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Comment allez-vous réagir ?

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Vous êtes dans une petite rue la nuit, seul, et trois hommes marchent vers vous. Vous avez de l’argent liquide dans les poches et ils n’ont visiblement pas l’intention de vous le laisser. Vous devriez vous sentir en sécurité puisque ça fait plus de quinze ans que vous vous entraînez au karaté. Pourtant vous avez peur.

Qu’allez-vous faire ?

Ces voyous ne vont pas se mettre en garde traditionnelle et attendre que l’arbitre commence la rencontre. Ils ne vont pas non plus vous attaquer l’un après l’autre. Ils vont vous sauter dessus et vont tout faire pour vous faire du mal et vous voler.

Quelle garde allez-vous adopter ?

En temps normal, au cours de votre entraînement bi hebdomadaire, vous faites un peu de combat souple avec vos partenaires. Il vous est même sans doute déjà arrivé de faire une petite compétition régionale. Mais vous n’êtes pas préparé pour ça. Jamais dans votre entraînement vous n’avez reçu de choc sans contrôle, comportant toute la vitesse et la force possibles. C’est normal me direz-vous, sinon on pourrait se blesser. En fait, pas obligatoirement car aujourd’hui, les protections qui existent utilisent une technologie particulière qui permet de combattre aussi rapidement et fortement que l’on veut sans que cela ne représente trop de risque pour l’autre. Bien sûr, si on est protégé de la sorte, on peut s’exercer au maximum de ses possibilités, sans coopération de la part de son partenaire, ce qui nous rapproche enfin de la réalité. On ne peut plus dire : « oui mais si tu fais ça moi je fais ça ! » puisque dans ce type d’entraînement on est obligé de respecter la réalité. C’est sûrement moins drôle et moins magique que l’entraînement habituel, mais au moins ce que l’on fait à ce moment là, on sait que l’on peut le reproduire quelle que soit la situation.

Revenons donc dans notre impasse, avec nos trois méchants garçons. Si les trois à la fois essaient de vous attaquer au maximum de leur vitesse, de leur force et de leurs capacités, quelles sont vos chances de vous en sortir ?

Vous me direz qu’à part les commandos spéciaux de l’armée ou de la police, personne n’est prêt pour ce genre de situation. L’idée n’est pas de se préparer pour une bataille rangée, qui a somme toute peu de chance de se produire dans sa vie. Mais si on s’entraîne de façon à être proche de la réalité, si on sait ce qu’est une attaque pleine puissance, pleine vitesse et que l’on n’a plus peur de ça, alors notre intention et notre confiance nous permettent de surmonter n’importe quoi. Je ne dis pas que si l’on a confiance en soi on peut se battre, les bras attachés dans le dos, contre cinq ou six hommes armés. Mais quelle que soit la situation, on pourra au moins s’adapter.

Le fait de s’entraîner dans une réalité que l’on reconnaît, que l’on ait confiance dans ce que l’on fait, nous permet de ne pas avoir peur une fois au cœur de l’action.

Si on s’entraîne à des techniques peu réalistes, avec un partenaire trop coopératif, quelque part au fond de soi, on sait très bien que ça ne marcherait pas si l’on était au beau milieu d’un vrai combat de rue. Et même si notre étude technique est de bon niveau, le fait de ne jamais l’avoir expérimentée dans la réalité (pour habituer le corps et l’esprit) nous handicape. On ne peut pas confirmer la valeur d’une technique directement dans le chaos du combat, car c’est généralement trop tard.

La confiance que l’on a en soi n’a rien à voir avec les histoires que l’on peut se raconter ou raconter aux autres. Le seul moment où la vérité surgit c’est au moment de la confrontation et, c’est souvent trop tard malheureusement. Si l’on entraînait ses capacités et ses aptitudes de manière réaliste, la confiance que l’on aurait en soi serait d’autant plus fiable.

Comment s’entraîner alors pour que cela fonctionne ?

