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Coordination : entraînement à la détente

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La coordination est un processus de contrôle et de régulation du mouvement en adaptation avec la situation. C’est une façon très claire de voir l’union entre le corps et l’esprit. L’entraînement à la capacité de coordination demande un enseignement précis, mais c’est aussi une voie aisée d’évolution dans sa pratique.

Les gestes que nous comprenons, et qui sont dans le spectre de nos capacités physiques, doivent pouvoir être réalisés. Bien souvent, nous avons besoin de beaucoup de temps pour copier ou « maîtriser » un geste, pourtant nous le comprenons intellectuellement : c’est la manifestation de nos « bruits » internes, nos tensions physique et mentale.

Trop analyser, trop faire attention ou juste « essayer », sont des façons sûres de perdre du temps sur l’apprentissage d’un mouvement. L’action, liant la perception et les capacités physiques, doit être suffisante.

Pour pouvoir accéder à des niveaux d’écoute plus fine de notre corps et notre esprit, sans entrer dans des pratiques complexes, nous avons tout un arsenal d’exercices très subtils de coordination.

Notre école utilise la coordination dans l’enseignement de base et tout au long de la pratique, cette qualité va permettre une compréhension profonde de soi et de son évolution.

Le développement de la coordination demande une progression précise dans les exercices en fonction de l’étudiant ; personne ne développera sa capacité de coordination d’une façon identique, mais tout le monde parviendra au même résultat.

Pour ce faire, l’enseignement doit être précis.

Regardons ensemble les caractéristiques de la coordination.

La capacité de coordination permet de maîtriser des actions dans des situations prévisibles (stéréotypes) ou imprévisibles (adaptation).

Les situations prévisibles vont regrouper les gestes en rapport avec nos activités habituelles, nos gestes de tous les jours, nos activités physiques quotidiennes. Les stéréotypes sont aussi nos activités régulières pour lesquelles nous avons développé une certaine maîtrise : sport, activités estivales…

Les situations imprévisibles sont notre capacité d’adaptation dans une situation nouvelle, parfois stressante, et notre capacité à réagir dans une globalité (corps et esprit) dépend de notre coordination. C’est là où nous allons percevoir le mieux où en est notre niveau de détente réel. L’adaptation se verra lors d’un apprentissage (cours de Qigong, art de combat) et va évoluer au fur et à mesure de l’apaisement de notre mental.

Dans tous les cas, la coordination permet d’exécuter nos gestes dans une économie de mouvements. Nous allons réaliser, presque inconsciemment, comment en faire plus avec moins d’efforts. La coordination nous permet d’économiser notre corps/esprit en établissant des habitudes de réaction adaptables en fonction des capacités de notre corps.

Avec un bon développement de la coordination, nous apprenons plus vite et plus profondément. Nous apprenons rapidement des gestes nouveaux et nous les intégrons tôt d’une façon « maîtrisée ». Il est possible de se remémorer un geste, mais il faut du temps pour savoir le réaliser sans tension, sans effort, sans « commentaire mental ». Un bon niveau de coordination nous permet d’intégrer le mouvement nouveau sous sa forme presque parfaite, peu de travail reste à faire avec le temps.

Nous pouvons donc parler de deux capacités de coordination : une spécifique et une générale.

La capacité spécifique est liée à une pratique, à des habitudes du corps. Elle est une bonne façon de travailler les bases de la connexion neuromusculaire. Mais souvent, cette capacité spécifique sera limitée à un domaine précis qui ne débordera que très peu sur le quotidien.

La capacité générale est utile pour toutes les facettes de la vie. C’est celle qui va nourrir l’adaptabilité de notre corps/esprit aux stress de la vie. Le stress étant la masse d’efforts qui doit se faire, consciemment ou non, pour s’adapter aux mouvements de la vie, agréables ou non.

La capacité spécifique de coordination est plus rapide à acquérir. Elle peut agir sur la capacité générale de coordination, mais ce n’est que rarement le cas. Quand elle concerne des activités professionnelles qui sont trop loin du quotidien (visser des boulons, opérer en chirurgie, tamponner des fiches…), nous remarquons un débordement quasi nul sur la vie quotidienne.

Ceci est d’autant plus vrai que notre profession n’est pas franchement le résultat d’un choix propre et qu’on ne l’aime pas. Dans ce cas, les qualités qui y seront développées seront souvent occultées dans la vie, « en dehors de son travail ».

Une pratique équilibrée, et dont le but est une transformation de soi, va évidemment se spécialiser dans des exercices de coordination spécifiques qui vont très vite s’étendre, de façon douce et dissimulée, sur l’ensemble de sa vie quotidienne.

La coordination va donc permettre d’acquérir cinq qualités importantes :

· C’est avant tout une capacité d’entraînement, une capacité d’apprendre. Il est nécessaire de développer sa coordination pour pouvoir ensuite apprendre …. hummm, paradoxe, non ?

