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Les Arts de Combat et la Voie

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Bien souvent dans les cours de taichi ou de kung-fu on parle de se battre, de se défendre, on apprend à réagir face à des agressions possibles… Mais est-ce bien nécessaire tout ça ?

Il faut voir qu’aujourd’hui il est improbable, sauf si on le recherche, d’avoir à appliquer toutes ces techniques dans de telles conditions.

Il n’est pas besoin de se battre, de collectionner des techniques de défense pour arriver à évoluer et pour se sentir mieux dans sa vie. Suivant les besoins de chacun, être plus présent à ses actes et réussir à lutter contre le stress sont bien suffisants.

Il existe un grand nombre de techniques, d’enseignements et une multitude de voix spirituelles qui peuvent répondre à ces attentes.

D’une manière ou d’une autre, toutes les voies amènent à la même chose : être mieux, se sentir plus soi-même, être une meilleure personne et pouvoir partager cette décontraction avec les autres.

Mais dans ces cas-là, point n’est besoin d’aller chercher les arts de combat : pour pratiquer les arts de combat il faut comprendre la violence de manière pratique et réelle. Si on étudie toute forme de combat sans être clair sur ce qu’on fait, sans connaître réellement la portée de l’enseignement que l’on suit, en étant dans un flou artistique pendant des années, on perd son temps.

La vie urbaine fait que l’on côtoie des centaines de gens chaque jour, même si certains ne sont pour nous que des silhouettes, il est nécessaire de mieux comprendre le rapport à l’autre. L’une des facettes de ce rapport, et on le voit tous les jours, c’est la possibilité de la confrontation avec autrui. Cette confrontation, ce rapport, peut aller d’un simple échange de regard à une vraie confrontation violente : bien entendu c’est exagéré !

Même dans cette exagération on se rend compte à quel point il est souvent difficile de dire ce que l’on pense, on ne veut pas gêner, on a peur… Cette peur de l’autre n’a pas plus de fondement que la nécessité de faire des arts de combat.

Le travail à deux, dans les disciplines martiales, permet pour une fois d’aller chercher un contact avec l’autre directement par le corps, le moins intellectuellement possible. En comprenant mieux l’autre physiquement, en ressentant mieux le centre et l’axe du corps, on se comprend un peu mieux soi-même. Ce rapport à l’autre dans l’exercice permet de sentir plus que de penser, il est par excellence un rapport honnête.

J’ai souvent des gens qui me parlent de leur pratique dans des clubs, qui sont souvent des clubs de sport, où l’ensemble de l’enseignement impliquait de venir une à cinq fois par semaine pour se déguiser, saluer des portraits de vieux maîtres que l’on ne connaît pas, de s’enfermer dans un rituel loin du quotidien, et ensuite de retourner à sa vie. Une majorité de ces gens la n’ont rien retiré des années, parfois longues, de pratique.

D’abord il faut apprendre ce qu’est vraiment la pratique : c’est un travail que l’on effectue seul, pour soi et où l’enseignant n’est que très peu important. D’ailleurs, un mauvais enseignant qui transmet une pratique corrompue, peut nous amener aux résultats escomptés si on pratique honnêtement nous-même.

Le moment où notre pratique est la plus importante n’est jamais un moment paisible : si on a besoin du chi kong c’est que l’on a besoin d’énergie, et que l’on est rarement dans un état d’esprit tranquille. Les moments où la méditation, où l’état méditatif, sont les plus nécessaires sont des moments de perturbations. Encore une fois les arts de combat nous donnent le meilleur exemple : les seules fois où l’on est amenés à utiliser ce que l’on sait pour se défendre, on est rarement près et jamais dans le bon état d’esprit.

Si la pratique est un rituel, un rituel séparé du quotidien, il y a peu de chances qu’elle puisse être utile.

La première chose qui empêche l’utilisation des connaissances de notre pratique, c’est la peur. La meilleure façon d’aller à l’encontre de la peur c’est de la confronter de manière progressive mais régulière : les arts de combat sont une des façons les plus saines de le faire.

