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La Trilogie Nécessaire du Pratiquant

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De quoi avons-nous besoin pour allez plus loin dans notre démarche martiale/spirituelle ?
  • de l’envie de cette recherche,
  • d’un formateur/expert/maître,
  • de trouver l’enthousiasme dans cette recherche.

L’envie d’une pratique ou d’une introspection n’est pas du goût de tous. Ceux d’entre vous qui ont essayé de parler de leurs pratiques à des gens peu ou pas intéressés, voient de quoi je parle.

A l’occasion de dîners ou de rencontres, on a tous rencontré une fois celui qui ne comprend pas ce que l’on raconte. Quand on passe des heures à taper sur un mannequin de bois, à se battre ou à jouer avec une épée ; les gens vous regarde comme une bête curieuse. Si vous rajoutez quelques discussions sur le chi kung, la méditation ou la rétention séminale…  » ils  » sortent l’appareil photo et appelle leur compagne…  » viens voir le monsieur, Micheline, il est bizarre… « .

Dans les campagnes, on peut trouver des gens du terroir qui rigolent de toutes ces choses  » chinoises « . Méditer, calmer l’esprit, faire un avec la nature… ils connaissent, ce n’est pas un secret pour eux.
C’est comme parler des  » arts martiaux  » à un vétéran, il va trouver ça étrange, ces questions sur  » s’il fait ça, tu fais ça… et puis tu lui fais une clef de bras… « , il les a pratiquées réellement.
L’envie d’une recherche viens toujours du désir de retrouver quelque chose que l’on connaît déjà. RE-trouver, RE-cherche… c’est un retour sur une partie de nous même, qui est là depuis toujours, mais qu’il faut juste allez  » dépoussiérer « .

Les enfants emmagasinent des tonnes d’informations qui structurent leur personnalité. Il y a, à ce moment là, des chemins qui s’ouvrent et d’autres qui se ferment. Nombres d’enfants ont des expériences  » d’éveil « , de totalité, qu’ils rechercheront plus tard. La peur de l’environnement familial, du rapport aux autres, peut amener un goût pour la sécurité, le besoin de se protéger. D’autres encore, vont avoir besoin de plus exprimer leur agressivité pour se faire entendre. D’ailleurs, cette agressivité peut trouver une expression dans la violence. Le mimétisme et l’envie d’être  » grand  » peut motiver l’enfant pour copier les adultes.
Tout ça pour dire que l’envie de pratiquer est plus profonde que l’on croit. De plus, si on ne comprend pas ses motivations premières (violence, protection, imitation…), il ne sera pas possible de faire les bons choix. Un violent qui fait de la self défense sera frustré, car il a juste besoin de se défouler. Celui qui a besoin de protection, s’il fait du sport de combat, aura un sentiment de doute et d’insécurité constamment. Ces exemples sont typiquement des choix qui ne conviennent pas aux motivations de départ, ni à qui on est.

Donc on a l’envie.

Pour satisfaire cette envie, il faut quelqu’un qui connaisse le sujet, qui l’a vécu, pour nous l’apprendre. Il faut donc une personne avec qui l’étudiant pourra avoir des connaissances et un échange  » de cœur à cœur « . Autant dire qu’il faut oublier les K7 et les livres, VCD et DVD… C’est ce que les chinois appellent un  » jing mort « , pas de vitalité, pas d’échange.
Le professeur doit il être un maître ???

Cela va dépendre des  » phantasmes  » de l’étudiant. Celui qui rêve d’un vieux sage chinois ne pourra apprendre d’un jeune expert saoulard. Mais si on est focalisé sur l’enseignement, le maître ne doit posséder que peu de qualités :

  • il doit avoir traversé les étapes des pratiques qu’il enseigne,
  • il doit vivre selon ses pratiques, selon les principes de l’enseignement qu’il e reçu,
  • il doit pratiquer, l’action doit être plus importante que la discussion.

De nombreux jeunes pratiquants, ivres d’images hollywoodiennes, gardent ces concepts creux du maître parfait. Un maître indien, dont j’apprécie les écrits, comme Nisargadatta était connu pour ses colères. Nombre des maîtres d’arts martiaux très qualifiés que j’ai rencontrés étaient de  » mauvaises personnes « …

Donc, maintenant qu’on a le maître… il faut se bouger les fesses !

Se forcer ne sert pas très longtemps, c’est utile le temps de trouver l’enthousiasme. Dans les systèmes taoïstes que je connais, on se donne 300 jours.
Cette durée est suffisante pour que le corps change, que l’esprit goûte à un peu de paix et pour sentir ce qui se passe  » dedans « .
Mais comme disait mon grand sage de Professeur  » si tu pratiques, ça marche, si tu pratiques pas, ça marche pas… « , il était très sage.

De là, apparaît la vraie difficulté : le doute, l’engagement.
Cette période de 300 jours peut amener les réponses aux questions que l’on se pose et aux besoins qu’on a. On peut se  » transformer  » pour retourner à ce qu’on est vraiment… mais il faut  » y aller  » !

Le doute est intéressant, il est l’ami de tout chercheur… mais un chercheur est un érudit, par conséquent quelqu’un qui a fait de longues études.
Aujourd’hui, le doute s’installe dans la phase d’enseignement de base, avant de savoir, on doute.
Le doute, qui est né de l’ignorance et de la peur de faire, n’est pas l’ami du chercheur, il est l’ennemi de la construction de l’être.
Avant de douter de la valeur de certains textes, d’une pratique ou de certaines idées, on doit connaître le travail et avoir des points de repères, une expérience personnelle concernant le sujet en question.

Celui qui n’a rien fait dans un domaine, prenons la méditation par exemple, ne peut douter de la valeur de celle-ci puisqu’il est ignorant dans ce domaine. Il doit le reconnaître et éventuellement ensuite déclarer qu’il n’est pas intéressé, mais pas clamer que ce n’est pas bon car il ne sait pas.
Juger d’un enseignement ou d’un style demande d’être soi même dans une pratique en rapport avec cela… mais aussi d’avoir travaillé suffisamment pour savoir dans  » son corps  » ce que représente cet engagement.

Douter dans la phase de formation et d’apprentissage revient à ne pas encore commencer. Ce n’est pas gênant, car en n’allant nulle part on ne peut pas se perdre. Je ne fais que reprendre là les détails de mes enseignements, j’ai une vision très personnelle de tout ça.

Il est absolument impératif de prendre son temps pour décider de savoir si, oui ou non, on veut se lancer dans une pratique. Mais après, il faut  » plonger « .
Quand on plonge, il y a trois étapes qui sont les mêmes que dans  » l’immersion  » dans une pratique :

  • on se prépare à plonger (on regarde l’eau est trop froide, s’il n’y a pas assez de fond…),
  • on saute, on plonge, on  » tombe « ,
  • on est dedans, dans l’eau ou la pratique.

Celui qui change d’avis ou de direction entre la deuxième et la troisième étape va se blesser et ne pas profiter du bain !

Celui qui en a envie, qui  » trouve  » un enseignant, ne doit pas se faire piéger par les peurs et les doutes de son esprit inquiet. Il faut plonger, accepter de goûter vraiment pour savoir si c’est notre voie.
Aujourd’hui il y a une dose de surinformation qui donne une tendance  » horizontale  » au savoir. Tout le monde connaît un peu de tout.
Mais il y a une très forte tendance à la disparition du savoir vertical, de la profondeur dans un savoir. Plus rien n’est profond.
C’est en partie à cause du doute et à la difficulté que l’on rencontre à s’engager.