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Contemplant l’abysse en façonnant le Monde

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Commencer en voulant quelque chose

Nous n’allons pas vers une voie, une pratique sans raison, sans recherche, sans un but.

Il y a deux types de début dans toute pratique : un début non voulu et un commencement recherché.
En effet, il existe des pratiquants qui commencent jeunes, propulsés dans la pratique sans avoir leur mot à dire. Parmi ces pratiquants, seule une petite quantité va continuer sur la Voie de nos jours, les tentations du monde moderne étant trop fortes. Ces « Daojia » ne nous intéressent pas vraiment, ils sont dans la voie sans volonté propre et quand ils choisissent de continuer, leur voie est déjà leur nature.

Il est intéressant de se pencher sur ceux qui vont choisir une pratique dans ce monde raffolant de savoir horizontal. Des humains qui décident de se pencher sur leur fonctionnement et leur perception du monde, qui choisissent de dédier un temps important à l’évolution du monde (oui, on va voir ça plus tard…).

Ce besoin de rencontrer la pratique peut venir d’un moment où on est confronté à quelqu’un qui est source d’inspiration ou d’un moment de clarté, de connexion à quelque chose de plus grand, de plus global que notre ego et nos possessions.

Il est possible de réaliser le besoin de mieux fonctionner en tant qu’être humain suite au décès d’un proche ou à la perte d’une relation importante, tout grand changement qui opère une rupture dans l’enchaînement abrutissant du mondain.

Grâce à la lecture d’un livre, la découverte d’un film, il est possible de vouloir plus que l’existence compliquée d’un participant au PIB.

Dans la constatation de l’évolution de la conscience du monde, la perte des valeurs profondes et la disparition de la responsabilisation personnelle au profit d’une capacité quasi infinie à blâmer un tiers.

Peut-être aussi, dans un mal être inconscient, on revendique un besoin de se sentir vivre mieux, voire plus. Une sorte de distraction à la mode qui permet de renforcer un ego déjà obèse.

Toutes ces raisons sont bonnes, elles permettent d’aller vers la porte, le passage dans une tradition qui vous mène au seuil de l’abysse. Plonger ou pas sera votre choix, si choix il y a…

La source de cette démarche est dans son histoire.
Que l’on ait découvert des sensations d’absolu par une pratique sportive au cours de sa jeunesse ou flirté avec des moments d’union avec la nature dans des périodes d’insouciance, ces glissements furtifs, mais permanents, nous orientent vers la Voie.

Par un stage de yoga ou de méditation, par une rencontre avec un ami pratiquant, la graine est plantée, l’information est là…

Nous commençons donc tous, en tout cas ceux qui choisissent l’enseignement, en étant des consommateurs de spiritualité, des aspirants combattants ou des « matérialistes spirituels ».

Dans la maturation dans la Voie, si l’enseignement est sérieux et si le professeur n’est pas débonnaire, nous allons lâcher ce besoin de victoire, de posséder, d’être, pour nous laisser aller dans la gratuité de la pratique. Ceux qui ne le feront pas n’iront nulle part, si ce n’est dans les méandres visqueux de leurs fantasmes.

S’il n’est pas besoin d’avoir au début des aspirations pures et saintes, la capacité à clarifier ses aspirations, à dissoudre ses attentes, doit se faire pour entrer dans le coeur de l’enseignement, dans la verticalité du savoir.

Dans l’abandon de nos idéaux limités, l’acceptation des pièges de notre ego, nous pouvons lâcher ces fantasmes de supériorité et continuer la pratique pour le plaisir d’elle-même.

S’il n’y a pas de bonne façon de pratiquer et que chercher à trop bien faire peut être un frein, il y a de nombreuses façons de mal pratiquer.

Comprendre la Voie

Avant tout, il y a une période d’accoutumance avec les concepts de la pratique, le vocabulaire du professeur et la confrontation à ses propres capacités et difficultés. Cette période est un moment de découverte et de rencontre, une période où l’enseignant va regarder plus qu’on ne le pense.

