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Je Pense, mais je Pratique

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Il est paradoxal de voir toute l’information dont on a besoin pour accomplir une pratique sérieuse, le nombre important de textes taoïstes sur l’accumulation de connaissance.

 

En effet, celui qui étudie une Voie qui incite à vivre pleinement sa condition humaine, gère souvent difficilement la masse de savoir qui s’amoncelle au fil de son apprentissage.

 

En même temps, l’obstacle principal dans son évolution est souvent une sorte d’ignorance.

 

Ça doit être cela le paradoxe taoïste…

 

En fait, dans ma tradition, on parle de deux sortes de connaissances intellectuelles : celle qui fait évoluer la Voie par la compréhension de détails pratiques et celle qui s’étale comme la confiture, qui encombre l’esprit et gonfle l’ego (et parfois les autres…).

 

Mais nous allons voir ici, qu’il est possible de détailler un peu plus.

 

En fait il y a deux classifications de savoir, deux niveaux de connaissance :

– Le savoir horizontal et vertical,

ou

– La connaissance intellectuelle et pratique.

 

Aujourd’hui, avec internet et les médias, la mondialisation et « Harper’s bazaar », les conseils de sa grand-mère et les discussions de comptoir, tout le monde sait tout sur tout.

 

Cette connaissance, c’est le savoir horizontal.

 

C’est associer les trois bêtises qu’on a entendu à la télévision, à une connaissance théorique, applicable dans la vie. Cette connaissance peut parfois aider au Trivial Pursuit, mais rarement pour faire évoluer son corps ou son esprit.

 

Le problème principal de ce genre de savoir, c’est qu’il plonge à un niveau d’ignorance plus subtil, qui donne l’impression de comprendre, mais qui n’est en fait qu’un « savoir rien sur tout ».

 

La connaissance verticale est un savoir utile, sur un sujet connu, qui permet de faire vivre et d’appliquer l’intellect dans le réel. C’est un travail alchimique qui rend yin le yang, qui matérialise le non manifesté.

 

Cette connaissance est utile pour faire évoluer sa vision du monde par sa pratique, mieux comprendre ce qui est « l’action », une liaison forte entre son corps et son esprit.

 

Par l’accumulation de détails, dans un sujet approfondi, le savoir vertical permet d’aller vers une connaissance universelle.

 

En effet, si on pousse loin la connaissance verticale, dans des sujets différents, on tombe avec étonnement sur de grands concepts communs.

 

L’accumulation horizontale de faits, de concepts morts et d’anecdotes croustillantes ne conduit qu’à un besoin de « plus ».

 

La collection de petites connaissances ne permet ni recherche, ni application pratique ; elle ne fait pas évoluer et se révèle être une façon distinguée de perdre son temps.

 

En revanche, il est bon de savoir se distraire avec des connaissances sans « importance », de discuter légèrement et de savoir détendre son esprit avec des occupations triviales.

 

La connaissance qui est montrée du doigt dans le Daodejing, c’est cette connaissance intellectuelle sans importance, cette habileté à se remémorer, qui est prise à tort pour un phénomène important.

 

La connaissance qui peut améliorer la compréhension de soi et de son esprit, l’utilisation juste de son corps ou la recherche de ses sujets favoris, pour une évolution, c’est en fait une partie de la Voie.

 

La voie de l’esprit c’est la méditation, le shengong, mais c’est aussi la gymnastique du savoir, la culture de sa connaissance, une connaissance verticale vous l’aurez compris.

 

Il n’y a rien de plus précieux que l’information qui peut nous transformer : les objets s’usent, se perdent ou s’oublient ; les biens changent durant la vie sans jouer sur son être profond… la connaissance verticale ne peut s’égarer.

 

L’information va se digérer, devenir nôtre et nous permettre d’évoluer vers une version plus affinée de nous-mêmes… comme une distillation vers un soi intact, originel.

 

C’est le procédé alchimique.

 

« Information is power »