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L’Attente

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Celui qui commence à pratiquer attend quelque chose. C’est parce que dans son quotidien, dans l’écoute de son corps et de ses émotions, il y a quelque chose qui ne va pas. Il est difficile de déterminer ce « quelque chose », il n’est pas définit, il n’est pas précis mais il est toujours là.

Nous pouvons croire que tout va très bien et que nous allons vers une pratique pour « raffiner » la perfection latente de notre être parfait… mais en fait non, si tout allait bien, si nous étions en phase avec la vie, les phénomènes et les changements, nous ne chercherions pas une pratique.

Nous tentons d’oublier et de couvrir cette sensation de « vide » par le biais d’une activité fiévreuse, de relations sexuelles nombreuses, du shopping, de la boisson et de la nourriture, mais on trouve uniquement des relations amoureuses pathologiques et de dépendance ou encore la télévision. Ce « remplissage » externe ne peut pallier à notre vide interne.

La découverte d’une possibilité d’aller vers autre chose, de rencontrer un enseignement qui devrait nous « aider », nous crée une nouvelle maladie : l’attente.

Maintenant que nous avons trouvé la solution dans une pratique spirituelle ou énergétique (c’est la même chose !), nous voulons du résultat ! Comme au marché, on investit 10 euros dans des carottes et on veut son lot de légumes… malheureusement c’est un peu différent en ce qui concerne la pratique.

Cette dernière doit passer par trois stades bien distincts que nous avons tendance à mélanger et qui amènent dans une confusion bien réelle (il ne faut pas confondre !).

Ces trois stades sont :

  • l’apprentissage,
  • la pratique intentionnelle ou studieuse,
  • la pratique naturelle.

Dans la phase d’apprentissage nous allons travailler les exercices ou pratique qui ne sont pas l’Essence elle-même. Par exemple, dans les exercices de méditation nous apprenons des exercices pour toucher « l’état méditatif », mais il n’existe pas d’exercices qui soient la méditation (voir « il ne faut pas confondre »). Il faut comprendre que dans la phase d’apprentissage, nous ne pratiquons pas, nous apprenons à pratiquer. Nous cherchons à intégrer intellectuellement des exercices pour qu’ils deviennent « habitudes » et soient utilisables avec le minimum d’intention et d’imagination. Prenons l’exemple du métro ; quand vous allez pour la première fois de votre vie à une destination qui va devenir quotidienne, comme un nouveau travail ou un nouvel appartement, vous faites très attention au trajet. A chaque station vous regardez où vous êtes par rapport à la destination, le trajet qu’il vous reste et chaque étape est une découverte. Vous restez sur un mode alerte et mental : « suis-je au bon endroit ? », « Est ce que ça va être encore long ? »…

Après deux trajets, deux cents ou deux mille, vous êtes assis, détendu, connaissant chaque partie de la progression du train, et vous pouvez même avoir une activité autre, comme la lecture ou du travail, sans rater votre arrêt. Ceci est comparable à la fin de la phase d’apprentissage, qui est plus ou moins long selon les gens.

Nous sortons de la phase d’apprentissage quand nous pouvons faire notre exercice sans y penser, sans faire appel à la mémoire (ou très peu) et dans une intention douce et presque silencieuse. « Mais je ne suis jamais sorti de la phase d’apprentissage ! » me direz-vous… ben oui ! D’où l’immobilisme de la pratique que vous entreprenez !

Ce qui empêche de passer de l’apprentissage à la pratique, c’est la prise de conscience de ces deux étapes. Quand on apprend, on ne pratique pas vraiment, il ne faut donc rien attendre. Dans cette absence d’attente, vous allez glisser dans la pratique. Voilà !

Quand on commence à pratiquer, après une phase d’apprentissage plus ou moins laborieuse, des phénomènes peuvent se manifester. Ces changements perçus sont un autre blocage possible à l’accomplissement de vos enseignements. Dans les phénomènes, qui n’ont pas d’importance, nous avons la fâcheuse habitude de les attacher à une brochette de pensées inutiles. Cet attachement aux moments de perception de notre pratique nous rappelle que nous « attendons » quelque chose, des résultats… »Suis je en train de sentir ceci ou cela ? », « Suis-je sur la bonne voie ? », « Est ce un signe d’accomplissement ? »… autant de questions sur des phénomènes qui n’ont pas d’importance, qui nous ramènent à cette attente, ce besoin de savoir que ça va aller mieux, que nous sommes de bons élèves.

