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La forme du fond

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Pour comprendre l’objet de cette discussion, il est bon de se rappeler quelques concepts simples de la métaphysique taoïste.
 
Le yang, volatile et immatériel, ne peut rester stable dans une manifestation (comme un être humain) que si le yin, structurel et matériel, est proportionnellement présent: en gros, je ne peux mettre dans un seau (yin) que le volume de liquide (yang) qui rentre dans cet espace. Un yin faible ou restreint ne permet que peu de yang stable: le corps (yin) doit donc être travaillé pour tenir l’énergie (yang).
 
Le structurel (yin) doit être sans fuites pour que le yang (fonctionnel) soit au maximum de son potentiel. Le physique (yin) tient l’esprit (yang); l’essence (yin) est la racine de l’esprit (yang).
 
Il est dit dans un texte du 4ème siècle que la force interne ne se travaille pas, elle dépend uniquement du travail de la forme externe: l’énergie est abondante quand la forme est juste.
 
Nous donnons une importance absolument équitable entre les trois facette de notre incarnation humaine: le physique, le souffle et l’esprit (jing, qi et shen): c’est une véritable spécificité des arts taoïstes et de la pensée chinoise.
 
Pour développer la force de l’esprit, il est nécessaire d’avoir éliminé les limites et les blocages de la forme physique, sinon ceux-ci seront les raisons de la stagnation de notre pratique. La capacité à développer et à garder l’énergie (le souffle) générée durant les exercices dépend directement de l’état de force, d’enracinement et de détente de notre corps…Le yin est la racine du yang.
 
Pour s’assurer de cela, on nous conseille de travailler la forme à un tel niveau que le fond est présent: les qualités de la forme physique vont permettre les qualités de la fonction énergétique.
 
Qu’est ce que cela veut dire en version simple?
 
Ma forme de corps doit être conduite vers la perfection et cette recherche me garanti une énergie abondante. Mes mouvements physiques doivent être travaillés dans une recherche continue de force, d’enracinement et de détente pour pouvoir accueillir la force interne, la force du qi. Mes mouvements et mes formes doivent être beaux et il doit se dégager une impression de force dans mes gestes!
 
Voilà pourquoi il est bon de travailler des formes complexes et détaillées: il est plus facile de se corriger et de percevoir ses défauts. Quand je travaille une forme de corps trop dépouillée ou même des positions statiques, il m’est très difficile de voir ce qui ne va pas : ces formes de travail seront idéales quand le niveau de la pratique est déjà élevé. Et en général, ceux qui ont le plus de travail à fournir sur leur forme de corps sont ceux qui choisissent une forme simplifiée : ils peuvent ainsi ignorer leurs défauts.
 
Le travail des formes de taijiquan ou de baguazhang sont idéales pour se corriger et percevoir ses imperfections: il suffit de se regarder pour les voir. Le travail des formes anciennes (daxuan) ou encore des positions statiques ne le permettent pas: il est plus facile de ne pas progresser et de rester dans une médiocrité confortable.
 
En revanche, après une maitrise des qualités physiques, le travail des formes complexes est un frein au travail énergétique. Pour évoluer sans cesse et pouvoir se corriger sans peine, voir ses défauts tous les jours, il est important de garder un travail des formes complexes: l’amélioration constante de sa forme de corps permettra une évolution continue et stable.
 
Le yin sublimé permettra un yang qui se garde: les exercices quotidiens seront source d’une grande vitalité qui se conservera dans le corps travaillé.
 
Pour pouvoir progresser, pour corriger son yin, il est important de voir ses défauts et les formes complexes (taijiquan, baguazhang, boxe de l’eau…) permettent cela.
 
Il est aussi possible de se cacher derrière des formes avancées et ainsi d’aller nulle part.
 
Dans la perfection de l’externe dominé réside la racine du vrai interne.
 
Voilà.