Premièrement, si on s’entraîne dans l’idée d’être le plus efficace possible, il faut s’entraîner à vitesse maximum. Il est évident qu’au début de l’apprentissage des techniques et des détails d’assimilation, on commencera progressivement, de très lent à très rapide. Malheureusement, on se contente très souvent d’exercices où l’adversaire est coopératif et attaque vite mais toujours dans le contrôle, ce qui fait que certains axes restent trop souvent oubliés alors qu’ils sont nécessaires pour trouver l’efficacité. C’est l’attaque à pleine vitesse d’un adversaire qui n’essaie plus de coopérer qui est importante. Pour cela, si on ne veut pas être blessé à chaque entraînement, il faut des protections adaptées au travail.

Deuxièmement, quand on organise des entraînements de combat libre, il faut retirer la notion de règles. Il vaut mieux commencer par des entraînements plus lents et progresser doucement dans la rapidité mais sans règles, plutôt que faire rapidement tout de suite avec des restrictions. L’idée d’associer les concepts de combat et les règles est une aberration. Si vous combattez à l’entraînement avec des restrictions, vous développez de mauvaises habitudes en n’étant pas prêt à subir n’importe quelle attaque. Il est évident que là aussi l’équipement de protection joue un rôle très important dans le fait de ne pas se blesser.

Troisièmement, il est nécessaire que votre partenaire devienne à un moment ou à un autre un adversaire qui ne coopère plus. Dans beaucoup de styles d’arts martiaux traditionnels, le partenaire a tendance à aller avec la défense, car il connaît l’attaque, et essaie de rendre le mouvement plus harmonieux. Si on veut donner dans l’harmonieux c’est très bien, mais si on est dans une approche de combat, on va devoir faire autrement. Même si on apprend une multitude de techniques au cours de sa vie, on se rendra compte qu’aucune d’entre elles ne sera applicable à la lettre lors d’un combat réel. Par conséquent, plus tôt on apprendra à reconnaître toutes les façons de combattre que peut avoir le partenaire, mieux on pourra réagir à ces techniques. C’est en sachant passer d’une technique à l’autre que l’on réussira, sans aucune coopération, à appliquer la technique que l’on veut sur un partenaire. Il est évident que s’entraîner sans coopération provoquerait des blessures si l’on n’utilisait pas de protections prévues à cet effet.

Nous avons trois points importants qu’il faut retenir pour pratiquer un entraînement aux arts de combat quelque peu réaliste :

  • Vitesse maximum,
  • Force maximale,
  • Partenaire non coopératif.

Maintenant que l’on a vu comment s’entraîner, voyons quoi entraîner.

Si vous vous entraînez suivant un ancien système traditionnel, vous devriez avoir : des exercices pour la force physique, pour la souplesse, pour l’enracinement, pour la respiration, pour l’équilibre des émotions, pour l’intention et pour le déplacement de l’énergie. Avec tout ça, on peut imaginer que l’on obtient un total de mouvements de plus de 350 gestes ; pas du tout ! Dans les styles anciens, les mêmes mouvements physiques ont été utilisés aussi bien pour le chi kung que pour le combat.

Prenons un exemple : la posture de l’arbre (que vous pouvez retrouver dans la rubrique chi kung). Et bien cette position avec les bras devant les épaules pourra être utilisée pour chaque partie de l’entraînement. En regardant la posture elle-même la pratique de l’enracinement semble évidente. Pour développer la force des bras et du dos, quelques exercices simples isométriques seront facilement adaptables. Pour travailler les jambes, il suffit de faire l’exercice en descendant plus bas. Dans la même position, on peut amener un mouvement de balancier sur les pieds, du talon aux orteils, avec des battements de bras qui permettent de travailler la relaxation et la souplesse du mouvement. Avec ces mêmes gestes, il suffira de rajouter des techniques de respiration ainsi que des méditations pour équilibrer le travailler émotionnel et renforcer l’intention, sans toucher à la structure de base qui est la position de l’arbre. Pour les arts de combat, sur un léger déplacement avant/arrière et droite/gauche, on travaillera le crochet, la claque et l’action de repousser.

C’est un exemple simple, mais on peut rapidement voir qu’il ne faut pas nécessairement emmagasiner plus de gestes pour développer plus de capacités et d’aptitudes, il suffit de répéter les mêmes mouvements avec une intention différente. On comprend aussi avec cet exemple que si l’on répète toujours les mêmes gestes avec une intention figée, jamais ces mouvements ne pourront être vivants ni utilisables. Cela peut mettre ou remettre en question le travail des formes chorégraphiées…