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Corps, Energie et Emotions

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Tous les concepts développés ici viennent du Taoïsme. Afin de faciliter la compréhension de ce texte, ces concepts seront énoncés en langage moderne sans termes chinois, ou si peu…

Selon notre vision, l’Univers fonctionne d’après trois sphères : terre, homme, ciel. Cette perception du monde pose cette trilogie pour une cosmologie cohérente. Ces trois éléments sont, dans le Taoïsme, au niveau de l’homme, les trois trésors : jing (essence), chi (énergie) et shen (esprit).

Nous sommes, en tant qu’êtres humains, situés entre le ciel et la terre. La terre représente la nature mais aussi tout le Yin, le manifesté.

Pour régler cette interrogation sur le manifesté et le non manifesté, prenons un exemple : imaginez que vous frappiez une table avec votre main. Devant cette éventualité, plusieurs cas de figure peuvent se présenter ; soit vous craignez la douleur que cela pourrait procurer (sans être certain que cela produise effectivement une douleur). Soit vous pensez à tout sauf à cette douleur, vous pouvez juste vous demander ce que je raconte par exemple. Le geste, la douleur possible, la sensation entière de cette action relèvent du domaine du « potentiel », tout est possible mais on ne sait pas ce qui va être dans la réalité de l’action. Nous sommes ici dans le non manifesté, dans l’idée.

Frappez maintenant votre main sur la table. Soit ça vous fait mal, soit ça ne vous fait pas mal, mais dans les deux cas il se passe quelque chose dans la réalité physique. Une partie du potentiel de l’action imaginée se réalise, se ressent. Dans le ressenti, ou sur le ressenti, se greffe une myriade de pensées qui n’ont rien à voir avec la planification de l’action, l’action elle-même et ses résultats. Nous sommes dans le manifesté qui dans sa « naissance » peut se percevoir. Cette perception originale est difficilement reconnaissable, car elle se teinte automatiquement de pensées qui sont là uniquement pour donner des limites vitales à notre ego, nous rassurer.

Le non-manifesté n’existe pas dans le domaine de la perception des cinq sens, à l’inverse, le manifesté se perçoit par les cinq sens et est constamment commenté par le mental.

A présent réglons l’histoire de l’ego. Très jeune, nous ne nous dissocions pas les choses autour de nous (avant deux/trois ans), nous ne sommes pas séparés du monde. Très vite, notre entourage proche va nous expliquer qu’il existe une différence entre les autres et nous, entre nous et le reste. Suite à cela, nos perceptions vont doucement être envahies de pensées, toute action ou perception sera « traduite » par nos pensées pour notre mental. La réalité ne sera alors plus perçue comme ce qu’elle est, mais comme ce que notre mental en fait pour faire croître notre individualité, la différence entre nous et le monde, cette image singulière à laquelle nous nous attachons tant, l’ego. C’est alors la mort de la spontanéité. Le fait d’avoir raison, de faire des choix discriminants, d’imposer ses pensées sont des mécanismes de renforcement de cette cohérence limitée qu’est notre ego. L’ego aime les limites, les règles et ce qui se comprend par l’intellect. Il n’aime pas le sans limite, ce qui ne peut s’appréhender par les cinq sens et ce qui n’est pas intellectuel. L’ego aime les religions et ne peut aimer la spiritualité non duelle.

Revenons maintenant aux trois éléments. D’un côté nous avons la terre (le yin manifesté). Sur ce yin naît l’être humain qui va vivre dans le monde. D’un autre côté nous avons le ciel qui représente ce qui n’est pas de cette terre (le yang non manifesté).

Dans l’homme, nous retrouvons les mêmes trois niveaux de compréhension des phénomènes : corps, énergies et intellect. Le corps est notre structure mécanique qui fonctionne suivant une globalité d’homéostasie, d’équilibre physiologique. Si tout va bien, tout va bien, mais si une partie ne va pas bien, toute une série de compensations vont déséquilibrer le corps pour pallier à ce qui ne fonctionne pas parfaitement. Pour faire simple, rien ne va vraiment dans le corps, mais tout fait en sorte que l’équilibre soit tenu dans une globalité…mais c’est par conséquent un équilibre fragile.

L’énergie est ce qui nous permet d’entrer dans le monde des perceptions du corps tout en étant déjà dans le subtil. On peut « sentir » l’énergie, mais la plupart du temps on ne sent en fait que des « manifestations » de l’énergie : chaleur, picotements, engourdissements…

Nous ne pourrons sentir l’énergie que lorsque nous aurons ouvert la porte aux sens subtils, ceux qui sortent des commentaires du mental et qui circulent grâce à la détente du corps.

