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« Contractilité » Musculaire

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Le muscle, comme notre esprit, ne peut pas faire deux choses à la fois. Soit il est au repos, prêt à l’emploi, soit il est en fonction, et par conséquent inutilisable. Il est possible parfois de le trouver dans un état médian, ce qui est pathologique ou transitoire (courbatures ou blessures). Pour obtenir une réaction rapide, sans parasites face à un stimulus, il faudrait que notre muscle soit toujours dans un état d’alerte mais détendu… hummm, les paradoxes commencent.

Dans une telle situation, nous nous retrouvons souvent englués dans des joutes verbales sans importance et nous ne parvenons plus à trouver les mots. Plus tard, nous nous en voulons de n’avoir pas dit ceci ou cela. Pendant l’altercation, notre esprit était alors tendu à cause d’une projection dans le futur ou dans ses mémoires du passé, donc trop occupé pour accéder au présent ; nous étions paralysé en somme.

Voilà dans quel état se retrouve notre corps beaucoup trop souvent !

Ce que nous recherchons par le biais de la pratique, c’est un corps qui consomme le moins possible d’énergie, pour ne pas l’user bêtement, mais qui répond instantanément quand il est utile de le faire. Nous sommes aidés dans la vie par des  » drogues  » naturelles fabriquées par le corps, elles nous permettent de nous dépasser. Mais notre esprit est tellement tourmenté par nos pensées compulsives et nous sommes tellement ignorants des mécanismes de défense, que cela nous paralyse au lieu de nous aider. La décharge d’adrénaline qui va parcourir notre corps en cas d’urgence va souvent être interpréter comme une sensation de faiblesse. En réalité c’est une sensation de légèreté qui ne demande qu’à être suivie par l’action, la  » contractibilité « parfaite de nos muscles prêts à tout.

Notre corps doit être détendu pour répondre correctement à ces signaux, sinon cela demande des efforts terribles de lutte entre une volonté de rester paralysé et cet « involontaire » (principe de vie de chaque cellule) naturel qui ne demande qu’à agir. Pour obtenir cette détente, il est nécessaire d’avoir une pratique quotidienne qui permette de garder notre structure dans son état naturel de repos. Le  » repos  » n’a rien à voir avec une mollesse prônée par les adeptes hystériques d’une non violence illusoire. C’est un état transitoire entre deux actions de la vie, simples ou complexes. Le corps est tonique mais pas dur, l’esprit relâché mais pas endormi.

Notre esprit est un facteur essentiel pour la détente du corps. Dans une action spontanée, il n’y a pas de dépense d’énergie inutile. Dans une action gavée de pensées contradictoires et confuses, le corps est tendu et contrarié dans un conditionnement de  » mal faire « . Le travail de la détente du corps passe par la relaxation de notre « boite à pensées ». Pour qu’un exercice soit utile, il ne faut pas qu’il soit intellectualisé au début, dans la phase d’apprentissage : C’est là qu’il est utile de juste suivre les conseils de son professeur sans poser trop de questions. Quand l’ensemble corps/esprit est détendu dans la réalisation du geste, convenable ou pas, alors il est temps de discuter. Trop souvent les jeunes pratiquants cherchent à discuter sur le fond et la forme de ce qu’ils vont faire avant même d’avoir esquissé le moindre geste. Le professeur qui rentre avec eux dans un débat d’idées est un mauvais enseignant : Il flatte son ego dans une discussion houleuse à travers laquelle il va étaler son savoir et gâcher toute chance de découverte du  » jeune scarabée « . Le professeur qui souhaite faire évoluer profondément son élève ne lui dit rien si ce n’est  » au boulot et tais toi ! « .

L’intention est nécessaire pour initialiser les gestes, mais elle va devenir très vite un problème. Dans l’intention, nous mettons toute l’attente et l’espoir dans un geste qui voudrait rester dans le domaine de l’action pure. Sur une frappe, la volonté de puissance et les fantasmes du résultat vont compromettre le succès de celle-ci. L’intention est un starter, comme avec une voiture des années 80, mais rouler à fond avec le starter est l’assurance d’un résultat bien triste.

L’intention est utile dans la phase d’apprentissage, mais reste un handicape dans la phase de pratique ; quant à l’utilisation dans les arts de combat, c’est une catastrophe !

La réalisation sera un miroir de l’entraînement et c’est dans cette préparation que le  » Yi  » (intention) sera utile. Dans l’usage c’est un poids qui encombre.

Les exercices qui auront suivis les phases d’apprentissage et de pratique seront prêts pour l’utilisation. Il sera inutile de rajouter une intention, une attente ou une prière, ce sera trop tard !

Dans la médecine chinoise c’est le foie qui est responsable de la bonne circulation de toutes les manifestations de l’énergie dans le corps (sang, énergies nourricière et défensive, liquides organiques). Toute tension de l’esprit ou du corps le blesse et il rechigne ensuite à faire son travail correctement. Même d’un point de vue cellulaire, le stress tend et raidit les cellules qui seront moins performantes pour une action donnée. Trop d’intentions ont rendu nombre de pratiquants d’arts martiaux coléreux et malades, tristes et un peu fous… trop de tension !

Pour leur naturel spontané aux gestes d’un être humain détendu et en bonne santé, il nous faut nous détendre. Les exercices sans but évident, le travail quotidien sur l’intimité avec notre corps et le travail de reconnaissance de notre esprit ; voilà de quoi faire !