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Il ne faut pas confondre

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L’idée que nous allons développer ici est à décliner pour tous les aspects des arts taoïstes que nous pratiquons, c’est à dire :

    – Médecine chinoise,
    – Arts de combat,
    – Méditation,
    – Chi kung

Cette idée simple est l’Essence même de notre école. Bien des styles qui se disent taoïstes n’ont pas ce concept, ou alors, il a été oublié il y a bien longtemps. C’est assez simple à énoncer et pourtant cela peut tout changer dans sa pratique quotidienne, c’est la différence entre une discipline vivante et une discipline morte.

« Il ne faut pas confondre l’Essence de la pratique et les exercices qui développent les qualités de cette pratique ».

Il est très difficile de comprendre cette idée sans passer par des exemples, nous allons donc en développer.

Dans l’apprentissage de la médecine chinoise, l’étudiant va apprendre les théories, les exemples et quelques cas cliniques. Il aura aussi sûrement la chance de travailler avec un acupuncteur confirmé, ce qui lui permettra d’étudier les théories en application. Il deviendra un bon praticien uniquement si en comprenant ce qu’il a appris, il est capable d’appliquer les théories propres à chaque cas, sinon il restera à un niveau débutant (peut être toute sa vie). S’adapter au cas du patient a l’air évident pourtant, encore aujourd’hui, il existe des acupuncteurs qui appliquent des recettes sans spécifications particulières suivant le patient.

L’étudiant apprend l’alphabet avec les théories, les mots avec les recettes et quelques phrases simples avec les cas cliniques étudiés. Quant à savoir écrire des textes entiers, voire de la poésie, c’est tout autre chose !
La pratique de la médecine chinoise s’appuie sur les exercices appris, mais elle n’est pas seulement ça. Il y a donc une différence entre les deux. L’acte de soigner ne doit pas uniquement être une application sans analyse des méthodes de soins, mais un art à part entière, qui s’adapte à la « personne unique » que l’on a devant soi : le patient.

Par expérience, on verra qu’aucune recette ne fonctionne à 100%. En fait, les techniques de soin n’ont été qu’une étape nécessaire à l’apprentissage, pas un moule rigide que l’on utilise pour tous les types de gâteaux. Pour traiter un patient, on doit faire appel à ses connaissances pour trouver comment soigner en essayant de ne pas s’enfermer dans des cas étudiés qui ne sont pas toujours adaptés. C’est déjà une recherche de créativité dans les limites de sa science. Il ne faut pas inventer, mais il ne faut pas copier.
Au bout du compte, la pratique est assez éloignée de ce que l’on a appris et se modifie selon le contexte dans lequel on se trouve : on ne soignera pas en Chine comme en Occident.

Pour les arts de combat, c’est encore plus évident ; les méthodes d’entraînement développent les attributs nécessaires au combat, les formes donnent une idée sur la manière de se mouvoir et d’exprimer la force, les techniques à deux appliquent les concepts de combat avec un partenaire mais rien de tout cela n’est réellement le combat. On peut également apprendre à utiliser des armes issues de différents styles pour renforcer sa pratique et pour diriger l’intention plus loin que son propre corps. Pour combattre, on se servira de tout cela, mais de façon libre et changeante suivant les situations.

Si pour le combat on cherche à suivre une forme précise ou une technique particulière, c’est une défaite assurée. On ne peut intellectualiser que durant l’entraînement, pendant le combat c’est tout à fait autre chose, on se retrouve limité à réagir tout bonnement. La réaction devient alors le fruit de tout l’entraînement mais sans être similaire à celui-ci ; de la même manière que le fruit n’a rien à voir extérieurement avec l’arbre dont il est issu. Dans chaque frappe échangée durant une confrontation physique, tous les exercices effectués permettront d’être plus précis dans le chaos de la bataille. Toutes les formes et les exercices d’enracinement vont aider à être plus fort, mais le combat réel reste quelque chose à part qui semble étranger à sa pratique quotidienne.