Quand l’acclimatation est faite, la Voie va proposer plusieurs aspects qui doivent tous être travaillés d’une façon ou d’une autre : le corps qui est le vaisseau de l’âme, l’esprit qui est l’infini dans le mortel et l’énergie qui permet la vie de ce corps/esprit.

Dans une vision plus globale que sa recherche initiale, il est important de s’adapter et de consulter le professeur pour profiter au maximum de l’enseignement. Tous les éléments de la pratique peuvent s’exprimer sous une multitude de formes, d’exercices, il est toujours possible de trouver ce que l’on cherche. Il n’y a pas de bonne excuse pour « oublier » certains aspects de soi, pour ne pas pratiquer de manière globale.

Une école « complète » va pouvoir répondre aux besoins initiaux, mais aussi permettre d’identifier tous les aspects de son humanité, de son fonctionnement :

  • – Le corps doit être fort et en meilleure santé possible pour permettre de vivre bien. Il est très important de travailler une forme d’enracinement physique vrai, qui se teste sans laisser de place au doute, pour pouvoir avoir accès à une spiritualité. La détente du corps et sa relation avec l’esprit ne peut se passer de coordination, une sorte d’échauffement à l’union corps/esprit. Dans ces seuls exercices, il est possible de connecter le matériel et le mental.
  • – L’esprit doit être découvert en détail, sinon comment pratiquer ?
    Notre capacité de perception, pour les instructions de la pratique comme pour notre fonctionnement mondain, dépend de notre capacité à percevoir le vrai. Ceux qui croient que cela dépend uniquement de l’intellect sont dans une vraie forme d’ignorance. La capacité de comprendre, de percevoir et d’assimiler, dépend autant du silence des commentaires internes que de sa capacité intellectuelle. Nous devons comprendre les mouvements de l’esprit, la force du mental et le fonctionnement des émotions pour enfin ne plus subir le mental. L’outil qu’est l’esprit nous appartient, comme nos bras et nos jambes, il doit être à notre service, pas l’inverse.
    Nous devons dépasser nos préjugés, notre capacité aux raccourcis et accueillir avec fraîcheur chaque mouvement de la vie. Dans ce présent conscient, nous pouvons profiter de notre vie pleinement.
  • – Le « Qi », l’énergie de notre être, doit circuler. Cette liberté de mouvement est le principe vital qui permet l’animation de notre corps/esprit. Nous devons découvrir cette sensation, la diriger et ensuite profiter d’une sensation omniprésente et réelle des mouvements internes. Cette échange corps/esprit va s’étendre à l’extérieur et nous échangerons délibérément avec le monde : c’est la respiration consciente sous sa forme la plus libre.

Réaliser le travail à faire

Ayant plus de clarté dans son propre fonctionnement et dans ce que propose la Voie, il faut accepter que ce n’est pas une mince affaire et que le changement, s’il s’opère un jour, demande engagement et abandon.

Les changements profonds du fonctionnement interne demandent des cycles de jing, tout en étant longue à arriver, cette évolution assure du stable. Ces cycles, à l’image de la respiration, inspire et expire, transforment et se manifestent sur un temps plus long. Ce que nous faisons aujourd’hui construit notre présent de demain et nous rapproche de notre potentiel. Ce que nous ne construisons pas, ce qui dégénère, nous le subirons demain, ça marche dans les deux cas…
Un cycle de jing de pratique, c’est une manière réelle de compenser le vieillissement normal de notre corps. Dans cet équilibre juste, notre corps vieillit, mais notre fonctionnement global reste au plus proche de son maximum, nous sommes ainsi disponibles au bonheur.

Ce n’est pas facile de pratiquer, mais c’est aussi normal que se laver ou dormir.
Dans l’entretient de nous-mêmes, dans l’utilisation plus ou moins raisonnable de notre corps/esprit, nous devons trouver un équilibre. Le déséquilibre est la maladie.

