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Daodejing, le Livre qui définit le « Dao »

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Lao Zi est le premier à définir précisément le Tao, la Voie et le De, la manifestation de la Voie.

Cette voie trouve sa source dans la très ancienne chine et le message de cet enseignement se retrouve dans bien des traditions similaires, bien qu’éloignées dans l’espace.

Il y a un aspect chamanique dans le Taoïsme des origines, une vision non duelle qui est loin du mouvement religieux populaire que l’on connaît aujourd’hui.

Ainsi nous verrons des messages spirituels similaires dans le tantrisme shivaïte du cachemire, dans certains chamanismes des Indiens d’Amérique du Nord ou encore dans certains enseignements cabalistiques.

Lao Zi va décrire l’Essence du Tao et les façons de pouvoir le toucher, le vivre, sans l’atteindre vraiment : nous ne pouvons atteindre la perfection, nous ne pouvons que nous en approcher et en percevoir les manifestations (De).

Les changements du Tao sont décrits et ils sont en fait l’essence du Yi Jing, livres des changements, un traité des évolutions des choses dans le monde des perceptions, un ouvrage d’alchimie interne : le Yi Jing est donc l’étude des changements du monde qui sont l’expression du Dao, les changements du monde sont le « De ».

Dans sa forme la plus manifestée, la plus yin, le Tao est à l’origine de la création des « choses » et dans sa forme la plus yang, il n’est pas conceptualisable par notre esprit, trop yang par rapport à l’absolu yang du Tao.

De plus, il existe une différence entre la Voie du Ciel, ensemble de phénomènes qui échappent à la compréhension de l’Homme, mais qui est la recherche du sage taoïste, et la voie de l’Homme, celle qui est une expression des malaises des humains avec eux même, nourrie de compétition, de pouvoir et de conflits.

Il faut savoir que les chapitres ne font pas partie du texte d’origine et que les ponctuations aussi furent ajoutées bien après sa rédaction. De ce fait, tout est possible avec ce texte, rien n’est faux tout peut être dit… ou presque.

Il y a deux concepts fondamentaux exposés dans le livre de Lao Zi :

  • La Cosmologie Taoïste, compréhension du monde, de sa création et de ses Changements
  • La pratique de Retour du Naturel/Spontané

Le seul intérêt d’une cosmologie est de pouvoir répondre aux questions que notre esprit pose sur le monde.

Par une compréhension du monde, inutile, mais nécessaire, nous allons pouvoir nous détendre dans une pratique qui dépasse l’esprit conceptuel, qui nous complique la vie avec ses pensées compulsives.

Par une intellectualisation bien sécurisante, nous nous laissons sans peur plonger dans la pratique, dans l’acceptation de notre non-choix et la non-résistance qui va de soi.

Comme on le comprend ici, la cosmologie ne nous aide à rien sinon à pratiquer, elle ne nous donne aucune réponse à part celles qui ne nous intéresse pas, elle décore dans notre univers de pensées maladives, mais elle ne nous soigne pas… un peu comme un bouquet de fleurs dans une chambre d’hôpital, ça ne sert à rien, mais c’est sympa, le goutte à goutte médicamenteux, lui, est essentiel, mais nous n’y pensons pas… comme devrait être la pratique.

Dans cette détente relative, nous allons vers la pratique qui est celle du retour.

Le retour c’est la régression à notre nature qui est ensevelie sous des couches de réflexes acquis, d’interprétations conditionnées d’une vérité inexistante, de vie mondaine et banale qui nous a éloigné de nous même.

De plus, notre ego et l’importance que l’on se donne vont se rebeller contre l’enseignement : nous ne pouvons supporter de ne pas être le centre du monde et nous préférons fuir la Voie plutôt que de nous découvrir dans l’horreur de la Vérité.

Par l’enseignement en action, nous allons nous détendre et faire silence pour écouter le monde.

Dans cette écoute, les changements et les phénomènes ne nous seront plus étrangers et nous nous y reconnaîtrons.

Cette reconnaissance, tout en conservant notre cognition, nous permet de retourner à une fluidité vitale qui nous ramène au spontané et au naturel.

Nous sommes dans la Voie qui nous unit à la Voie du Ciel, chère à Lao Zi.

Il est évident que tout l’ouvrage parle du Tao, mais les chapitres 1, 4, 6 et 25 sont les plus expressifs au sujet de l’Essence de celui-ci.

