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Étude, Ignorance et Dao

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Le merveilleux outil qu’est internet nous permet d’accéder à toutes sortes d’informations, y compris à des discussions en direct sur des sujets tels que les arts martiaux. Parfois, devant les sottises étalées je pense à cela :

« La poursuite de l’étude amène tous les jours un peu plus,

La poursuite du Dao amène tous les jours un peu moins.

Cela diminue jusqu’à arriver au non agir.

Dans ce non agir, rien n’est impossible.

Pour comprendre le monde, il faut être dans le non agir.

Dans la résistance, on ne peut appréhender le monde. »

Ce chapitre du Daodejing, le 48, nous donne une clef sur la recherche du naturel et du non agir.

On y parle des qualités du Dao : naturel et non action.

On comprend que la façon d’agir du Dao réside dans ces qualités.

De là, par la recherche de ces qualités, nous allons vers le Dao.

Comment interpréter ce chapitre 48 ???

Le naturel et le non agir sont les actions du Dao, mais comment atteindre ces états de « naturel » et de « non action » ?

Certainement pas par l’étude, on en convient, mais alors comment faire ?

Le naturel, dans le Daodejing (Ch 22 et 25), est ce qui est en nous et qui ressort comme notre « vrai Soi ».

Comment aller vers cette rencontre, vers ce « retour » (mouvement du Dao) ?

La « non action », ou le « non agir », est cette capacité d’adaptabilité qui permet de se fondre dans le monde. Il ne s’agit pas d’une pratique d’isolement, mais d’une voie dans la vie, dans le monde.

Comment, pratiquement, peut-on s’entraîner ou utiliser les enseignements du « Vieux Gars », aller dans leur sens ?

De plus, à quoi sert l’étude ???

Il n’existe pas 36 chemins.

L’étude est la phase d’apprentissage, le « faire » est celle de la pratique.

Chercher la perfection du geste sans « lâcher » le mouvement est une bêtise car on ajoute sans cesse, allant contre soi-même.

La répétition, sous la tutelle d’un professeur aguerri, permet d’éliminer les tensions, les blocages, les préjugés.

« La poursuite de l’étude amène tous les jours un peu plus,

La poursuite du Dao amène tous les jours un peu moins. »

L’étude nous guide dans la direction de l’expérience, elle nous sert à « connaître », dans cette connaissance nous approchons le Dao.

« Celui qui connaît le dur et reste dans le doux sera la source de la puissance,

Cette source de puissance ne sortira pas du « De » (manifestation du Dao),

Et retournera vers la simplicité »

Chapitre 28

Cette simplicité, cette absence de commentaire mental est encore de l’ordre du « moins », du retour, plus que de l’accumulation.

On trouve un rapport entre :

– Non action,

– Naturel,

– Simplicité.

C’est presque une direction de pratique :

– Par une pratique équilibrée et sous la tutelle d’un professeur,

– On trouve le naturel dans la détente et le « manger amer »,

– La simplicité permet le silence (mental) et nous fait goûter le Dao.

Qu’est ce qui donc nous empêche d’aller directement vers cette simplicité ?

Ça serait tellement plus simple, non ?

Cette séparation entre notre « personnalité » et notre naturel (potentiel trop peu souvent réalisé) n’est autre que le chemin de notre pratique.

Nous avons plusieurs facettes, plusieurs couches, plusieurs masques : cela protège notre nature égotique, mais cela nous éloigne également de notre état naturel.

La fabrication mentale, court-circuitant nos perceptions, se réjouit de nos capacités intellectuelles et de nos multiples distractions.

L’accumulation d’informations nous permet de nous enfermer dans une satisfaction de « savoir » qui n’a rien à voir avec la connaissance ; ce n’est qu’une illusion d’être plus.

La pratique peut nous amener à un « retour », à la simplicité : étape de non dualité et d’union.

Lao Zi nous permet de toucher la Voie par une compréhension non intellectuelle, nous fournit un indice pour nous guider vers une pratique.

Cette pratique nous donne la possibilité de toucher des expériences directes qui, avec l’accompagnement d’un professeur compétent, nous conduiront à sentir le naturel.

La répétition de ces expériences de naturel nous apporte une assise dans un état nouveau, plus vrai, en confrontation avec notre personnalité.

La Voie devenant ainsi la vie, celles-ci s’unissent alors que se rencontrent notre vraie nature et notre personnalité.

Ce retour au simple est la Voie, à la fois amère et merveilleuse, du taoïsme clanique et spirituel.

L’étude réside dans l’acquisition des expériences directes, l’ignorance dans l’impression de savoir et le Dao se marre…

Aussi nombreuses que soient les discussions autour de ce type de textes, elles ne permettent qu’une chose : faire « sortir » des réflexions, mais elles n’aboutiront jamais à une vérité.

L’étude est en partie nécessaire, mais parfois inutile.

En revanche, ce qui est vrai, c’est qu’il existe une grande confusion entre ce qui appartient au savoir accumulé et nourri par le mental et ce qui fut appris par les expériences directes.

La force des traditions anciennes réside dans l’expérience qu’elles ont de l’enseignement : on connaît les chemins à suivre, les expériences à vivre, les qualités à travailler.

Ce taoïsme non religieux, dégagé de la volonté d’être unique ou meilleur, permet une voie claire et profonde dans la « vallée de l’esprit ».