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Faire sans essayer

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L’intention joue un rôle important dans la démarche qui mène à une pratique quotidienne.

Sans désir, volonté ou fantasme, il est difficile d’aller vers une voie de pratique.

En effet, c’est par recherche personnelle, pour « évoluer » que nous allons vers des exercices traditionnels : pour une meilleure santé, pour une certaine vision de sa spiritualité ou même dans une recherche martiale, guerrière.

Il n’y a pas de bonne ou de mauvaise raison, mais une raison consciente est un plus dans le commencement de sa voie.

Ces choix pratiques sont des utilisations du mental égotique, nécessaires pour fonctionner dans le monde.

Le choix du style, du professeur et du temps de pratique dépendent aussi de l’utilisation de l’intellect et du mental, parfois de l’analyse.

Mais, dans la rencontre d’un enseignement sérieux, il est très utile, voire indispensable, de savoir se libérer de tout cela. Ce qui fut utilisé pour une action ponctuelle doit être abandonné.

C’est l’histoire du radeau pour traverser la rivière : on ne le garde pas avec soi après avoir traversé… mais pourtant…

Il est utile de se souvenir des premiers caractères de Maître Lu dans ses « 100 caractères » :

養氣 忘言

« Nourrir le Chi, Oublier de Parler, Garder »

Ce qui fut utile pour choisir sa voie pose souvent problème dans son évolution : le mental, l’ego, l’esprit singe.

Il va se manifester sous des formes diverses, ce mental compulsif, mais sous trois grands types essentiellement :

  • L’imagination,
  • L’attente,
  • L’attachement.

L’imagination, la fabrication mentale nourrie de connaissances, suppute, prévoie et planifie au lieu de laisser percevoir.

Nous avons une image de « nous le pratiquant » et nous allons essayer de l’imposer à la réalité au lieu de laisser faire. Nous cherchons ainsi, de façon idiote, à projeter sur le monde une image fantasmée de nous-même. Cela ne peut fonctionner vraiment et c’est en plus source de frustrations et de mensonges, aux autres et à soi-même. Nous sommes alors bloqués par notre imagination dans nos fantasmes.

Avec l’habitude d’observer sa pratique et sa vie, nous serons amenés à faire la différence entre la réalité et l’imagination, cela nous permettra d’entrer réellement dans la Voie.

L’attente, liée à une projection dans le futur, nous raidit dans une conception anticipée de « celui que l’on croit être », notre nouvel « ego spirituel ». C’est évidemment en rapport avec l’imagination, mais coincé dans une représentation future.

Nous pensons que tout va aller mieux dans un futur plus ou moins proche, dans une vie meilleure « qui arrive ». Nous rêvons d’une « amélioration », d’une transformation ou d’une progression, mais plus tard… Dans notre esprit, tout cela ne peut arriver que « plus tard », « quand ce sera différent ».

Nous pouvons aussi repousser la pratique « sérieuse » à une date ultérieure, plus propice selon notre mental.

Or, nous ne pouvons agir que dans le présent, nous ne pouvons vivre que des instants, cette idée de futur est une illusion.

L’attachement, lié au passé, est une utilisation inutile de notre mémoire, une incapacité à « lâcher » les expériences passées pour accueillir le nouveau. C’est en rapport direct avec notre capacité à faire le deuil, à lâcher prise.

Nous aimons ce que nous connaissons, redoutons ce qui est nouveau… « Au cas où cela ne serait pas aussi bien qu’avant ». Nous avons aussi une image fausse du passé, idéalisée par un ego qui fuit le présent, source de « c’était mieux avant », « j’étais mieux avant »…

C’est la même illusion que celle du futur, mais tournée vers le passé.

Pour revenir à cette image de soi, liée à notre attachement ou à notre attente, nous devons nous soumettre. Nous allons chercher à renforcer cette fausse identité, la défendre et la choyer. Tout cela va aller contre les enseignements de la voie, mais ce sont des réflexes humains auxquels nous devons nous mesurer. Dans cette optique, nous avons trois choix illusoires que nous pouvons identifier :

  • Vouloir bien faire,
  • Croire en son intellect,
  • Défendre son mental.

L’idée de vouloir bien faire est dangereuse : elle donne l’illusion de faire ce qui doit être fait, alors que l’on est à contre courant. Nous sommes à l’opposé de l’idée de « non résistance » chère au taoïstes.

La voie doit toujours se pratiquer dans une optique claire de sa recherche : présence, détente, perceptions…

Mais en voulant « bien faire » nous sommes victimes de notre imagination, oubliant ce que nous faisons dans la voie ; on se retrouve tendu au possible, à raidir l’enseignement. En quelque temps, nous pratiquons ce que nous avons fabriqué de la pratique, pas vraiment ce qui est la Voie. Nous interprétons, supputons, créons, imaginons et nous éloignons de l’essentiel.