Combien de gens ressentent ce besoin de conduire vite, de se jeter dans le vide accroché à un élastique, de boire ou de manger trop, d’avoir toutes ces conduites qui sont un peu une manière de défier la mort ? Dans ce défi il y a le besoin de se frotter à la peur, un peu comme lorsqu’on regarde des films d’horreur ou qu’on aime se faire peur par des histoires terrifiantes que l’on peut lire.

L’énergie primordiale du corps, qui dans la médecine chinoise vient des reins, est liée à la peur. Si l’énergie générale du corps est faible, on se sent effrayé par toutes choses, on dort mal, on digère mal…

Dans le règne animal, au coeur d’une même espèce, il y a les paisibles et ceux qui sont craintifs. Quand on regarde de plus près, bien souvent les craintifs sont ceux qui sont malades, blessés, des proies faciles pour les prédateurs éventuels. Ils ne sont pas mieux ou moins bien que les autres, ils sont justes dans un moment de faiblesse et ils savent que c’est dangereux. Peu d’animaux restent dans cet état là, car soit ils se soignent et redeviennent forts, soit ils sont tués par un prédateur.

Chez les humains, il n’est pas rare de voir cet état perdurer, devenir sa façon de vivre. Nous n’avons pas de prédateurs, c’est en tout cas ce que l’on croit. Quelqu’un qui a toujours peur sera la victime dans son travail, dans la relation avec des gens abusifs, peut-être même dans la relation de couple. On ne parle pas là de peur panique, mais de cette petite angoisse qui n’a pas lieu d’être et qui nous a empêché de nous exprimer honnêtement sur nos sentiments et nos volontés.

Ce n’est évidemment pas en tapant sur les gens que l’on va être mieux, mais par les arts de combat on peut plus facilement affirmer sa personnalité, aménager sa place dans le monde.

On peut y parvenir par bien des manières, et toutes les voies sont bonnes. Mais si au lieu de choisir le chemin escarpé, rempli de pièges, que l’on va parcourir en rampant, il nous était possible de choisir une clairière ensoleillée que l’on va traverser la tête haute, pourquoi s’en priver ?

La méditation est une pratique difficile, et en même temps si simple. Il faut deux choses pour méditer correctement : une pratique et suffisamment de concentration pour faire cette pratique. La concentration n’est pas nécessairement remplie d’une intention dure, mais simplement la possibilité de rester focalisé sur quelquechose. Il n’est possible de faire cela qu’avec un esprit paisible et détendu. Cette relaxation est difficile quand on a peur de tous, de tout et du reste.

Le Chi Kong est une pratique encore plus simple que la méditation, mais en même temps si compliqué. Il faut que le corps soit détendu, la respiration fine, les émotions apaisées et que l’énergie circule librement. La première manifestation de la peur est une tension du corps, une accélération de la respiration, une fabrication incessante d’idées et il est bien clair que l’énergie ne peut circuler dans un corps bloqué. Encore une fois on ne peut pas pratiquer correctement si l’on a peur.

Les arts de combat demandent simplement d’être là, d’accepter l’entraînement, et d’être honnête dans sa pratique quotidienne. La pratique ancienne des arts de combat chinois regroupent nombre d’exercices pour le corps et l’esprit, d’exercices à deux, de méthodes d’entraînement et d’utilisation de la respiration. Peu d’exercices sont durs physiquement, on ressent pourtant nettement le travail.

À mon sens, pour avoir réellement accès au Chi Kong ou à la méditation, il faut une pratique physique qui permette de renforcer le corps et de calmer les esprits. Ce n’est pas nécessaire, mais c’est un raccourci inestimable. Beaucoup de pratiques physiques répondent à cette attente, aucune à ma connaissance ne le fait aussi bien que les arts de combat.

Il faut vraiment sortir de l’idée que les arts de combat sont une séance de sport avec un échauffement, une pratique de mouvement codifié, un peu de combat à la fin, et peut-être des pompes ou des abdos fessiers pour terminer. On n’est pas au Gymnase Club !

