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Le Tao du Ciel et le Tao de l’Homme

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Dans le Lao Zi (Dao De Jing), ces deux façons de faire sont mises en opposition et en rapport.

La distinction entre les deux est très importante : le Tao du Ciel est un exemple de naturel, non-discrimination et spontanéité… un exemple à suivre pour l’homme.

C’est la nature, l’Univers et tous les changements sous le ciel qui composent « la Voie du Ciel ».

Cette voie n’est perceptible qu’avec une attention portée sur autre chose que soi, dans la simplicité de l’observation (Yi Jing).

Le Tao de l’homme est un assortiment des mécanismes de fonctionnements malades de notre mental égotique, de pensées compulsives et de défense de notre importance illusoire.

Dans les chapitres 77 et 79, nous verrons les différences et les points communs de ces deux versants de la Voie. Cette comparaison va nous aider à aller chercher dans la Voie du Ciel une inspiration pour vivre en harmonie avec les changements du monde.

5.1 (Chapitre 77)

天之道 其猶張弓與

高者抑之 下者舉之 有餘者損之

不足者補之

天之道 損有餘 而補不足 人之道 則不然

損不足以奉有餘

孰能有餘以奉天下 唯有道者

是以聖人為而不恃 功成而不處 其不欲見賢


Le Tao du Ciel ressemble-t-il au tir à l’arc ?

La partie haute va vers le bas et la partie basse vers le haut,

L’excessif est réduit et l’insuffisant augmenté.

Le Tao du Ciel réduit le trop plein,

Et augmente l’insuffisant.

Le Tao de l’homme fait l’inverse :

Il réduit ce qui est insuffisant,

Et rajoute à ce qui est excessif.

Qui est capable de donner son superflu ?

Seulement celui qui suit le Tao !

Le Sage n’accumule pas pour lui-même,

Plus il partage avec les autres, plus il possède,

Plus il donne aux autres, plus il est riche.

Le Tao du Ciel est un bien pour toute chose, il ne cause pas de souffrance,

Le Sage agit sans être en compétition avec les autres.

L’allégorie qui explique le fonctionnement du Tao du ciel est celle du tir à l’arc.

Plus précisément, le moment de la visée avec l’arc tendu. Dans la tension dynamique de la vie, en rapport avec la tension de l’arc tendu, il se fait des ajustements simples pour conserver la direction juste pour aller vers la cible.

Le bas se lève pour viser où le haut se baisse pour ajuster : un équilibre yin et yang.

Lao Zi va ici donner son interprétation de ce qui devrait se faire dans la vie de tous les jours, dans le respect des changements perçus : s’il n’y a pas assez, il faut en rajouter ; s’il y a trop, le dépenser.

Mais l’homme va souvent dans l’autre sens, sans respect pour sa sensation innée de ce qui est la Voie.

Les cycles de la nature, de la vie et de la mort, du bonheur et du malheur suivent la Voie du Ciel, pas la voie des hommes, il n’y a pas de logique humaine aux cycles de la vie.

La vie accueille l’humain, celui-ci doit aller dans le sens du monde, pas l’inverse.

Lao Zi est contre cette idée d’accumulation des richesses pour la satisfaction d’avoir plus et le fait d’envahir ses voisins pour montrer sa force : c’est une erreur que de montrer sa force, de rester dans une tension compétitive.

La recherche dans la puissance et le pouvoir du manque interne d’union avec le monde ne va nulle part, c’est une relation pathologique avec le monde.

Ce malaise de l’humain qui sent ce vide interne et qui nous pousse au shopping aujourd’hui poussait les généraux de l’époque de Lao Zi à se battre sans cesse pour asseoir leur puissance maladive.

Dans plusieurs autres versions du Dao De Jing, la fin de ce chapitre est ajouté au chapitre suivant, mais dans la logique que nous suivons, il est sensé de mettre ces lignes ici.

Par l’observation des phénomènes naturels comme les transitions et les changements, le mouvement et l’immobilité, la croissance et le déclin, la montée et la descente et la vie et la mort de tout ce qui fait le monde, Lao Zi conclue qu’il existe un Tao du Ciel.

Cette Voie naturelle qui régit le monde des choses laisse la nature devenir ce qu’elle doit devenir, sans imposer ou commander, sans domination ou action intentionnelle ; il est possible de comprendre les changements du monde, d’aller dans leurs sens.

Le Tao du Ciel est le cœur de l’Univers qui équilibre l’ensemble du manifesté. Cette compétitivité maladive qui repose sur le malaise de l’humanité séparée de l’union avec cet univers équilibré, cette volonté d’imposer et de dominer, de contrôler et de décider, sera ce qui sera nommé le Tao de l’homme.