Puis il reste le mental, le monde des pensées, qui ne peuvent se percevoir et n’ont pas d’action directe sur le corps physique.

C’est l’interaction entre ces trois sphères qui nous intéresse. Le corps, dans ses tensions, va provoquer des commentaires du mental qui va juger son propre état. Les pensées vont créer une tension interne qui résulte de l’impossibilité d’aller dans le sens de tous les commentaires que nous faisons, de toutes les choses que nous imaginons. Ces jugements et cette non acceptation de ce qui est, ces tensions interne et externe, vont provoquer des manifestations qui viennent du mental et qui se nourrissent de l’énergie : les émotions.

Les émotions sont des pensées qui vont passer du non manifesté au manifesté, par le biais énergétique, du mental vers le corps. Les émotions sont mentales, crées par notre mental et source de nouveaux commentaires elles-mêmes. Mais elles sont également physiques, car liées directement au corps par l’énergie et les organes. Les émotions sont le pont entre la tête et le corps. Les émotions sont la première cause de maladies internes en médecine chinoise. Une tension mentale, générée par des pensées refoulées et ressassées, va créer une tension physique qui sera sous jacente à une émotion. Cette tension physique sera commentée intellectuellement par le mental et deviendra une source de ressassement qui amène une tension émotionnelle. Ce cercle infernal est la source d’émotions qui vont durer des mois au lieu de quelques secondes, de tensions physiques qui n’auront pas de solution médicale, de sommeil perdu qui ne peut s’améliorer avec des produits chimiques…

Il faut bien comprendre que les émotions, naturelles et inévitables, sont le résultat d’une tension interne et/ou externe de l’être humain, tout comme la fatigue est le résultat du fonctionnement de l’être. Les émotions sont signes de dérangement de la paix dans le fonctionnement du corps/esprit.

L’étymologie du mot « émotion » vient du latin « emovere » qui veut dire « remuer, ébranler ». Dès l’ancien français, le terme d’émotion est utilisé dans le sens de « troubler ce qui est paisible » plutôt que dans un sens de déplacement qui lui deviendra le mot « mouvoir ».

Loin de moi l’idée de dire qu’il faut contrôler, limiter ou supprimer les émotions, ce serait idiot ! Mais dans la compréhension de leur fonctionnement, il est possible de « surfer » sur celles-ci, ou avec celles-ci, plutôt que d’être noyé dans le rouleau d’une vague qui emporte tout et qui nous rend victime. C’est la différence entre celui qui est témoin d’un accident et celui qui est victime de cet accident.

Dans l’entendement de ce que nous venons de dire, et issu de l’école taoïste qui est la nôtre, comment pouvons nous aller dans cette fusion avec les émotions, ce qui nous permet de les vivre sans en être une victime ? Nous avons trois approches possibles : l’une par le corps, l’autre par le mental et la dernière par l’énergétique.

Nous comprenons à présent pourquoi l’approche par le mental, qui est la source de l’émotion, semble compliquée et difficile à utiliser. L’émotion est une sensation de l’ego, bonne ou mauvaise, mais qui le rend vivant et fort. Chaque émotion forte qui nous renverse va donner des limites et des raisons de rentrer dans une compulsion de pensées peu libératrices qui font le bonheur de l’ego. Toute tentative de libération par l’intellect oublie que 50% de l’émotion est physique. Pour tout ce qui est physique, il faut aller le chercher par le physique.

L’approche physique semble intéressante, simplement nous sommes souvent trompés, dans nos perceptions, par notre commentaire intérieur qui élabore des interprétations de ce que nous discernons. Cette solution semble toutefois moins périlleuse que l’approche mentale.

En fait, les émotions sont avant tout une manifestation entre le mental et le corps, nous pouvons prendre le terme d' »énergétique ». Elles sont la correspondance avec la sphère humaine. L’approche énergétique demande une certaine éducation, une sensibilisation, un véritable apprentissage.

Dans notre école, nous allons travailler avec les émotions en trois stades :

  • sentir,
  • dissoudre,
  • attendre.

Par un travail corporel de circulation et de détente, nous allons pouvoir sentir l’apparition de l’émotion à sa création, avant même sa manifestation dans le corps.

Nous allons expérimenter les zones du corps plus concernées par certaines émotions et apprendre à les laisser se détendre dans l’acceptation et la détente des émotions. Dans une attente consciente de tous les mécanismes de notre système corps/esprit, nous allons rentrer dans une phase de silence où toute manifestation mentale ou émotive sera flagrante.

Ne pas être « dérangé », mais vivre pleinement avec nous-même, voilà notre idée.