La pratique s’apprend avec l’enseignant et se réalise seul.

Chaque semaine, chaque mois, un petit problème se pose à nous : un détail sur la coordination, sur un exercice physique, sur rapport à son corps…

Tous les jours ce rapport à soi-même permet d’aller plus loin dans sa propre connaissance, de se rendre compte à quel point on se sous-évalue. En quelques mois, si on pratique quotidiennement, le corps change. En quelques années, on est plus proche de la personne que l’on est vraiment.

La Voie taoïste des arts internes chinois n’est pas la meilleure voie, ni la moins bonne, c’est la voie que je connais. Cette Voie amène une transformation sur les gens qui pratiquent ; et ce rapidement et à chaque fois. Je considère donc que c’est une bonne voie, un enseignement de valeur, stabilisé par des racines profondes.

Dans un monde où tout le monde sait un peu tout sur tout, où les enseignements comme la nourriture sont des fast-foods, où le savoir horizontal n’a plus de profondeur, il faut se tourner plus profondément dans une chose. Il faut renoncer aux pratiques patchworks, au taichi des chakras, et amener une fusion entre sa voie et sa vie.

La pratique, l’action est la Voie alors que la connaissance intellectuelle n’est qu’un obstacle de plus à la libération de l’esprit. Il ne faut pas apprendre plus de choses, lire plus de livres, assister à plus de conférences ; il faut simplement se bouger, se discipliner et commencer à travailler.

Une majorité des pratiques du débutant sont des choses qu’il connaît déjà, et la plupart du temps il vous le fait savoir. Mais si intellectuellement le débutant connaît ces pratiques, il ne les a pas travaillées pour autant, elles ne lui sont donc d’aucune utilité.

Pensez une seconde à toutes les pratiques merveilleuses que vous avez croisées dans vos recherches, combien en pratiquez-vous chaque jour ?

Vous voyez ce que je veux dire ?

Avant de s’asseoir immobile pour fusionner son âme avec les étoiles, pour faire voyager son esprit dans les sphères subtiles, avant de connecter l’énergie de son corps aux énergies universelles, de pouvoir échanger ses souffles avec les éléments de la terre, d’émettre l’énergie pour soigner les maladies, il faut commencer par pouvoir se tenir immobile sans trop penser.

Avant de penser à la méditation, aux merveilles du Chi Kong, il faut travailler. C’est rarement le plus amusant, sauf pour ceux qui ont cherché déjà depuis longtemps et qui comprennent cela.

Encore une fois, et d’après les enseignements de mon école, le plus simple est de passer d’abord par les arts de combat qui vont travailler la présence et la peur, pour pouvoir ensuite passer au reste. Avant de toucher toutes les choses subtiles, il est bon d’avoir un corps en bonne santé et un esprit apaisé.

C’est pour cela que les arts de combat sont si importants dans notre enseignement, c’est notre outil pour aller chercher plus loin, notre porte qui ouvre vers d’autres horizons. C’est tout, mais il faut pour cela de l’honnêteté dans la pratique. Si on parle des arts de combat, on doit comprendre la violence. Cela n’est pas possible dans une pratique basée sur le rituel, le rapport social et l’inquiétude du regard de l’autre. Il est impossible d’avoir des grades, de faire de la compétition ou de se déguiser. Il faut se détendre et partager avec les autres un entraînement simple mais dur, et pour soi-même un entraînement quotidien.

Les arts martiaux qui ne sont pas vraiment pour le combat, les systèmes de combat basés sur le rituel, et toutes ces fausses pratiques guerrières permettent de se défouler, de s’amuser, voire de s’enfoncer dans une violence idiote ; elles ont sûrement leur place aussi. Mais elles vont rarement être d’une aide substantielle dans la recherche de soi-même et l’évolution des pratiques respiratoire, méditative et spirituelle. C’est un choix.