L’entrée du Paradis a deux Portes vers l’Enfer

« Parcere subjectis et debellare superbos »

Dans le taoïsme classique, il est souvent fait référence au « Un », à ce retour préconisé dans le chapitre 40 du Daodejing.

Le retour à l’unité demande un travail spécifique, diversifié et faussement progressif.

Nous pouvons cependant dégager trois aspects principaux aux diverses progressions sur la Voie : un travail sur soi, sur le Monde et sur le mystérieux du Ciel.

Cette Voie entre Ciel et Terre est la spécificité taoïste.

Ce retour vers l’unité demande de disséquer notre être, notre vie, nos façons de faire et nos illusions, mais aussi de transmuter ce grossier en lumineux, c’est une Alchimie Globale.

L’entrainement sur la Voie demande de réaliser deux « Alchimies » :

  • Une de l’intérieur vers l’extérieur
  • Une autre de l’extérieur vers l’intérieur

Parlons de ce que nous connaissons bien, dans les différentes écoles de développement spirituel, et qui est le plus pratiqué : le travail de l’intérieur vers l’extérieur.

Par introspection, par recherche sur nous, nous développons une meilleure connaissance de soi.

Cette connaissance nous permet de travailler sur les différentes composantes comprises et nous allons développer tous les aspects qui font de nous des êtres humains, pour arriver à faire jaillir le « Zhen Ren 真人», l’être humain vrai, accompli.

Les dangers de cette étape, c’est d’en oublier la finalité, le monde, les autres…

Cet entrainement est censé nous permettre de mieux nous intégrer au monde, de mieux vivre avec les autres…sauf si nous sommes dans une pratique de retraite du monde (ce qui n’est pas le cas de notre École).

Encore une fois, cette partie de la Voie est d’aller de l’intérieur, notre travail sur nous, vers l’extérieur, le monde et les autres.

Le piège, c’est que dans le développement de soi, on laisse notre ego « exploser », notre individualité regarde le monde avec dédain, nous nous sentons supérieurs… Nous laissons une partie de la Voie mourir, nous nous arrêtons au point de contact avec le monde, à la limite de nos perceptions.

Il est vrai que le travail sur soi permet de mieux se connaitre, de mieux fonctionner dans le monde, d’avoir une vie plus facile, plus fluide.

Regardant ceux qui restent dans le mondain, il est parfois facile de critiquer et de juger : l’inverse de ce que nous dicte la Pratique.

Cet aspect de la Voie nous demande de faire transpirer les qualités de la Pratique dans le monde, avec les autres, pour illuminer notre monde, le rendre plus agréable.

Ce n’est donc pas un développement de l’intérieur vers l’ego, mais de soi au monde, de l’intérieur vers l’extérieur : c’est la voie de l’alchimie interne, ce travail de résolutions de mes soucis avec moi-même pour arriver à régler mes contrariétés avec les autres.

L’alchimie interne est donc une voie qui nous fait sortir de notre ego, pour que notre individualité raffinée puisse donner l’exemple dans le monde.

Les techniques partent du centre du corps pour monter au milieu de notre être et sortir vers le monde : le test n’est donc pas sur nous même, mais sur notre rapport au monde.

Le souci n’est pas vraiment le temps de pratique passé niaisement assis sur ses fondements, mais beaucoup plus la façon dont mon souffle permet une meilleure interaction avec mes voisins.

Le souffle est l’énergie, l’énergie qui m’est demandée pour accepter les avis différents, mais le souffle est aussi lié aux émotions, les émotions qui se doivent d’être stables pour accueillir la balourdise des incultes.

C’est donc vraiment un travail de l’intérieur vers l’extérieur.

Mais il y a l’autre voie, l’autre porte.

Négligée et dénaturée, souvent secrète, l’alchimie externe taoïste permet de se changer de l’extérieur vers l’intérieur.

Par les manipulations et les transformations qui se déroulent devant nos yeux, par les « miracles » qui se réalisent en grappe, par le temps passé à regarder le monde se transformer, nous arrivons à radicalement changer ce qui était « moi ».

Les prodiges de l’alchimie externe ont plusieurs aspects :

  • Les élixirs
  • La recherche de Jing
  • La cuisine
  • La médecine taoïste
  • La contemplation
  • La dissolution

Cette pratique nous oblige à constater avec amertume que nous ne sommes pas parfait et que le travail va être long : elle expose notre besoin d’être rassuré, notre incapacité à la Présence, l’impossibilité de notre égo à suivre des instructions ou encore notre supériorité assumée.

Mais voilà, si parfois on peut se cacher dans sa pratique interne, en filtrant avec ruse nos mensonges les plus gras, la pratique externe ne trompe pas : ça marche pas !

En effet, en suivant les instructions, en se laissant aller à une bonne dose d’attention, en faisant comme on nous a dit : ça marche, le résultat est devant nos yeux, réalisé.

Encore une fois, quand nous essayons les premiers coups, ayant fait fi de nombreuses instructions, mal comprises ou trop simples pour nous, mal écoutées parfois, nous sommes devant une réalité écrasante et intraitable, une évidence flagrante et vraie, une certitude qui prend racine dans la matérialité : « ben, ça marche pas ! »

Quel que soient les croyances les plus grandioses que l’on puisse avoir sur son évolution, quel que soient les mythes majestueux que l’on ai construit sur sa grandeur d’âme : le résultat n’est pas là.

C’est la force de la voie externe, elle nous ramène au réel.

Que cette voie soit première ou en support de la voie interne, les deux aspects de la Pratique nous aident à ne pas succomber au matérialisme spirituel et à nous garder la tête hors d’endroits où elle ne devrait pas être.

Ces deux aspects révélés de la Voie nous donnent une intégralité de Pratique qui nous sauve des aspirations grandioses et de la stupidité obscène : nous ne pouvons succomber au médiocre avec autant de garde-fou.

Quel joie de savoir que nous sommes obligé de contempler notre incompétence pour aller vers une sublimation consciente : deux Portes pour équilibrer notre Recherche.