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Le rôle du Maître

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Entre Internet, les vcd et autres dvd, toutes les informations principales sur les arts internes sont presque du domaine public. Si nous cherchons intelligemment et que nous sommes suffisamment investigateur, il n’y a pas de pratique qui puisse rester cachée. Dans un monde où l’information est reine, où la connaissance horizontale est popularisée, où tout le monde sait un peu de tout sur tout et rien en profondeur, il est possible de croire que cela suffit pour devenir un grand pratiquant autodidacte…

 

Dans la tradition taoïste, il est très important de recevoir une initiation, de suivre une lignée précise et de pratiquer sous la tutelle d’un maître.

C’est seulement quand le maître donne son aval qu’il est possible d’enseigner la Voie. Il n’y a pas d’ambiguïté, le maître nomme l’élève et celui ci peut enseigner. Avant cela, c’est une décision de l’élève de transmettre sans y être invité, se séparant ainsi de sa tradition et sa lignée.

Cet enseignement sans autorisation est la raison de l’évolution de la qualité d’enseignement.

Nous voyons de plus en plus de forums de discussions où les uns et les autres étalent leur savoir et leurs idées révolutionnairement banales, les secrets pour un entraînement parfait à base de machines magiques ou d’hormones réparatrices ou stimulantes. Les échanges se font dans une ouverture feinte pour se rassurer dans sa supériorité évidente, sur la force de ses découvertes et de ses vcd secrets (moins de 15 000 exemplaires !).

Sur ces forums, certains publient leur cv, d’autres des photos ou des vidéos, mais pourquoi ce besoin de parler de sa pratique ? Pourquoi étaler ces arts qui se régalaient autrefois d’une discrétion confortable ? Est ce un besoin de se rassurer ou de vérifier ce que l’on croit comme vrai ? Une volonté d’ouverture et de partage avec le reste des êtres humains ou une possibilité de mettre la main sur de nouvelles recrues ?

Si ces forums ne sont pas  » traditionnels  » ils sont notre nouvelle tradition et nous devons faire avec. Je suis le premier à aimer lire ces  » post  » de pratiquants, c’est le même coté  » voyeur  » qui nous pousse à regarder  » star academy « . Les vcd ou les dvd qui dévoilent les secrets de la Chine millénaire sont aussi de notre temps et ils sont parfois utiles, sauvegardant ainsi des arts en voie de disparition. Ces médias sont souvent comme un virus dans un cours d’eau : ils empoisonnent tout sur leur passage imposant la mort à la vie (mais c’est une façon de voir).

Souvent les films sont une façon de renforcer ses illusions : les chinois gardent un certain sens de l’humour et nous rappellent ce dicton qui fait loi dans l’empire du milieu :  » on peut toujours tromper un étranger ! « .

Que manque-t-il aujourd’hui dans le monde des arts internes chinois ? Il manque des maîtres, des garants de la traditions qui peuvent conseiller et parler d’un chemin déjà parcouru. En revanche, il y a de plus en plus de «coach» qui peuvent entraîner au sport de combat et qui cumulent cent disciplines pour répondre à toutes les questions.

Il y a des professeurs, des arnaqueurs, des artistes, des acrobates, des pratiquants, des experts, des voleurs, des historiens, des menteurs, des psychotiques, des lettrés et parfois même des humanistes… mais où sont les maîtres ?

Sans maître, nous errons sans réponses, prêts à tout du moment que l’on suit une direction ou que l’on reçoit une validation de nos pratiques bricolées entre Gandhi, Bruce Lee et la série  » Kung Fu  » (pour l’aspect spirituel).

Quelle est donc la définition d’un maître ?

Un maître est un expert qui a entraîné tout ce dont il parle, il est le détenteur d’un style  » global « . Ce style, souvent ancien, est complet en lui-même et répond aux besoins de vie de l’adepte. Il n’a besoin ni d’aller chercher dans d’autres traditions ce qui lui fait défaut, ni de prouver quoique ce soit : il est à l’image de ce qu’il dit. Il est dans sa pratique et sa vie est une expression de sa voie. Il vit dans le monde et il ne met pas de pyjama pour s’entraîner. Chaque mouvement est une technique et tout est entraînement pour le maître.

Il n’a pas 25 ans en général.

Chez nous, dans notre tradition, un expert peut avoir 10 ans de pratique, mais un maître doit cumuler au moins 30 années dans une tradition précise.