Dans la pratique, quotidienne et intégrée à notre vie, nous ne devons chercher qu’elle-même. Il est en fait beaucoup plus simple, en théorie, de pratiquer pour rien que de pratiquer dans un but quelconque, mais l’inverse se révèle en fait être la réalité.

Nos pratiques nous ramènent vers une perte des structures de notre mental, notre structure dissociée du monde, notre ego. Cette perte de structure est mortelle pour notre mental, elle nous fond dans le reste de l’Univers et nous fait perdre notre particularité. Dans nos pratiques quotidiennes, notre ego va survivre en se fondant de nouvelles limites dans le cadre de notre enseignement : de là vient notre volonté de défendre nos certitudes sur notre pratique et notre professeur, notre attente pour aller mieux et devenir meilleur et toutes ces dernières défenses de survie de notre activité discriminatrice mentale.

Nous pouvons donc pratiquer en renforçant notre mental et notre imagination, allant à l’inverse de ce qui va nous libérer et amplifiant la sensation de malaise liée à notre « moi déterminé et unique » ; ce qui va décupler notre attente puisque que ça va de plus en plus mal, sous couvert de mystico-énergético-spirituel confus et destructeur. Comme exemple, nous pouvons citer les faux « non violents » de certaines voies qui sont en fait prêts à tuer des « mangeurs de viande » ou dépecer ceux qui on insulté leur guru…

Pour aller dans le sens d’une pratique sereine, la pratique est le but de la pratique. Ca va bien se passer !

Quand la pratique s’installe, rien ne change. Nous n’allons pas nous transformer en quoi que se soit. Il est inutile de se faire pousser les cheveux et de manger de l’encens, nous allons rester comme nous sommes. Tous les changements qui nous tentent sont une façon de dissimuler cette attente qui nous fait défaut : les couleurs vives de nos vêtements amples vont pallier à la raideur de notre corps et la tristesse de nos pensées, les séances forcées de méditation « silencieuse » (en apparence) vont parodier un silence intérieur qui nous fait défaut, la voix douce et la non violence vont recouvrir tant bien que mal notre peur des autres et du monde.

Toutes les tentatives de changements visibles pour les autres est une façon de démontrer notre accomplissement, notre mental cherche à montrer que nous avons raison, que nous sommes mieux que les autres, différents… encore et toujours l’attente d’être mieux !

Mais la pratique ne change rien, l’accomplissement n’amène rien, nous resterons celui que nous étions avant notre naissance et celui qui perdurera après notre mort. Dans le quotidien, nous « fonctionnerons » juste dans une détende et un silence qui feront de nous ce que nous sommes, sans les blocages acquis par le conditionnement mondain.

Il n’existe rien à chercher, rien à ajouter. Nous allons doucement vers une pratique sans attente, vers ce que nous sommes. Nous n’allons rien rajouter ni rien apprendre, nous allons chercher à revenir vers une spontanéité en phase avec les changements de la vie. Sans une utilisation maladive et compulsive, le mental nous sert dans le quotidien. Sans une perte dans les méandres de notre imagination, qui s’appuie sur le passé et sans projeter des espoirs dans le futur, nous vivons libre dans le présent. Sortant de la trame du temps, nous allons rentrer dans le monde des perceptions sans le filtre du monde des pensées. Sans ce lien malade au temps passé et futur, nous sortons de l’attente : nous renonçons aux fantasmes de l’imagination qui nous vient du passé et nous ne projetons plus d’espoirs dans le futur, il n’y a plus d’attente, nous pratiquons, nous vivons.

Tout le secret de la pratique, c’est la pratique. Cette pratique simple qui ne demande que de suivre ce qui nous est conseillé par notre professeur, par notre ressenti. Par la mise en œuvre de ces enseignements simples et concrets, nous allons vers une vie au présent dans une sensation claire et dénuée de pensées compulsives. La détente nous permet de vivre dans la paix et le silence, sans attachement aux images imposées d’une séparation avec le monde.