Donc si nous pratiquons une demi-heure par jour nous sommes dans une voie qui peut tout changer en nous ? OUI, et ce n’est pas trop demander sur une journée de 24 heures !

Il me faut être honnête avec vous, une demi-heure suffit au début pour « entrer dans la voie », mais il faut prendre en compte plusieurs facteurs :

  •                   L’état dans lequel nous sommes quand nous commençons à pratique
  •         Le rythme de vie
  •     L’investissement dans la pratique
  •     Les façons de pratiquer (le style de pratique) 

Si vous commencez à pratiquer dans une forme physique et une paix mentale totale, il n’est pas nécessaire d’en faire beaucoup, si tel n’est pas le cas, il faut se remettre « à zéro ».

Dans notre première confrontation aux exercices, nous ne pouvons vraiment pratiquer : nous devons préparer notre corps et notre esprit pour une pratique éventuelle. Cette préparation en elle-même va nous donner énergie et force, mais pas l’entrée dans un enseignement total.

Nous devons clarifier quelques points : nous sommes perturbés par nos soucis de coordination, notre approche pathologique de nos émotions et notre vision étriquée de nous-même. Dans cette guérilla ouverte avec la personne que nous croyons être, nous allons aussi apprendre à travailler, à pratiquer et à assimiler.

Plus nous avons de points à éclaircir, plus cette période peut être longue. 

Sans investissement et submergé des formes de paresses, la voie sera comparable aux travaux de Sisyphe.

Notre rythme de vie rassemble tous ces moments en dehors de la pratique ; tout comme la pratique joue sur notre vie, notre vie influence notre pratique.

Si entre les moments où je suis dans les exercices de détente et de relaxation, je dois accomplir un travail très stressant ou me battre dans un cadre privé étouffant, il est évident que les effets de la pratique seront vite « épuisés ». C’est aussi du bon sens : 30 minutes de paix contre 10 heures de stress, les chiffres parlent d’eux-mêmes….

Il faut donc aménager un espace privé et personnel, sans télé ni musique, qui permet de rentrer en contact avec l’enseignement et de soi-même.

Si votre vision de l’entraînement est proche de celle du tennis ou du jogging, que pour vous : « c’est du sport, quoi ! », les changements seront minimes. Il est dans ce cas là préférable de s’orienter vers une activité sportive moins contraignante.

Si vous êtes dans cette pratique dans un soucis de mieux vous fondre dans les changements du monde, de vivre pleinement cet enseignement taoïste et d’aller dans le sens de celui-ci : ce que vous allez vivre sera à la hauteur de votre implication. Encore une fois, c’est du bon sens, si vous êtes investi dans la pratique, vous recevez ce que vous y mettez.

Donc, les 30 minutes par jour sont un rythme possible de pratique, mais encore faut-il être sorti du cycle d’apprentissage et être entré dans la pratique. Il suffit de continuer, cela va bien se passer et « si vous le faites, ça marche, si vous ne le faites pas ça ne marche pas ! ».

En trois ou quatre mois, même si l’entraînement n’est pas une priorité dans sa vie, il y a deux phénomènes que tout le monde constate : plus de force physique et moins de fatigue. Mais c’est encore assez fragile et il faut peu de chose pour déstabiliser cet équilibre fragile. L’habitude de focaliser ses gestes permet de pouvoir utiliser tout son corps pour des mouvements quotidiens. Il en résulte une double impression de force et de résistance à la fatigue (comme on utilise tout le corps pour un mouvement, on peine moins qu’en employant une partie de celui-ci et ayant peu peiné, on dépense moins d ‘énergie pour une même action).

Un autre phénomène existe aussi : certains débutants sont confrontés à des sensations plus forte, une émotivité à fleur de peau et des manifestations pathologiques plus marquées. Par l’entraînement, nous avons plus d’énergie et celle-ci peut aussi être utilisée par le corps/esprit pour exprimer son désaccord sur notre façon de l’utiliser :

Les émotions peuvent se sentir plus fortement (surtout si on a eu tendance à les réprimer depuis longtemps),

La fièvre plus élevée quand on est malade (la fièvre est signe de lutte entre le système de défense du corps et les facteurs pathogènes : plus d’énergie est synonyme de plus de force pour lutter).