En chinois, le Tao est un mot qui signifie « Voie » ou « Route » : une personne qui suit les concepts du Taoïsme est un pratiquant, mais celui qui est initié est un Taoïste.

L’initiation est obligatoire pour être « taoïste », mais le fait d’être un taoïste lié à une lignée ne change rien à sa pratique… l’initiation n’améliore pas ses qualités.

Mais pour être Taoïste, il faut être initié et accepté par une lignée, sinon on est un pratiquant plus ou moins engagé.

Nous pouvons déduire que dans la chine ancienne, avant Lao Zi, ce « Tao » était une façon de vivre, une ligne de conduite.

Pour Lao Zi c’est bien plus profond, il nomme ainsi l’origine, la totalité de ce qui est visible et du reste.

Nous trouvons ici une tentative de mettre en concepts cette possibilité de concevoir et de se fondre dans les changements et les phénomènes du monde, ce retour au spontané et au naturel.

Nous connaissons cet état, il est notre origine.

Avant notre naissance, mais après notre création, nous connaissons cette union totale au monde par le biais de la vie intra-utérine : après notre venue au monde, nous continuons à vivre dans une totalité pendant les premières semaines.

Après cela nous entrons dans un jugement, une discrimination puis une cognition compulsive qui nous sépare de plus en plus du monde, progressivement, mais sûrement.

L’image « unique » de nous même que va nous imposer notre entourage direct va devenir notre source d’attachement, défendu par notre mental sous forme de système de défense : l’ego. L’acquis va remplacer le naturel et le conditionné le spontané, nous allons tout faire pour être cette image de nous qui habite dans notre mental, mais pas dans la réalité.

La pensée compulsive va s’occuper de nous distraire, voir nous noyer, par un flot qui nous rassure… qui nous attache à notre image.

Cet attachement va donner naissance à l’unique émotion qui est à la source des autres, la peur de disparaître, de se dissoudre et de ne plus être « unique ».

L’état de paix et de silence qui est à l’origine le « De » de « Tao De Jing », de cette manifestation du Tao, va être submergée par notre conditionnement mondain.

Nous pouvons grossièrement définir l’Essence du Tao :

  • Ensemble des lois de la nature
  • Éternité dans l’espace et le temps
  • Essence de toutes choses, il peut être « goûté » par le De, ses manifestations
  • Origine de tous les changements et de tous les phénomènes
  • Tout dans le Tao est en mouvement, changeant
  • Tout vient du Tao donc tout est Un
  • inimaginable il est tout de même possible de s’en faire une idée par l’intellect

Il est intéressant de voir que c’est une quête de l’être humain avec lui-même, sans Dieux ou Démon : nous quittons les voies religieuses classiques qui donnent cette dualité étouffante (Dieu tout puissant et homme faible), mais nous entrons dans une totalité qui donne à l’univers une unité.

Mon professeur disait que le Tao avait cinq faces :

  • Le Tao est l’Espace et le chaos
  • Le Tao est l’Origine de tous les Changements
  • Le Tao est la Matière Première du Monde
  • Le Tao est invisible pour l’Esprit, mais sensible pour le Corps
  • Le Tao régit les Lois de tous les Phénomènes

En 1973, dans une tombe de la dynastie Han (206 – 180 av. J.-C.) à Mawangdui (à côté de Changsha, capitale du Hunan), deux copies sur soie du texte de Lao Zi montre de différences et des évolutions.

Chang Tao (Tao Constant) se transforme plus tard en Heng Tao (Tao éternel), mais la différence en chinois est minime.

Que ce soit « Chang » ou « Heng », cette description du Tao lui donne les qualités d’éternel, indescriptible, profond, subtil, irremplaçable et impérissable.

Dans le Premier Chapitre, il y a dans le premier vers l’ensemble de la doctrine de Lao Zi.

Le plus important est ici ce « Il ne faut pas confondre ! ».

Il est important de ne pas confondre ce dont nous parlons, le concept, et ce qui est.

Seul la pratique et le De, manifestation du Tao, peuvent être saisi et compris. Dans le texte le Nom est le Tao, sous une forme plus assimilable, la forme d’un concept, celui que nous allons discuter. Il est possible de dire que la différence entre le Tao et le Nom est la même que la différence entre ce qui n’a pas de forme, ce qui n’est pas et ce qui a une forme, ce qui est.