On peut voir le rapport entre l’entraînement et la réalité du combat, chercher à rendre les deux les plus similaires possibles, mais il ne faut pas les confondre. En revanche, on peut développer des techniques en rapport avec ses faiblesses en combat.

Dans nombre de pratiques de combat, il existe encore ce phantasme de l’application des techniques apprises… c’est souvent dangereux. La spontanéité du combat, le chaos de ces moment sans limite, demandent un entraînement qui corresponde à cet état. Une forme de pratique trop stricte, sans ouverture ni connexion à son instinct, qui cherche à enfermer le pratiquant, ne peut réussir. Tout style efficace doit chercher à développer la libération et la créativité. Plus la confusion existe entre l’entraînement aux arts de combat et la réalité du combat, plus le pratiquant sera loin de la réalité.

En ce qui concerne le chi kung c’est évidemment la même chose.

Les visualisations et les images utilisées au début de l’entraînement sont faites pour créer une énergie avec laquelle on veut travailler. Mais après un certain temps, il faut directement chercher l’énergie sans passer par la visualisation. Dans les pratiques de notre école, nous n’avons aucune visualisation. Dès le début, nous restons sur des expériences kinesthésiques, en mouvement. La recherche de l’expérience de l’énergie se fait par les sens, pas par l’intellect. De cette façon, on goûte à la sensation d’énergie et on se construit sa propre vérité. Les mots sont absents de cette relation et le guide, ou professeur, ne donne que d’autres façons de goûter sans en décrire l’arôme. Ainsi, confiant de ses expériences personnelles, et guidé par celui qui à vécu cela avant, l’élève comprend par l’action.
Mais la confusion des pratiques d’expérimentation et du chi kung lui-même est source de problèmes : la connaissance de l’énergie et sa mise en action spontanée ne doit pas rester enfermée dans une pratique fixe. Les  » chi kung  » appris doivent être oubliés et le naturel doit faire loi. Le chi kung est cet échange de l’énergie entre l’extérieur et l’intérieur du corps, mais aussi la façon de  » raffiner  » son énergie propre. Les pratiques fixées donnent une route simple et directe pour  » sentir « , mais elles ne sont que cela. Il ne faut pas s’en rendre prisonnier. Le chi kung est simple, il faut le laisser comme tel, encore une fois, il suffit de travailler l’acquis et de revivre l’inné. Grâce au chi kung on va chercher à produire de l’énergie, ce n’est pas pour la gâcher avec des créations mentales. Le chi kung devra aussi devenir une pratique sans forme, sinon il restera à un niveau faible.

Au travers de ces exemples on peut donc comprendre que les techniques doivent être bien choisies pour ne pas perdre de temps, et que sa pratique doit devenir personnelle pour être efficace.

La méditation devient une pratique simple et sans technique, comme le combat. Les techniques de méditation permettent de « dresser » son esprit, de le dompter en le connaissant mieux. Comme un jeune singe sauvage, l’esprit ne peut se « commander » ou être contrôlé. Il faut amener des suggestions et des compromis qui vont fusionner notre volonté et notre shen (esprit). Quand cette liberté d’action de l’esprit est là, il faut arrêter les techniques et juste méditer. La méditation n’est pas explicable, c’est une façon de toucher tout ce qui ne s’explique pas, tout ce qui ne s’enseigne pas mais se vivent.

Les techniques sont les portes pour entrer dans cette perception. Il serait dommage de rester à la porte si on peut y entrer… Apprenez les techniques et ensuite profitez de l’expérience, laissez tomber la porte.

Pour conclure, je dirais qu’il faut réfléchir à sa pratique pour ne pas exercer des dizaines de choses inutiles mais des méthodes d’entraînement claires, adaptées à son cas. Faire des choix simples pour orienter son travail vers ceux-ci, sans se disperser dans des occupations illusoires et sans fondements.

Et bien sur, ne pas confondre ces méthodes et la pratique elle-même !