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La voie de la pratique ou l’utilité de la pratique de la Voie

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C’est intrigant de voir que bien souvent des gens pratiquent, même sérieusement, sans pour autant être capables de définir ce qu’est « la Voie ».


Il est possible de décrire la Voie en prenant des exemples d’accomplissement réalisés par les élèves « avancés » ou d’énumérer quelques exercices choisis… mais est-ce ça la Voie ?


« La voie qui peut être exprimée n’est pas la Voie elle-même »… nous dit le Lao Zi.


Mais pour nous, pauvres mortels, incorrigibles occidentaux, peut-être qu’il nous est utile de nous corrompre dans une bouillasse intellectuelle pour comprendre ce qui nous attire et nous fascine.


Je peux dire que la Voie est une façon de vivre pleinement sa condition humaine, dans les meilleures dispositions possibles, en respectant l’évolution des changements du Monde.


Nous connaissons la force de nos pulsions, de nos émotions, mais connaissons-nous la façon dont fonctionne notre corps et notre esprit ?


Quand vous faites l’acquisition d’une nouvelle merveille de l’électronique, plusieurs choix s’offrent à vous :


– Vous pouvez vous servir des fonctions de base, oubliant toutes les merveilles que vous propose cette machine futuriste. C’est du gâchis par rapport à ce que vous pourriez faire, mais c’est votre choix.


– Vous pouvez essayer de découvrir toutes les fonctions utiles pour vous et votre vie, et faire faire à cette machine tout ce qui peut vous simplifier la vie. Le temps gagné et l’organisation effectuée vous apporteront un plus dans le quotidien.


Cette comparaison uniquement pour comprendre qu’il est possible de vivre une vie pleinement satisfaisante sans pratiquer, mais sans la connaissance de ce que peut apporter la Voie…


Par une meilleure connaissance de nous-mêmes, du fonctionnement de notre esprit, des principes de notre physiologie ; nous vivrons une vie plus consciente, plus pleine. Moins de résignation, moins de peur et plus de capacité à agir de façon positive sur les moments de notre vie. Cela étant vrai pour nous et notre entourage, la pratique nous donne la possibilité de mieux vivre avec l’autre dans une connaissance de soi.


En rendant notre vie plus consciente, nous respectons mieux la chance d’exister tout en reconnaissant le devoir de déférence vis à vis du Monde.


Recherchant activement qui on est, comment on fonctionne et la nature de notre corps, nous allons vers l’inconnu, en dehors des limites de nos connaissances horizontales.


Sortir du connu, c’est affronter les limites de notre ego, défier les frontières de notre personnage… c’est toucher le domaine de la Peur.


Notre ego veut contrôler ce qui est perçu, il demande de tout ramener à ce qui est connu, ce qui est nommé et se sent en danger dans une introspection inquisitrice.

La pratique est une stimulation permanente des défenses de notre ego par des exercices prévus pour questionner nos préjugés, affaiblir nos défenses et faire disparaître nos personnages.


Ces exercices ne sont pas la pratique, mais la pratique n’existe pas sans structure espace / temps : ce qui signifie que penser à tout ça ne suffit pas, créer des exercices n’est pas la Voie et rafistoler des morceaux de voies que l’on a obtenus au rabais n’est pas une pratique.


Une voie possède une logique non linéaire qui permet une évolution sans progression, mais en accord avec le développement des qualités humaines. Cette pratique repose sur une lignée solide d’expériences pratiques et une incarnation de ses concepts : le Professeur.


Le professeur ne doit jamais être cru sur ses dires, mais toujours écouté avec disponibilité et engagement : les expériences qui seront vécues par l’application des enseignements construisent la réalité, la vérité.


Un « gars » créatif et cultivé, charismatique ou habillé en orange, n’est pas un guide sérieux s’il n’a pas une pratique cohérente et complète à proposer.


La pratique repose sur une évolution précise qui utilise les capacités humaines à naturellement évoluer. Les exercices, les concepts, les principes et même les petites phrases « innocentes » du professeur, peuvent jouer sur les mouvements au sein de la Voie. Cependant, tout cela demande une connaissance ancrée dans des enseignements séculaires.


Vous n’iriez pas dans les montagnes de l’Himalaya avec une bonne carte et une boussole. Vous n’iriez pas non plus avec un universitaire calé en théories de montagne, mais plus sûrement avec un guide du coin.


La Voie demande une exploration, une découverte, une aventure. C’est au contact de l’inconnu que cela est possible, pas au contact du connu. Une voie qui est contrôlée par l’ego restera dans le domaine de ce qui est confortable et connu.


En revanche, qui parle d’aventure et d’exploration, parle de techniques précises et de préparation réelle. C’est pour cela qu’une voie sérieuse nous prépare avant de nous envoyer dans les méandres de nos mensonges et de nos préjugés, de notre faiblesse et de notre manque de coordination, devant les quinze secondes de notre attention déficiente.


Pour vraiment pouvoir profiter de cette aventure qui nous permet d’aller vers ce que nous sommes vraiment, nous devons préparer notre corps, apaiser notre esprit et développer notre énergie.


Il serait bien dommage de se balader dans un décor de rêve avec un mal de pieds, une condition physique qui nous focalise sur la douleur et notre mental qui chouine. L’expérience n’en serait que gâchis !


Les techniques de la Voie nous dirigent vers une liberté totale, une capacité infinie d’échapper aux limites de notre mental égotique et aux pièges de nos préjugés.


Ces techniques se doivent d’être précises et sans questionnement, sans concessions.


Des techniques floues qui ne s’appuient pas sur une structure solide seront récupérées par le mental : le flou et le vide seront remplis par le connu et le supputé, le facile et le feint.

On se retrouvera ainsi à croire que l’on pratique alors que l’on ne fera que se distraire, avec bonne conscience, dans le paroxysme de son personnage.


Par ces pratiques, la connaissance de soi va faire émerger une profonde liberté. Cette liberté sera le fondement de notre joie de vivre, de notre capacité à partager et de notre place juste au sein des changements du monde.


La réalité de la perception du monde dépend de ma disponibilité, de mon ouverture, de la perte des limites de mon personnage. Il faut que je me donne l’autorisation de me redéfinir chaque jour si besoin, de rechercher sans souhaiter trouver, « d’errer sans but ».


Cette liberté, ce « naturel », vient de la précision des pratiques de la Voie, des étapes appliquées de l’évolution de soi et de la capacité de ne pas mentir à son professeur.


Cette liberté abolit la Peur et permet d’amener une bonne santé de son corps / esprit. Dans la perception de ce réel, il possible de se situer dans le monde et de rencontrer l’autre avec franchise et simplicité.


Le sobre devient délectable et l’esprit parvient au silence, le corps profite de sa détente et l’énergie est en expansion.


La Voie n’est pas un ensemble d’exercices, ce n’est pas non plus une occasion de frimer.

La Voie est la capacité de fonctionner pleinement dans la manifestation qu’est la Vie.


Puisque la plupart des pratiquants que nous sommes est là (en dehors des quelques touristes qu’il doit bien y avoir), et que nous passons du temps à pratiquer ; il importe de savoir ce que nous faisons sans pour autant en produire une attente.


Voilà qui est fait.


Pour une définition plus succincte de la Voie je pourrais aussi dire ceci :


La Voie est la perception directe du « Grand Secret ».