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Enracinement et Pratiques Sérieuses

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Dans les arts internes chinois, on parle beaucoup plus du changement du corps et de l’esprit, ou plus exactement du changement du corps « avec » l’esprit (ou inversement), que des formes, des routines, des katas…

La différence avec l’externe, en laissant de côté le rapport à la contraction musculaire, est cette possibilité de changer une action isolée (du bras, par exemple) en une action globale du corps.

Cette dernière, contrairement à la force venant de l’externe, amène une vraie puissance dans l’action, la non fatigue de la partie du corps qui fait l’action et la possibilité de multiplier cette action.

La force du mouvement va faire toute la différence, car il sera alors impossible pour un adversaire de  » parer  » ou de  » prendre  » le coup tant il est destructeur.

La recherche de ce  » corps total  » est souvent au centre de chaque style interne chinois classique, j’entends par là chaque  » style sérieux « .

Sans cette recherche de globalité et d’unité, on ne fait usage que de la force isolée qui nous ramène inévitablement à l’externe. Travailler l’externe est chouette aussi, à partir du moment où l’on sait ce qu’on fait, c’est encore une histoire de choix…

Celui qui s’entraîne aux arts internes avec une vision externe, ou inversement, va perdre du temps à faire n’importe quoi, et ne va aller nulle part.

Toute la base du vrai travail interne vient de la détente et de l’enracinement.

L’ enracinement amène la possibilité de rester centré malgré les « changements ».

L’enracinement interne est donc cette aptitude à « changer » avec les « changements » du monde et dans une situation donnée. Cette écoute du monde, pour s’adapter, doit se faire dans une certaine densité, une certaine solidité, souples et vivantes.

Ce rapport au sol, pour faire sortir la force et « changer » est une nécessité, si on veut transformer sa perception des événements et ses gestes.

Les exercices sont une façon de « goûter » les fameux changements, pour parvenir à une liberté « adaptable » du corps tout « entier ».

C’est pas simple, mais c’est cela l’interne.

Quelles que soient les facettes de l’entraînement interne, il faut avoir un rapport au sol qui permet d’unifier la force du corps. Ce travail peut se faire comme dans le Yi chuan, en restant debout, mais il existe bon nombre d’autres méthodes.

Je veux dire en matière de pratiques des arts internes chinois, pas de football américain ou de sumo.

Avez-vous aujourd’hui des pratiques qui vous ont apporté un enracinement ?

Transmettre la force de l’enracinement par le corps demande « d’apprendre à céder »…

Il suffit de pratiquer avec une intention et une force « légère et douce », qui « laisse l’énergie couler ».

Mais c’est tellement complexe de ne pas mettre de force avec nos phantasmes guerriers…

Facile, mais difficile.

Pour ma part, une série de postures statiques, des exercices à deux et des exercices pour sortir le  » jing « , la force, m’aident à m’enraciner.

Tous mes entraînements contiennent des gestes très lents et des moments de formes statiques.

Si elle demande un bon enracinement, une pratique interne sérieuse ne demandera en revanche pas d’obtenir un gabarit particulier.

Je ne pense pas qu’il faille devenir fort, faible ou maigre pour faire de l’interne.

Cependant, je ne peux pas dire non plus que la détente entraîne la perte de la masse musculaire. Que l’on soit musclé ou pas, la taille des épaules reste inchangée par exemple.

Si on conserve une pratique de « contact » régulière et sans retenue, les muscles restent les muscles, simplement on s’en sert d’une façon différente.

Dans ma lignée, dans mon style, il y a eu des costauds et des maigres, mais au fond, ils sont tous restés comme ils étaient à l’origine, épaules ou pas.

Wan Shujin avait des épaules rondes et « hypertrophiées », mon autre avatar, le vieux tout sec, Wan Laisheng, avait aussi les épaules rondes et proéminentes, même tout sec.

Beaucoup de gens qui font de l’interne se coupent de la réalité des combats (contacts) « violents », où les muscles travaillent dans le sens d’un  » corps uni « . C’est leur meilleur prétexte pour justifier la faiblesse de leur corps.

Sans aller aussi loin que le combat, il suffit de manier les armes de façon  » unie « , il en résulte alors une musculature particulière qui se note, tout en restant détendu par ailleurs.

Il existe une autre branche d’amis des arts de combat du Zhejian, près de Shanghai, qui font de la boxe du poing de coton. Ils ont des corps de gymnastes, secs et dessinés, mais ne s’entraînent pourtant que de façon interne et souple : c’est une branche 100% interne.

Je ne crois donc pas que les modifications corporelles se voient aussi bien quand on reste dans son système.

En revanche, si on change de système et que l’on passe du karaté, shaolin dur, lutte gréco-romaine aux styles internes chinois, là il va y avoir un changement évident !

Le corps récupère des erreurs passées et retourne vers  » sa  » normalité, vers une force détendue et souple.

Les arts de percussion amènent un épaississement et une tonicité particuliers des muscles, une sorte d’élasticité, de peau  » latex « . Les arts de luttes rendent rond et lourd, enraciné.

Les arts internes sont souvent liés à la percussion, tout en restant à une distance courte de  » sécurité « . Si les exercices et le combat sont combinés régulièrement, les muscles peuvent rester apparents, mais deviennent très rarement  » hypertrophiés « .