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La naissance des arts internes

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Il est difficile d’être sérieux, tout cela est bien vieux, mais on sait que la Chine fabriquait des sabres et autres armes de guerre aux 5ème et 6ème siècles avant JC. Les premières traces de transcription d’entraînement pour la guerre datent du 3ème siècle de notre ère… Autant rester dans la légende… je vais vous faire partager celle qui m’a été contée.

A l’époque où les gens se tuaient à coups de sabres et de haches et avant que les arts à mains nues ne soient structurés, certains guerriers survécurent aux massacres. Forts de leur expérience, et désirant faire partie de ceux qui n’y « passent pas », ils combinèrent toutes les techniques qui leurs avaient permis de garder la vie sauve.

Ces guerriers aguerris se retrouvaient parfois entre amis. Ils firent une compilation des façons de tuer son prochain le plus efficacement possible mais sans perdre la vie soi-même. Dans l’entre grandes batailles, certains s’entraînaient même. C’est alors que les techniques de combat sont nées.

A partir du moment où les guerres devinrent plus rares, donc plus espacées, certains « militaires » se préparaient pour la prochaine « boucherie », les autres se retiraient. Ces derniers, expérimentés dans le caractère destructeur des êtres humains, passèrent leur savoir aux gens autour d’eux : « si on te fait ça, tu fais ça… ».

Peu nombreux sont les guerriers qui se sont tournés vers la culture du spirituel, et s’il ne le firent pas, ils se contentaient de côtoyer des contemplatifs. Dans les cercles les plus éloignés de la guerre, dans les groupes spirituels, certaines techniques de combat circulèrent. Les conceptions de l’énergie rencontrent celles du « cassage de gueule » et c’est ainsi qu’un art interne commença à se développer… quelle émotion !!!

De plus, les anciens guerriers qui se retiraient momentanément des conflits, adoucissant nettement leur quotidien, étaient plutôt en bonne santé. Ils savaient entretenir une bonne forme corporelle qui leur permettrait ensuite d’utiliser les armes de destruction artisanales sur la durée d’une bataille. Et à l’époque, les batailles étaient longues, il fallait avoir fait son « cardio training » si on ne voulait pas y passer !

Et puis, ceux qui ne combattaient pas, ou ceux qui ne combattaient plus, utilisèrent leur temps libre pour mettre en place un système d’apprentissage des « trucs de combat ». C’est par digressions intellectuelles que l’on peut créer des arts « de concepts de combat », des arts martiaux : on s’appuie sur une expérience, et on présume que « si un mouvement marche à droite, ben ça doit marcher à gauche aussi… ».

On compte donc trois courants distincts : celui qui reste directement basé sur une expérience du combat, celui qui est une construction intellectuelle basée sur du réel et les « trucs » qui sont basés sur une expérience du combat d’une génération précédente. Soient : les arts de combat, les arts martiaux et les systèmes d’auto défense : c’est une simplification, bien sûr, une légende de mon enfance que je conserve par goût. Je serais heureux de lire d’autres légendes ou études historiques de ceux qui veulent les partager.

Dans les légendes de ma lignée, on parle de maîtres qui venaient directement des champs de batailles, et qui se retirèrent pour passer à l’alchimie interne, partageant ensuite leur savoir avec leurs collègues…

Mon style de combat est issu de l’escrime à l’épée, ma tradition utilise une épée, même dans les rituels « spirituels », et les principes de combat sont l’extension de cette façon de faire. Les arts de combat à mains nues, qui se développèrent bien plus tard, sont souvent des concepts de lutte, au corps à corps, la « boxe » permettant de rentrer en contact. Tous les styles les plus anciens de « castagne » sont de la lutte. Les théories sur la distance, les angles, le « glisser » et la « force pénétrante », existent depuis toujours dans les arts d’escrime, peu dans les styles de lutte. Encore une fois, Je parle ici de « légende », pas d’Histoire. La rencontre entre ces bretteurs à la lame « pratique » et expérimentée, et ces mystiques versés dans l’énergétique, donne la légendaire création de ma lignée taoïste. Dans mon système taoïste, et à l’inverse de beaucoup de styles récents, la pratique des armes précède, ou au moins accompagne, l’apprentissage du combat à mains nues. Je laisse ici de côté l’aspect énergético spirituel pour me concentrer sur « la naissance des arts internes », comme le spécifiait le titre.

