J’ai cru qu’il allait faire beau

Notre esprit (mental) se fonde continuellement sur des croyances qui le rassurent.

Ces informations sont stockées en mémoire et deviennent la base de ce que nous croyons connaître. Pour se former, l’ego assimile ce qui est perçu comme un mangeur névrotique. Tout est pris, volé au monde, pour devenir “son”, “sa” ou “ses”.

En s’appropriant ce qui est perçu, tant bien que mal, l’ego se construit des limites confortables en éliminant “ce qui n’est pas connu” et qui est source d’angoisse.

Ainsi, une nouvelle expérience, dès lors que c’est possible, sera rapprochée d’une autre que nous avons déjà en mémoire. Ce qui est nouveau, différent ou trop loin de ce que nous connaissons, sera transformé pour être acceptable. Ce phénomène, imperceptible et dissimulé, est d’une finesse incroyable qui le rend difficile à expérimenter consciemment.

La pratique est souvent pavée de tentatives de nouveautés, d’expériences directes, qui permettent de sortir la tête de ses préjugés, de voir les choses différemment.

Dès notre enfance, nous enregistrons des informations qui façonnent notre ego. Cette “boite” va devenir “ce que nous croyons être”. L’environnement, l’éducation et notre génétique définissent ce “personnage”. Avec tout ça, nous posons des préjugés qui permettront à l’ego de s’accaparer le monde.

La réalité, “ce qui est”, est interprétée par notre perception et devient “ce qui paraît être”. Nous percevons, cela est rapproché de notre base de données personnelle, l’ego le monopolise, et c’est stocké sous une forme familière pour ne pas perturber la stabilité de notre personnage. Ainsi nous ne voyons plus un arbre, un coucher de soleil ou sa compagne (son compagnon), mais juste des réminiscences de ce qui est déjà en mémoire. Pas de nouveauté, par conséquent on s’ennuie, alors on pense.

Si nous tentons d’expliquer à quelqu’un ce que nous avons cru percevoir, ça devient souvent “ce que nous (nous) racontons”… et de là, un profond fossé se creuse par rapport à la perception initiale.

Ce qui fut déjà interprété par notre mental à l’assimilation subit une autre interprétation égotique à la régurgitation : syndrome de la photocopie oblige, plus il y a de passage, plus on s’éloigne de l’original.

En nous référant à ce que nous avons en stock (les mémoires et les croyances), et non pas à ce que nous percevons, nous nous coupons de la réalité. Par ailleurs, par cette habitude de se référer toujours au connu, nous allons vers l’aboutissement du préjugé : la supputation.

Sachant “ce que nous croyons”, nous proposons au monde quelques possibilités triées, basées sur les choses acceptables que nous daignons percevoir. Nous projetons tellement sur l’Univers, que nous ne percevons que ce qui nous conforte mentalement, ce qui va dans le sens du poil de notre ego.

Nous mettons dans ce fatras nos humeurs, nos espoirs, nos ressassements et tout cela nous “obscurcit la lumière”.

Nous pouvons résumer en disant que la source de tout ce fonctionnement pathologique est la Peur.

Ce fonctionnement va se généraliser au monde et plus particulièrement aux autres. Ainsi, nous allons attendre de nos relations et de nos échanges que tout aille dans le sens de notre ego. Si tel n’est pas le cas, nous filtrerons suffisamment les informations perçues pour ne garder que ce qui nous conforte dans notre douce folie.

Nous aurons aussi la capacité d’éviter certaines situations, plus ou moins consciemment, pour ne pas percevoir ce qui nous dérange.

La pratique tend à supprimer les préjugés pour percevoir clairement. Elle va aller dans le sens inverse de tout ce qui vient d’être énuméré.

Nous allons rencontrer la présence et nous confronter à notre peur, si nous pouvons le supporter, pour nous réveiller un peu et passer d’une visqueuse inconscience vers une version light.

Dans cet état dit “de veille”, nous aurons, grâce à l’enseignement, des moments de perceptions claires qui seront une nouvelle base pour le début du reste de notre vie.

Dans la tradition, nous commençons par nous-même. Nous allons chercher plus loin que ce que nous croyons être et nous allons tenter de nous connaître. Cette rencontre avec notre fonctionnement mental et notre dissociation de celui-ci, va nous donner une première approche.

Ensuite, par des exercices précis dans une évolution progressive, nous irons vers une libération de la perception.

Cette capacité à percevoir est incroyablement plaisante, les bénéfices en sont multiples, par exemple, la disparition de l’ennui et la capacité de découvrir sans cesse ce qui est déjà connu…

Après ce travail de base, nous constatons étonné, qu’il existe autre chose que nous : le Monde. Après avoir développé cette capacité à se découvrir soi-même, nous allons l’appliquer à “ce qui n’est pas nous”.

Nous aurons toute une série d’exercices qui permettront de percevoir le monde et les autres avec cette liberté acquise. Les échanges avec les autres, notre capacité à communiquer et notre respect du monde vont changer grâce à ces pratiques.

Dans une ouverture où je ne prends pas mon mental comme référence, dans cette liberté d’une perception nouvelle à chaque seconde, l’ensemble de ma pratique va se “cristalliser” pour prendre une cohérence certaine.

Il est fastidieux et illusoire de croire qu’un travail spontané et sans structure peut libérer l’esprit. Dans la plupart des cas, ceux qui travaillent sans professeur n’arrivent qu’à renforcer leur ego déjà souffrant.

Comment pouvons-nous diminuer la puissance du mental si on ne peut même pas s’en remettre à une tradition et s’alléger l’organe de la pensée ?

Certains parlent d’une peur d’être manipulé ; en réalité, c’est souvent juste la Peur.