On entend souvent dans les discussions que les maîtres sont difficiles à trouver alors qu’il est si simple d’aller dans un club au coin de la rue. C’est vrai !

Mais si on résonne comme cela, pourquoi travailler si on peut voler ? Pourquoi méditer si on peut prier ?

Mais si on s’enferme dans un univers qui n’est pas ce que l’on veut vraiment, que le style n’est pas celui qui nous plaît vraiment et que le professeur n’est pas extraordinaire à notre goût mais qu’il est situé non loin de notre canapé, il ne faut pas s’étonner de se sentir le besoin d’aller déblatérer sur internet à deux heures du matin.

Encore une fois, il est nécessaire de savoir ce que l’on désir vraiment. Pourquoi choisir une voie guerrière ou méditative dans un siècle comme le nôtre ? Pourquoi se réfugier dans l’énergétique et le méditatif ? Que cherche-t-on vraiment à travers l’excuse d’une pratique spirituelle ? N’est-il pas étrange de pratiquer ? (nos rencontres éphémères ou nos  » collègues  » de travail nous le rappellent souvent). Sommes nous dans une autre réalité ou juste victime d’une mode spiritualo-énergético-bizarre ?

Il est illusoire de croire que notre voie est un hasard et idiot de penser que c’est un  » hobby  » : qui sommes nous pour être dans cette pratique et comment nous y reconnaître ?

C’est le rôle du maître de nous guider pour nous retrouver, parfois nous rencontrer, dans une tradition ancienne, miroir de l’identité de l’être humain. Les mêmes mots et les mêmes gestes qui ont libérés les maîtres d’antan sont les pratiques d’aujourd’hui.

Il est sûrement possible de les nommer différemment, de les faire évoluer avec des machines et des élastiques, de gagner du temps en faisant de la musculation, d’utiliser l’hypnose ou les drogues, mais les arts sont là depuis longtemps et ils agissent dans le sens de la tradition.

Ils sont complets en eux-mêmes et n’ont besoin de rien d’autre que de la pratique. Peut être est il plus simple de cacher son ignorance dans des innovations révolutionnaires, mais tout ce qui s’acquière rapidement et sans effort est souvent suspect parfois même inutile.

Le maître est gardien d’une tradition, souvent d’une route qu’il a parcourue, il sait guider les nouveaux venus et remettre sur la voie ceux qui se sont perdus. Il ne fait que cela : guider et reconnaître le meilleur chemin pour chacun, au moment où ils se présentent à lui. Il ne doit pas être « sympa » ou gentil, il ne doit pas montrer ce que les gens veulent voir, mais ce dont ils ont besoin. Il doit être à l’image de ce qu’il enseigne.

Ce n’est pas un guide touristique, c’est un guide de haute montagne.

Le maître ne doit pas vous demander de lui ressembler, mais de vous reconnaître et de vous rencontrer. Il vous propose un retour vers vous-même, par une pratique illogique et contraignante, sans risque si ce n’est celui de réussir. Mais il ne fait pas le travail, cette responsabilité est la vôtre.

Il n’est pas nécessaire d’éblouir le maître ou de le flatter, de devenir son ami (ce qui peut arriver, mais n’a rien à voir avec son évolution). Il est inutile de trop parler ou de trop raconter, il est illusoire de se cacher. La seule chose à faire est de pratiquer. Il ne faut pas en faire trop, il ne faut pas s’enfermer dans l’immobilisme ou sa paresse :  » si on le fait, ça marche ; si on ne le fait pas, ça ne marche pas « .

Il est souvent plus facile de frimer et de (se) mentir que d’aller chercher les résistances de notre ego, les difficultés de notre corps, mais le maître est là pour ça.

Cela sous entend évidement que le maître incarne ce dont il parle, qu’il a votre confiance et qu’il est là quand il doit l’être.

Si vous ne suivez pas la voie que vous avez choisit, si vous ne suivez pas les conseils de l’enseignements, si vous ne faites pas confiance à la pratique, si vous croyez avoir raison…alors il est préférable d’apprendre des formes sur internet et de suivre des conseils des voyants sur Minitel (ça doit encore exister), mais votre place n’est pas dans une tradition.

Toute recherche intellectuelle isolée peut permettre de nourrir l’esprit, toute pratique physique sans tradition a des chances de renforcer le corps, toute découverte énergétique occasionne des changements sur la vitalité, mais seule une voie avec un maître peut nous guider vers les changements qui seront à la source de notre  » Retour « .