Organiser sa pratique

Dans l’enseignement, si le fond est capital, la forme est en revanche adaptable.
Les trois facettes de notre être demande un travail, mais les pratiques sont « à la carte ». Si le professeur et la Voie sont sérieux, il existe toujours une façon de pratiquer, même si on n’a pas le temps, la force ou la constance.
Prendre le temps de bien pratiquer, de pratiquer en fonction de sa vie, est crucial pour une évolution fluide dans sa voie. Dans une pratique déséquilibrée, il y a le début de la fin. Une Voie pour la vie doit être une voie dans la vie, en union avec le quotidien et en transformation avec son évolution.

Il n’est pas besoin de bien faire et de rechercher la perfection, il n’est pas besoin de tout savoir faire. La recherche est dans l’action, pas dans le résultat. La pratique demande de ne pas faire mal, mais pas de faire bien non plus. Le jugement de l’autre n’a pas sa place dans cette voie, seuls le rapport à soi et l’évolution dans sa compréhension des changements du monde comptent.

L’organisation de la pratique permet de faire d’un enseignement, sa Voie. C’est un travail personnel pour un temps et un partage avec son professeur ensuite.

Après avoir ouvert la porte, il faut contempler l’Abysse.

Accepter l'infini du travail

S’il est souvent difficile d’accepter que la connaissance de soi est sans limite, il est plus rare de se confronter quotidiennement à cet infini.

Une vraie pratique confronte régulièrement aux seules vraies réalisations : la profondeur infinie de la connaissance du monde (soi inclus).
Dans l’acceptation de ne jamais arriver, dans un oubli plaisant des chaos de nos pérégrinations, bercé par les heurts enrichissants de la vie, seul le voyage a de l’importance.

Cette prise de conscience de l’importance du Présent nous permet de renoncer à parier sur l’avenir.

La réalisation, c’est accepter que l’on sera toute sa vie un pratiquant.

Raffinement de soi, évolution du Monde

Cette culture de soi n’est pas égoïste, elle permet de préparer un monde meilleur, une meilleure façon de vivre.

Tout le monde parle de changer le monde, du ras le bol de la société, du besoin de tout mettre à plat… mais tout se passe dans une vision des groupes et des pays.
Nous sommes à un moment de vrais bouleversements, de ruptures des anciens schémas et d’un besoin de renouveau pour évoluer ensemble sur notre planète malade.

Mais les solutions naissent dans une vision corrompue du fonctionnement de notre société : nous entendons parler de changements politiques, de changement de lois… mais rien de bien sérieux ne change depuis longtemps.

Ce pourrait-il que le changement du groupe ne puisse venir de l’ensemble mais uniquement du changement de l’individu ?

C’est ce que dit notre tradition.

La seule façon de changer un monde qui tourne en rond, c’est d’amener un changement au sein des unités qui composent ce tout. C’est un changement de l’interne vers l’externe, une pratique interne de la planète.

Comme dans notre pratique nous devons changer chaque partie consciemment pour avoir une évolution globale, le monde doit avoir un maximum de gens qui se tourne vers une évolution consciente pour pouvoir évoluer dans l’ensemble.

Cette voie globale, dépassant le « je » et le « nous », est une prise de conscience du « nous tous », de la planète en générale.

Dans un monde qui blâme pour ne pas regarder ses erreurs, dans des sociétés qui luttent pour avoir raison, avec une tendance prononcée à la déresponsabilisation, nous allons vers un vrai casse-tête.

Il n’est pas possible de lutter par la propagande, on ne peut que montrer l’exemple.

Dans votre pratique, si celle-ci est équilibrée, vous côtoyez le bonheur, vous rencontrez la joie de vivre bien. Cet exemple est ce qui va inspirer des gens autour de vous à suivre votre recherche pour une introspection des fonctionnements humains. Dans cette croissance des valeurs justes, dans la sensibilisation aux changements du monde, nous construisons un présent conscient.

Par votre pratique, le trop plein de bien-être profite aux autres, inspire le feignant et le mondain, entraîne le monde vers une autre éthique.

En plongeant dans l’Abysse de la pratique, nous allons non seulement à la rencontre du Vrai, mais aussi dans l’évolution souhaitable vers une conscience globale d’un monde nouveau.

Votre Pratique égoïste, votre « matérialisme spirituel », peut être à l’origine d’une transformation globale…YAPUKA

Voilà.