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La voie Taoiste: une architecture Traditionnelle

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La globalité des théories taoïstes permet de pouvoir faire des rapprochements entre des domaines apparemment très différents : l’astronomie et la physiologie, les arts de combat et la cuisine, la médecine et la décoration d’intérieur, etc…

Nous allons voir maintenant une comparaison entre l’architecture et l’aménagement de l’espace d’une maison traditionnelle et la structure d’une voie traditionnelle taoïste (plutôt clanique et familiale que religieuse).
Pour ceux qui ont déjà lu les textes présentés dans ce site, il sera clair de voir les différents niveaux de compréhension. Pour les autres, ce sera une invitation à lire les autres textes.

Une demeure traditionnelle est entièrement fermée, elle n’a pas d’ouverture sur le monde… En apparence. Les habitants de la maison vivent dans le monde parce que la maison reprend la cosmologie taoïste : c’est un univers dans l’Univers dont les limites ne sont qu’irréelles.

1 – La porte d’entrée

Sans entrer, il n’est pas possible de juger de l’étendu de la maison, de sa beauté ou de sa complexité. Ceux qui restent à l’extérieur ne peuvent que supputer quant au contenu de l’intérieur.

La vision de l’extérieur ne peut amener que des jugements basés sur l’ignorance de la réalité ou des commentaires fondés sur des ouï-dire : seuls ceux qui ont pénétré dans la demeure peuvent parler justement de celle-ci.

2 – Les dépendances

Dans un temple, ceux qui dorment avec « un mur dos à la porte » (le seul de la maison) sont les serviteurs et les aspirants moines. Dans une habitation de gens riche, le personnel de maison occupe cette partie de la demeure. Dans une école d’arts martiaux, ce sont les jeunes aspirants et les serviteurs qui demeurent dans cette partie de la maison. Pour résumer, tous ceux qui ont pénétré dans les limites de la maison mais qui ne font pas encore partie de la « famille » sont là ; c’est-à-dire, tous ceux qui rentrent pour une durée trop courte pour êtres connus ou ceux qui ne veulent pas être connus. C’est une partie qui est autonome : il y a des cours, des cuisines, des chambres mais aussi un accès à l’eau. On peut très bien passer toute sa vie dans cette partie de la maison sans jamais avoir besoin de quoique ce soit d’autre…

Il y a une rupture assez importante entre la porte, les dépendances et la partie « publique » de la maison. Dans les règles de l’hospitalité, certains voyageurs peuvent dormir dans cette partie de la maison sans jamais « entrer » vraiment. De même, des serviteurs, des cuisiniers, peuvent y travailler toute une vie sans jamais voir l’intérieur de la première cour.

3 – La première cour

Dans la maison traditionnelle, la cour est un espace de vie important : il y fait chaud une bonne partie de l’année, les activités se déroulent en extérieur. Il y a deux cours : celle qui accueille tout le monde et celle qui est réservée à la « famille » ou à ceux qui sont « connus ». La première cour est dépouillée et adaptable pour toute activité, la deuxième est fleurie et personnalisée à l’image du maître de la demeure : il est impossible de connaître l’esprit du lieu par la première cour comme il est aisé de comprendre qui est le propriétaire par la vision de la seconde cour. Il est important de voir que chaque partie de la maison est séparée des autres parties par des portes. La porte, les passages et leurs accès sont très importants dans le symbolisme chinois. Les portes sont souvent fermées, et, par conséquent, pour les passer il faut les ouvrir.

4 – Les chambres des fils ou des invités

Il y a toujours deux emplacements pour les chambres des invités (ou des fils si c’est une maison familiale) : un qui donne dans la première cour et un qui donne dans « la partie haute ». Seuls les invités qui sont des intimes sont reçus dans la seconde cour. Il est important de savoir que parfois des invités de la cour inférieure sont reçus dans la partie supérieure comme l’inverse peut être également vrai.

Ces changements sont des manifestations d’une évolution de la relation entre l’invité et le maître de la demeure mais aussi un aspect pratique : seul un intime acceptera de céder sa place habituelle à un visiteur de passage sans en prendre ombrage. Les changements de place dans la demeure peuvent prendre une multitude de significations.

Dans une école d’arts martiaux, seuls ceux qui peuvent assister à tous les entraînements peuvent être dans la partie « interne ». Les chambres du haut leur seront donc uniquement réservées. Le maître s’entraînera le matin avec ses élèves dans la deuxième cour et plus tard seul dans son espace réservé : il ne doit pas confondre son enseignement et sa pratique personnelle, comme il l’enseigne à ses élèves.

5 – Le hall pour recevoir

Dans le cadre des relations sociales, pour les audiences importantes et pour certains enseignements « ouverts » ce hall est un peu le « faux » centre de la maison : c’est une réalité pour le visiteur mais juste la partie émergée de l’iceberg pour celui qui connaît la maison. Pour la plupart des visiteurs, il n’y aura jamais plus à voir. C’est la limite très importante entre ce qui se partage et ce qui reste dans « le secret ». Si les réceptions ou les discours publics se donnent dans la première cour, les audiences personnelles et les « négociations » se déroulent dans ce cadre privé et « fermé ».

C’est aussi l’emplacement de la porte qui sépare la première cour de la seconde…

Il y a maintenant une rupture plus grande encore entre ce qui est public et ce qui est du domaine privé du maître de la demeure et de ses disciples ou de sa famille. Nous entrons maintenant dans la partie cachée, qui est le cœur de la maison. Les gens qui rentrent dans cette partie sont « les disciples intérieurs », la famille proche, les invités de marque. Il y a toujours eu une différence importante entre les gens intéressés, les pratiquants, les disciples « de la première cour » et les disciples « intérieurs ».

5 bis – La deuxième cour

La deuxième cour se doit de ressembler à l’esprit de la tradition du maître et de la pratique (dans le cas d’une école). Elle est très personnalisée et doit avoir un goût « unique ». Elle dénote fortement de l’adaptabilité et de la neutralité de la première cour. Elle se découpe traditionnellement en plusieurs parties qui sont des « symboles de la pratique ». Il doit y avoir de l’eau (mare ou cours d’eau), des plantes (fleurs et arbres) mais aussi des pierres et un pont si possible. Tout dans cette partie de la maison doit être en fonctions des concepts de la tradition.

6 et 7 – Les appartements du maître

Dans ce lieu, il y a les possessions du maître de la demeure et son lieu privé de pratique. Il y a non seulement sa chambre mais aussi sa salle d’entraînement, son temple et son armurerie. Selon qu’il soit laïque, moine ou maître d’arts martiaux, l’aménagement sera très différent. Ce qui est central sera le plus important : le temple ou la salle d’entraînement pour le pratiquant, un salon de réception privé pour un autre. Il possède deux espaces extérieurs, deux jardins qui peuvent aussi faire office de « temples » ou d’espaces d’entraînement.

On trouve également une place de choix pour celui qui doit succéder au maître : une des deux chambres peut être pour lui. Il est coutume de prendre un disciple ou son fils aîné pour un enseignement 100% du temps. Il va donc vivre auprès du maître au cours de sa fin de sa vie : le disciple ne peut, par conséquent, qu’être choisi tardivement.

Une autre maison : les mêmes symboles

Il se peut que la demeure soit plus modeste, moins étendue. Mais nous retrouverons dans les étages les séparations initiales. Si la deuxièmes cour est plus modeste et la première cour plus accessible, nous retrouvons la même symbolique

Voilà pour une vision de la maison Taoïste… de la tradition chinoise.