Certaines douleurs dissimulées dans nos tensions compensatoires vont se révéler les premiers mois, des douleurs terribles qui cherchent à s’exprimer depuis longtemps. Souvent je mets en garde les gens enthousiastes par la découverte de la pratique : les premiers mois sont souvent difficiles aux niveaux des douleurs et des émotions, mais il faut bien passer par une période de « nettoyage ». Mais si on persiste, toutes les douleurs, tous les maux se stabilisent et l’équilibre s’installe. Un tiers des « nouveaux » pratiquants abandonne devant ces manifestations qui les effraient, malgré la connaissance intellectuelle de celles-ci.

Il existe ensuite un cycle court de quelques mois (entre 3 et 6) qui encre les exercices physique dans la structure du corps : le corps change et ça se voit. C’est le moment ou on peut constater une réalité de transformation de la tonicité musculaire et de la densité du corps.

Après ce  » combat  » des premiers mois contre ses propres démons, le rythme très important des  » 300  » jours… Les anciens taoïstes nommaient cette période  » la base « . Réussir à pratiquer sans arrêt les 300 premiers jours c’est « construire la base », « poser les fondations », « entrer dans la pratique ». Avec le rythme effréné de notre époque où tout va très vite, la base se « pose » souvent en plusieurs fois 300 jours : ayant trop de choses à faire, nous « n’avons pas le temps » et ne parvenons pas toujours à la continuité nécessaire. Cela ne pose pas de problème si ce n’est le temps perdu.

Ces rythmes concernent la plupart des pratiquants, voyons les autres : « les longues marrées ».

Le premier cycle qui nous intéresse est celui des 3 ans, qui se répète et qui joue sur la liaison entre le corps et l’énergie. Tous les trois ans, le niveau énergétique va pousser l’évolution du corps dans un sens ou dans l’autre : trois ans d’inactivité vont influencer le corps vers un « ramollissement », une période où il sera très difficile de sortir de sa faiblesse (mais où il sera très aisé de se satisfaire dans une activité de plus en plus pathologique). 

Après des années d’inactivité du corps, il est dans un cycle d’immobilisme et il lui faudra un cycle de trois ans pour rentrer dans une nouvelle dynamique d’activité. Après trois ans d’entraînement, le système corps/esprit peut évoluer vers un niveau d’activité plus intense. Plus nous travaillons et plus il est facile de travailler. Nous parlons ici d’une pratique énergétique qui est régit par des règles différentes qu’un entraînement sportif.

Si nous sommes dans cette dynamique positive de « yangisation » du système corps/esprit, nous pourrons accéder au rythme lent mais profond du Jing (essence à la source du Qi et notre potentiel personnel de santé).

Ces longs cycles de Jing sont de 6 à 9 ans et dépendent de l’état énergétique du pratiquant et de ses « gènes ». Un changement effectué sur le jing durera aussi un cycle long de 6 à 9 ans. Les nouveaux cycles dépendent de son évolution énergétique durant l’ancien cycle.

Il faut comprendre que tous ces cycles sont interdépendants les uns des autres et qu’ils s‘influencent tous : autant dire que ce n’est pas une loi globale, mais propre à chacun d’entre nous. La découverte de nos rythmes et le développement d’une vie en accord avec eux nous permettent une existence plus aisée que dans une confrontation avec notre propre nature.

Il existe aussi en parallèle des cycles de 12 années. Ce cycles longs nous confrontent a des moments d’évolution de notre vie ou la pratique sera plus difficile ou plus aisée. Ces cycles suivent notre évolution au cours des grandes étapes de la vie : naissance, adolescence, vie sociale adulte, vieillissement…

Il existe aussi de grands cycles qui mettent en rapport nos cycles personnels et ceux de l’univers, ce sont des cycles de 60 ans (5 cinq cycles de 12 ans). Ces cycles de Feng Shui nous indiquent la fluidité ou les soucis de notre quotidien peut rencontrer avec l’évolution du monde.

Pour revenir aux cycles de la pratique personnelle, il est important de pratiquer sans se soucier du résultat : l’attente et les constructions mentales vont ralentir, voir stopper, notre évolution.

Pour profiter de l’enseignement, tout en ayant réfléchit avant de se lancer, il faut pratiquer pour pratiquer et les cycles seront d’autant plus ressenti.