Dans les styles chinois classiques, sont apparus des mots clés, des concepts, qui furent une façon de garder par la tradition orale, les bases d’un système. Pour l’épée, certains mots clés comme « soulever », « couper » ou « percer », donnaient une vision précise de ce qu’il fallait faire. Certains styles à mains nues emploient également ces mots clés, sans l’idée de l’arme. Toutes les références à ces mots clés sont limpides si on se réfère à un combat armé, mais se comprennent moins bien dès lors que l’on se réfère à un combat à mains nues…

Peut on en conclure que les armes arrivèrent avant les poings ? Je ne sais pas, mais j’aime bien les histoires…

Depuis la nuit des temps, les hommes ont eu tendance à se battre, ils avaient sûrement de bonnes raisons… La première réaction possible en cas de combat, c’est ce fameux choix entre « j’y vais, ou je me sauve? « , également appelé le « fight or flight syndrome » par nos amis anglos saxons. Chez nous, pauvres petites choses fragiles que nous sommes, un troisième choix existe : celui de la paralysie totale, terrible signe que le corps n’arrive pas à utiliser cette décharge d’adrénaline provoquée par la peur, et pourtant si utile pour le combat. Mais là je m’éloigne.

Dans le cas, à mon sens idiot, du « j’y vais ! » ; la lutte et le corps à corps, furent toujours le premier choix stratégique. Un peu pour justifier cette décision « d’y aller ». Les premières traces d’art de combat sans armes sont donc liées à la lutte. Allez, un peu d’Histoire ! Historiquement, toutes les premières histoires de combat à mains nues en Chine sont nées durant la dynastie des Qin ou (Chin) (221 – 206). Cette à cette belle époque guerrière que la Grande Muraille fut construite et que les armées chinoises furent très entraînées, entre autres à la lutte.

En 1127, Genghis Khan conquis la Chine avec des armées entraînées à la lutte. L’idée majeure était de faire tomber l’adversaire pour ensuite le « finir » avec une arme. L’art s’appelle alors le Bokh. Durant la dynastie de Yuan (1279 – 1368), les hordes de mongols apportèrent à la Chine trois évolutions dans la société : l’arc, le cheval et la lutte. Les chinois connaissaient déjà, mais l’influence devient totale. Je rajouterais que ces guerriers de Mongolie aidèrent de bon cœur les chinois à lutter contre la surpopulation… Au douzième siècle, Yueh fei, créa le Xingyi, un style interne basé sur le combat à la lance. Quand les monarchies chinoises instituent les Ming, après 1368, la lutte chinoise est une évolution « de l’empire du milieu » de la lutte mongole. Durant les Quing (1644 – 1912), on trouve des traités qui parlent de « boxe » :
    – Le Wang Zhengnan muzhiming, de Huang Zongxi,
    – Le Taiji quan pu, ou Recueil du Taiji quan, de Wang Zongyue,
    – Le Neijia quanta, ou Méthode de boxe de l’école interne, de Huang Baijia,
    – Le Changshi wuji, ou Livre des techniques martiales de la famille Chang, de Chang Naizhou,
    – Les traités de la boxe Taiji de Wu Heqing (Yuxiang), Wu Chengqing, Wu Ruqing et Li Yiyu.

Dans les autres parties du monde, les arts de « cogne » sont à l’origine des arts de lutte. Les épées étaient déjà en cuivre, bronze, et parfois même en or et en jade durant la dynastie des Shang (1600 _ 1100), avant JC. La légende veut que Ou Ye Zi, un maître forgeron de l’époque, fit deux épées de grande renommée : Ju Jue et Zhan Lu. Leurs lames étaient si fines qu’une fois trempées dans l’eau, elles en ressortaient sèches. Sous les Han (206 Bc – 220 AD), on raconte des histoire d’escrime et de fabrication d’épée dans un manuel de métallurgie « Huai Nan Wan Hua Shu », « les 1000 créations de Huai Nan ». A cette même période, des adeptes d’escrime « chahutent » sans leurs épées, ils font « des joutes d’adresse avec les mains », sans lutter, ils respectent les concepts de leur école d’escrime, sans arme.

Les contes, qui parlent des premiers ermites taoïstes qui se baladaient avec leur épée, n’oublient pas de préciser avec détails les combat. Restant fidèles à leur art de l’escrime, les adeptes du Tao distribuaient aussi des « baffes pédagogiques » aux vilains, sans pour autant les pourfendre… haaa, on se rapproche… Finalement, on voit bien que les armes précèdent le combat à mains nues et que-celui ci ne devient de la « boxe » que bien plus tard… en tout cas dans mes légendes.