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La Voie, les douleurs et les malheurs.

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La souffrance qui peut exister dans le quotidien n’est pas une fatalité. Qu’ils soient insidieux, térébrants ou sourds, les différents états de “mal être” n’ont pas à être acceptés.


Nous avons l’habitude de lutter contre ces souffrances par plusieurs moyens :

– Déplacement,

– Occultation,

– Apitoiement.


Les autres moyens sont des sous ensembles que nous ne détaillerons pas ici.


Le déplacement de la souffrance est un moyen facile à mettre en oeuvre, il suffit de trouver un objet à blâmer et à maudire.


Par cette absence de reconnaissance de son état de mal être, par cette projection sur un autre objet, nous allons nous leurrer.


Trouvons un traumatisme quelconque, un ennemi ou son travail, et déplaçons toute notre frustration sur cet objet. Notre mal être reste identique, sauf que nous y ajoutons notre colère et notre fiel. Dans cet état de souffrance renforcée mais déplacée, nous avons éliminé le plus important pour notre ego : je souffre “oui”, mais ce n’est pas de ma faute et je ne peux rien y faire.


Par contre, si on reconnaît que l’état de mal être est nôtre, on doit réagir et ça c’est beaucoup plus difficile !


L’occultation est une méthode développée pour ne pas voir le problème. C’est le shopping, la télévision ou toute autre activité qui déplace notre attention et nous empêche d’y penser. Le mal être s’amplifie avec le confort matériel du 20e siècle et les méthodes de distraction suivent et se multiplient pour oublier que le mal être s’agrandit…


L’apitoiement est une façon de reconnaître et de déterminer sa personne par son mal être. C’est la plainte continuelle et irréversible qui ne conduit que vers plus de douleur et une immobilisation dans la souffrance. On se détermine par ses problèmes et tout tourne autour de sa souffrance.


Comme vous pouvez le comprendre, ce ne sont pas des façons de faire conscientes, ou rarement. On développera des modes de réactivité face à la réalité en fonction de son état interne, de son éducation et de son héritage génétique.


Mais d’où vient ce mal être et comment en expliquer l’évolution ?


La simplification qui suit n’est pas une explication exhaustive des phénomènes historiques qui nous ont conduit jusqu’à aujourd’hui. C’est une simplification caricaturale pour avoir une idée générale de ce qui se passa dans notre évolution. L’exemple est également ciblé pour renforcer mon sujet, cependant rien n’est inventé.


Au début, était la survie.


Les premiers hommes, trop occupés à échapper aux prédateurs qui courraient plus vite qu’eux, ne pensaient pas à leurs états d’âme. De plus, le passage des différentes formes de survie, de la chasse-cueillette à l’agriculture, puis du stade horticulteur au stade agraire, ne laissait guère de temps pour s’attarder à penser à penser.


Plus tard, la sédentarisation, produit de l’évolution de la survie, permet le loisir de s’intéresser à l’Univers. Les croyances animistes faisant place aux pratiques magiques, les hommes doivent plaire aux Dieux. Pas de place pour les plaintes, tout dépend des volontés divines. On le voit très bien chez Homère, avec cette colère frustrée toujours latente.


Les lopins de terre se forment en petits états qui font place aux royaumes et aux empires, les petits dieux font place aux différents “Dieu Unique”. Le magique devient le religieux et l’homme cherche le sens de la vie dans l’au-delà. L’art, l’état et le quotidien sont gérés par le divin. On souffre, mais ça ira mieux quand on sera mort, que l’on soit pauvre ou riche.


Dans l’attente d’un second signe des différents dieux uniques, l’homme cherche à étendre ses connaissances et ses richesses. Il va réfléchir (mais pas trop sinon c’est le bûcher) et il va voyager (pour amener plus ou moins finement sa vérité). C’est le temps d’une certaine renaissance des valeurs anciennes et celle des conquêtes territoriales.


La souffrance est partout, c’est parce que les barbares ne connaissent pas la vérité. Les conquistadores, eux, sauront montrer fermement comment être plus heureux. Et en ce qui les concerne, ce fut un bel exemple de déplacement de leur mal être vers des massacres incessants.


Fatigués de ne pas trouver et toujours malheureux, les hommes se tournent alors vers la seule source de progrès qu’ils on constatée : la Science.


Dieu est mourant car on a inventé mieux.


Les gens se détournent de la religion, cherche dans le confort extérieur ce qui est intérieur. L’industrialisation et le tertiaire donne plus de temps. Ce temps n’a plus les dieux pour être comblé, et on commence à se retrouver seul dans un silence gênant. Le mal être est toujours là et on a tout le temps de s’en rendre compte.


Heureusement grâce à la science, la radio, la télévision et les jeux vidéos arrivent pour occuper ce silence. L’homme est enfin heureux, il est dans une occupation continuelle et fébrile pour ne pas s’entendre souffrir.


Mais cela ne changera jamais le fait que le problème est toujours là et que si on ne s’en occupe pas, le corps va parler plus fort. C’est l’âge d’or des thérapies, psychanalyses et autres façons de projeter sur l’extérieur de soi, mais sur un professionnel cette fois, son mal être.


Est-ce mieux ?


Le problème est la reconnaissance de cette scission interne qui demande une pratique d’introspection non intellectuelle et non progressive. La Voie spirituelle, qui n’a rien à voir avec la religion, est une façon personnelle d’aller chercher plus loin que les limites du mental, dans une non dualité ignorée. Dépassant son ego et son quotidien, il est possible d’aller à la rencontre de soi-même.


Ça a l’air simple, la solution est à portée de tous, nous allons tous être heureux…


Oui, mais…


Tout le monde comprend que le problème est interne et que tenter de le résoudre par le shopping (externe) ne résout rien… Pourtant, il y a plus de gens qui font du “shopping malade” que de pratiquants des voies spirituelles.


Tout le monde sait qu’il serait plus profitable de passer quelques heures à se construire chaque jour, plutôt que de regarder la télévision… Pourtant, il y a plus de présence devant “la roue de la fortune” qu’il n’y a d’achats de livres de philosophie ou d’histoire.


Tout le monde accepte l’importance d’un corps en bonne santé et le malheur de la maladie… Pourtant, il y a plus de gens au Mc Donald’s que dans les clubs de gymnastique.


Ce n’est pas parce qu’une majorité croit en quelque chose que cela est juste.

Ne reconnaissons pas une normalité par ce qui nous est vomi par la télévision.

Allons chercher à l’intérieur de nous ce qui est, et voyons que cette réalité est globale.


Dans cette rencontre avec le réel, le mal être a disparu !