· La coordination permet une économie de mouvement, ce qui va nous permettre de réaliser les mêmes gestes avec moins d’effort et en ayant supprimé tous les mouvements parasites. C’est donc une potentialisation des capacités physiques par économie et non par développement. C’est faire plus avec moins… très Taoïste…

· Bien développée, la capacité de coordination est une capacité à évoluer toute sa vie vers une progression. Dans l’élimination des tensions physiques et mentales, nous percevons les changements subtils du monde et nous nous adaptons globalement, sans effort (stress).

· C’est aussi la capacité de comprendre tout geste et tout mouvement, un rapprochement profond de nos perceptions et de nos capacités physiques. L’étape « xinyi », forme et intellect, qui nous permet de pouvoir unir ce que nous voyons et ce que nous pouvons faire.

· Nous avons aussi dans la coordination un test implacable sur notre état profond : la liaison corps/esprit qui va nous renseigner sur notre état interne de détente réel. Cette manifestation de la détente se travaille et évolue rapidement : nous apprenons par une capacité de stabilité détendue et attentive.

Nous pouvons déterminer trois aspects de la capacité de coordination :

  • Écoute du corps,
  • Adaptabilité du corps,
  • Apprentissage du corps.

L’apprentissage regroupe l’écoute et l’adaptabilité, elle demande un développement des deux autres aspects pour évoluer en synergie.

L’écoute du corps demande un certain silence mental et une détente musculaire ; qui eux-mêmes demandent une capacité de coordination développée. Il est vraiment ardu de s’attaquer à la détente ou au mental de front. Ce sont des qualités qui sont difficiles d’accès. En revanche, la coordination se travaille facilement, si on est dans une pratique intelligente. L’écoute du corps regroupe quatre capacités :

  • L’écoute du corps c’est avant tout la capacité d’unir le corps dans l’action. Le corps uni permet cette économie de mouvement, cette détente et ce silence mental. Les exercices de base que nous travaillons au sein de l’école travaillent beaucoup cette union du corps.

  • La capacité de perception est une qualité importante, elle permet de doser son effort en fonction du besoin. C’est la force juste pour le mouvement juste, l’apprentissage de l’économie au niveau de la dépense énergétique.

  • La capacité de mobilité qui, comme son nom ne l’indique pas, regroupe la stabilité et la mobilité. Elle est liée à la proprioception (repère de soi dans l’espace par le kinesthésique). C’est une expression de nos qualités d’équilibre statique ou en déplacement. C’est l’enracinement, sur place et en mouvement. Nous travaillons aussi beaucoup cela.

  • La proprioception et le système vestibulaire vont permettre le développement de la capacité de gestion d’espace. Ce sont des qualités qui sont trop souvent dormantes et peu abordées avec conscience. Nous allons très souvent travailler ce rapport de soi dans l’espace et de l’objet dans l’espace (armes, autres…). Savoir où l’on est dans l’espace de façon consciente est très important dans l’enseignement taoïste.

L’apprentissage regroupe quatre capacités dont deux sont communes avec l’écoute du corps. L’apprentissage du geste demande une exposition régulière aux exercices, il faut répéter « plutôt une fois cent minutes que cent fois une minute » pour apprendre correctement.

  • On retrouve la mobilité et la gestion d’espace.

  • La capacité de « timing » n’est pas aisée à saisir. Elle demande de saisir un rythme extérieur ou d’en imposer un autre qui est interne. Dans le premier cas, il est question de rythme à percevoir dans l’action, dans l’autre cas il faut donner aux objets externes le rythme qui nous est propre. Unir deux parties de soi, en fonction d’une action perçue, est dans la capacité de timing.

  • Nous avons ensuite la capacité de réaction qui nous permet de déclencher un mouvement sur un signal donné (interne ou externe). Cela permet d’agir vite en fonction du stimulus perçu. Dans l’acquisition d’un geste ou le développement de la coordination, nous avons besoin de saisir vite et d’agir en fonction.

  • La capacité de changement permet d’avoir, en cours d’exécution d’un geste, de faire évoluer celui-ci en fonction des nouveaux besoins. Dans l’action, sur une compréhension différente de l’action, nous avons la possibilité de faire changer le geste. C’est la force changeante, un sous-produit intéressant de la coordination.

La pratique de notre école insiste sur la coordination. Nous savons que nous cherchons à travailler sur la santé du corps, la circulation de l’énergie et l’apaisement de l’esprit. Ces trois domaines de développement de soi sont des concepts difficiles d’accès, mais les trois demandent une bonne coordination pour s’épanouir. La capacité de coordination est quelque chose de facile à travailler si on a les bons exercices et un professeur compétent, c’est donc notre choix premier de travail. Ce travail est la voie vers la détente.