Le Tao de l’homme est une compensation égotique pour tenter de dominer les cycles de l’Univers, c’est vain et source d’insatisfactions.

L’excitation insatiable des désirs et des corruptions de la voie de l’homme, ce besoin malade de possessions qui amèneront à la domination ou au conflit avec son voisin, la discrimination dans les classes sociales et ethniques, tout cela mène aux conflits et au désordre, à la souffrance et à la destruction.

Il est nécessaire que l’homme suive la Voie du Ciel pour sa pérennité. Par la détente et donc l’écoute, l’homme peut mieux percevoir les changements de la nature et du monde autour de lui. Par la pratique, il éduque son attention, son observation, pour se fondre dans les changements du Ciel.

En se glissant doucement dans ce courant, comme le nageur de Tchouan Zi, l’humain va pouvoir suivre sans aucune intention destructrice l’ordre des choses, la non action par excellence, la mise en pratique de la compréhension du Livre Des Changements, le Yi Jing.

Le monde d’aujourd’hui tourné vers l’extérieur et le brillant, ce qui impressionne et ce qui fait du bruit, ce qui distrait et ce qui évite une réflexion simple, ce monde est un monde où le silence est trop absent pour pouvoir écouter.

Dans ce bruit, nous ne pouvons atteindre cette paix qui est celui que nous sommes vraiment, nous devons faire un travail pour retourner à notre nature enfouie sous des couches d’acquis et de mondain, conditionnées par le monde des pensées et de la futilité.

Ce travail personnel va réveiller notre nature qui sommeille en nous et nous permettre de rejoindre celui que nous sommes, en accord avec la Voie du Ciel.

5.2 (Chapitre 79)

和大怨 必有餘怨 安可以為善

是以聖人執左契 而不責於人

有德司契 無德司徹

天道無親 常與善人

En réconciliant deux camps qui se haïssent,

Cela laissera sûrement un peu de haine.

Si on remplace le mal par le bien,

Comment peut-on trouver une bonne solution ?

Pour cela le Sage garde la reconnaissance de dette,

Et ne demande pas son remboursement.

L’homme de la Voie est généreux et ne réclame pas,

Alors que l’homme en dehors de la Voie est dur et calculateur.

Le Tao du Ciel n’a pas de préférences,

Il est toujours avec celui qui suit la Voie.

Dans les affaires mondaines, des solutions logiques ne peuvent soigner des blessures émotionnelles ou mentales. Une discrimination mentale laissera toujours un problème non résolu, la justice ne peut transformer le malaise de l’homme.

Seule la spiritualité, la prise de conscience, peut aider l’homme profondément, sans laisser de goût amer.

Dans la Chine ancienne, lors d’un contrat, chacun des participants gardait une des parties du contrat.

La partie gauche était pour celui qui devait gagner de l’argent ou qui vendait, la partie droite pour l’autre, celui qui devait, achetait.

Si on demandait ce qui nous était dû par contrat, il fallait « donner la partie gauche ».

Dans le texte il est recommandé de « ne pas réclamer la partie gauche » ou traduit ici par :

Pour cela le Sage garde la reconnaissance de dette,

Et il ne demande pas son remboursement.

Ce contrat était, à l’époque de Lao Zi, un bout de bois comportant les termes du contrat qui était coupé en deux morceaux.

« Le Tao du Ciel n’a pas de préférences » est similaire à : « le Ciel et la Terre ne sont pas humains », toute chose a le même traitement, pas de préférence dans la nature à l’inverse du Tao de l’homme.

Pour une voie qui va dans le sens d’une évolution vers un monde qui suit le Tao du Ciel, l’homme ne doit pas toujours suivre la logique, il doit se laisser aller dans le silence et la détente de la Voie. Dans cette écoute, il peut avoir accès à ce qui est déjà en lui, ce qu’il sait sans l’avoir appris.

Dans la Voie, la justice sera servie, mais parce qu’il n’y aura plus de conflits, pas à cause de peines justes. On ne peut soigner les blessures qui ont des racines émotionnelles et mentales avec des cadeaux ou des punitions.

Pour alléger la peine des gens il est nécessaire de faire connaître la Voie. Par la pratique de celle-ci, dans un rapport intime au monde des changements naturels et à soi-même, les problèmes se dissolvent sans être compris.

« Comment peut-on trouver une bonne solution ? »

Par une pratique et une observation du monde des changements et la fusion de notre personnage dans le Tao du Ciel.

La détente nous mène à la possibilité de percevoir simplement.

Cette perception nous donne une route à parcourir dans le respect de la réalité du Monde.

C’est la Voie.