Dans l’apprentissage, il est possible de se perdre dans sa propre interprétation de la voie, dans une créativité qui se fortifie de la confiance dans son outil intellectuel. Nous critiquons, changeons et modifions les pratiques pour qu’elles ne soient pas trop « perturbantes », pour que la Voie soit plus confortable… l’ego est un malin.

Avec un enseignement qui va contre ses préjugés, comme il devrait en être de toute voie sérieuse, le mental va se défendre : on va juger, critiquer, discriminer. Cette « auto défense » égotique, forte de nos pensées compulsives, va relativiser ce que l’on entend de la voie dans le but de rendre sa pratique plus commode. Cette interprétation, souvent inconsciente, est une façon d’entendre ce que l’on veut, ce qui ne va pas contre ses préjugés.

Quels que soient les obstacles, le fait de pratiquer, même « mal », est déjà dans l’idée de la Voie. Il est en revanche important de regarder consciemment sa recherche, en discuter avec son professeur, pour comprendre comment évoluer. Dans le confort de son mental productif, croyant à sa compréhension profonde, enfermés dans des préjugés irréductibles, nous restons prostrés dans une immobilité ignorante, mais contents de soi.

Il est très facile de devenir un bon élève en se forgeant une personnalité qui plait à l’extérieur, mais le travail n’est pas celui de plaire ou de se conforter dans son état égotique.

Il est possible de se dévaloriser, de jouer de fausse modestie et de se critiquer sans cesse pour cacher son ego démesuré. Cette activité quotidienne, semi consciente, permet de se faire accepter par le monde. Toujours officiellement discret et modeste, l’ego connaît la réalité profonde, tout se passe à l’intérieur. Dans cette dichotomie évidente, le malaise est souvent palpable et la Voie devient une épreuve de force. Il est souvent aisé de voir ce qui est vrai, mais toujours difficile de l’accepter. Pour pratiquer dans la simplicité recherchée, il va falloir baisser sa garde, accepter de se montrer avec ses forces et ses faiblesses.

Dans cette honnêteté nouvelle, nu face au monde, nous pouvons naître de nouveau.

C’est la recherche de la voie, c’est la « rencontre » avec soi-même.

Le professeur doit savoir où en est l’étudiant, s’il ne le sait pas, il ne peut lui faire profiter des informations contenues dans sa voie. Les traditions anciennes ont les réponses aux blocages de la pratique. L’expression de ces solutions passe par le professeur. Le professeur ne peut donc aider que s’il connaît les soucis du pratiquant. La solution pour une pratique aisée, c’est une voie sérieuse et un professeur qui est avant tout un pratiquant et avec qui on communique suffisamment… c’est simple.

Dans la phase d’apprentissage, en accord avec les conseils du professeur, il suffit de suivre la pédagogie.

Il ne faut pas essayer de bien faire ou essayer, il suffit de faire. Cela demande de ne pas juger, de ne pas critiquer, de ne pas supputer, juste de pratiquer.

Il n’est pas nécessaire de trouver la logique de la Voie, de comprendre la structure de celle-ci, de connaître la lignée du professeur… il suffit de pratiquer.

Ne pas projeter, analyser, attendre, ne pas intellectualiser, imaginer ou comparer, ne pas parler, discuter ou prévoir, ne pas avoir peur ou pire, avoir de l’espoir… il suffit de pratiquer.

Quand on ne sait plus quoi ou comment pratiquer, il faut aller vers son professeur.

Le Naturel, 自然 , est un concept très intéressant.

C’est l’émergence de ce qui est déjà dedans, la réalisation de ce qui a toujours été là, l’éveil dans un sommeil conscient.

Ce naturel se travaille, il n’est pas totalement perceptible, il demande un effort. Ce n’est pas une accumulation vers une amélioration, un progrès ou un perfectionnement.

Toutes ces qualités sont déjà là, présentes, mais enfouies dans le fatras immense d’un ego surpuissant.

Nous parlerons en détails de ce « Naturel » très bientôt…

La voie n’est pas une accumulation, mais une élimination de ce qui encombre.

“反者道之動“

« Le retour est le mouvement du Dao », dit Lao Zi au chapitre 40, c’est le retour vers le simple.

La pratique doit être le Naturel, la Voie et la vie doivent être unies.

La simplicité de la pratique est un besoin pour le pratiquant, ce besoin dépend de la communication avec le professeur et du sérieux de la voie.

Une vraie détente, une perception claire et un esprit silencieux sont les qualités du Naturel.