Ce qui a une forme prend sont origine dans ce qui n’en a pas, toutes les choses viennent du Ciel et de la Terre.

Dans la forme et le nom, l’ensemble des choses se développe et « matérialise » ce qui n’avait pas de forme. Le Tao est à la source de ce qui n’a pas de nom ou de forme, il est ce qui ne peut même être expliqué.

« Wu » et « You » n’ont pas de traduction possible. Certains disent « ce qui n’a pas de forme » et « ce qui a une forme », d’autres disent « ce qui n’est pas » et « ce qui est », ou encore « non-être » et « être ». On peut utiliser pour mieux le comprendre, les termes de « manifesté » et de « non manifesté »… l’un est perceptible par nos sens, l’autre est une globalité, un potentiel qui n’est pas dans le monde des perceptions humaines… ou presque…

« Wu » chez Lao Zi n’est pas le vide ou l’absence de choses, c’est l’Espace illimité et la Totalité, mais qui ne peut être saisi pas notre intellect limité. « wu » est le domaine du Tao, la Voie du Ciel, une totalité qui va inclure le monde. « You » est la manifestation perceptible, par les sens, des choses et leurs changements. Ce sont deux aspects du Tao qui peuvent rendre les moments de Chaos de la Terre et du Ciel avant la création de toutes les choses et le moment de création lui-même.

Le monde Taoïste selon Lao Zi est un monde non duel et uni, manifestation d’une totalité changeante qui est le Tao. Cette voie du Ciel peut être « touchée » par une pratique qui suit les enseignements taoïstes. Dans une communion, subtile et éphémère au début, le Sage guide sa vie. Le flot du tao emporte le pratiquant dans une existence sans résistance aux changements naturels, comme le nageur de Zhouang Zi.

Les termes de « Ciel et Terre » sont utilisés en chinois pour décrire la Nature et l’Univers dans son ensemble. L’un est l’espace de jeu de l’homme et l’autre l’immensité qui l’entoure.

L’expression « Wan », « 10 000 choses », doit être compris comme « toutes les choses », « les myriades de choses ». Dans les textes anciens, « 10000 » est la façon d’exprimer ce qui est immense, ce qui ne peut être compté. Ce fut une source de bien des contre sens, les textes sacrés chinois étant plein de chiffres qui sont symboliques et non descriptifs.

Dés le début du texte, Lao Zi fait comme Lu Dong Ping, dans sa « tablette des cent caractères », et dit « Chut !, tais-toi et pratique ! ».

Le premier concept est que le Tao ne peut être compris ou exprimé, autant se taire et pratiquer. Une remarque de plus de 2500 ans qui nous dit de ne pas croire ce qui est dit ou écrit, mais de trouver en nous même la source de toute chose.

Cette compréhension du silence amène une autre erreur trop souvent « new age », cette idée moderne d’un enseignement sans maître.

L’information trop présente, et le travail trop rare, donne naissance à des arts intellectuels et rapiécés qui vont renforcer le mental égotique au lieu de le dissoudre dans un silence souhaitable. Sans initiation pas de taoïste et sans maître pas de disciple.

Celui qui pratique seul une voie d’inspiration taoïste est un « étudiant potentiel», mais il n’est pas encore « dans » la voie.

Mais sans pouvoir être nommés, 5000 idéogrammes seront tracés par Lao Zi pour nous le faire comprendre.

Il y a un mouvement dynamique qui émane du Tao, d’une « non-forme » vers une « forme », une manifestation de l’invisible vers le visible, de la totalité vers l’unité. L’Absolu se manifeste dans un monde sensible dont nous faisons partie. Nous y retrouvons la dualité interne entre notre naturel enfoui et notre conditionné éclatant.

Les deux faces d’une même pièce, « Wu » et « You », vont interagir comme le nom et son objet ou la pensée et l’action.

Avant Lao Zi, dans le chamanisme ancien de la Chine, deux termes pourraient être à l’origine de son Tao :

  • Tian Tao (Tao Céleste)
  • Tian Ming (Destiné Céleste)

Il est amusant de voir nombre de philosophes essayer de comprendre le Tao.

Les écrits ne peuvent faire avancer la compréhension de ce qui ne peut être nommé, seul la pratique du « De » peut faire toucher le Tao.

Mais les pratiquants n’écrivent que trop peu, ils sont occupés à pratiquer.